CA
ce:
Ex!
au-dessus du niveau des mers, celles-ci ne sauraient les submerger en dépit des lois de leur équilibre; elles ne sauraient spontanément quitter leur lit pour y retourner, après avoir séjourné pendant un temps plus ou moins long dans des régions où Ton ne comprend pas qu'elles aient pu parvenir.
Pourtant les continents portent dans leurs profondeurs des traces évidentes du séjour de la mer : non de la mer primitive et universelle, antérieure à l'émersion des terres, antérieure à l'apparition de la vie, mais de la mer tempérée ou froide, de la mer habitée par des milliards d'animaux divers qui ont laissé sur ses anciens lits leurs innombrables dépouilles.
Gomment donc concilier ces deux faits en apparence contradictoires? La solution est simple, et c'est la théorie plutonienne qui la fournit. Au lieu d'imaginer l'Océan primitif se retirant, se resserrant par un mouvement spontané, puis sortant des bassins creusés par ses propres flots pour recouvrir de nouveau les terres qu'il avait laissées à sec et pour rentrer encore dans ses limites naturelles, il suffit d'admettre qu'à un moment donné les matières en fusion sous la croûte terrestre venant à se dilater ou à se vaporiser par l'effet du calorique, et trouvant en certains endroits celle croûte plus mince, plus flexible ou plus fragile, l'ont soulevée et bosselée, ou bien qu'elles l'ont rompue et se sont épanchées au dehors; que ces soulèvements ou ces épanchements ont été assez considérables pour faire saillie au-dessus du niveau primitif des eaux ; que ces dernières ont été une première fois refoulées dans les parties déjà creuses, et qui se sont creusées davantage en raison même de la saillie produite ailleurs. Tl suffit d'admettre (pie ces
gonflements de la niasse ignée se sont renouvelés à plusieurs reprises en sens divers , l'océan plutonien étant comme l'océan neptunien sujet à des flux et à des reflux , ses flots ne pouvant se porter d'un côté sans se retirer de l'autre, et les renflements de certaines parties de l'enveloppe entraînant nécessairement la dépression d'autres parties. Il suffit d'admettre enfin que ces bouleversements, ces déplacements tumultueux des mers, soulevées tour à tour et rejetées de rivages en rivages, ont continué jusqu'au moment où l'équilibre s'est établi généralement entre la tension intérieure et la pression extérieure, et où l'écorce du globe a acquis assez d'épaisseur et de solidité pour opposer aux eflbrts du liquide ardent qu'elle emprisonne une résistance presque partout invincible.
Alors seulement les continents et les grandes îles ont pris leur assiette définitive; les océans et les mers ont été resserrés dans des bassins qui n'ont plus éprouvé que des modifications lentes et comparativement insignifiantes. Les volcans, véritables soupapes de sûreté de l'immense chaudière, ont assuré davantage la sécurité des êtres qui vivent sur sa paroi convexe, et cette sécurité n'a plus été troublée qu'accidentellement par les convulsions affaiblies du redoutable fluide, c'est-à-dire par les tremblements de terre, par des soulèvements ou des affaissements locaux, par l'explosion de volcans sous-marins. Alors aussi se sont établis les courants marins et atmosphériques dont la marche régulière entretient dans ces éléments une circulation féconde. Les fleuves, formés par la chute des pluies, ont rendu à l'Océan les eaux que le soleil lui enlevait par évaporation. L'ordre et la vie, en un mot, spnt nés du grand chaos primitif.
Et qu'on ne croie pas que je donne à ce mot chaos le sens vulgaire de désordre, de confusion. Non. Le chaos, ce n'était point la rudis indigestaque moles d'Ovide. C'était le travail normal d'un prodigieux enfantement; c'était la matière subissant, en vertu des lois éternelles qui la régissent, des transformations nécessaires, et obéissant à la puissance infaillible, qui de ses mille combinaisons allait faire sortir ce merveilleux ensemble de choses harmoniques que nous appelons le monde, et que les Grecs appelaient du beau nom de Cosmos : nom qui n'a d'équivalent dans aucune langue, car il signifie à la fois : Monde, Ordre, Ornement, Beauté. Le Chaos fut l'ébauche du Cosmos.