Unexan : op. cit., p
pointes de l'écriture cunéiforme exhalent encore l’effroyable odeur des eaux du déluge.
Un des plus anciens fragments décrit les calamités du monde antédiluvien. La tablette est brisée, les caractères sont à demi effacés, mais voici ce qu’on peut lire :
.…. Lorsque vint la troisième année,
Les hommes se révoltèrent dans les villes.
Lorsque vint la quatrième année,
Les greniers à blé furent épuisés.
Plus loin la tablette est brisée et quelques lignes manquent. On y relatait sans doute la terrible famine résultant de la guerre et de la rébellion universelles.
Puis, de nouveau, on peut lire :
.…. Les hommes comme des ombres errent par les rues. Lorsque vint la cinquième année,
La fille regarde de travers sa mère qui approche,
La mère n'ouvre pas la porte à sa fille ;
La fille regarde la balance de la mère,
La mère regarde la balance de la fille.
Lorsque vint la sixième année
Les hommes affamés dévoraient les hommes.
La mère apprêta son enfant pour son repas !…
Et en ces mêmes jours Outnapistim Atrachasis (Atrachasis signifie le Sage), le Noé Babylonien, enfouit dans la terre les antiques tablettes, trésor de la sagesse anté-
1. Cuneiform Teæts from Babyl. Tabl. in the Brit, Mus., XV, 49.
diluvienne, la « semence unique d’où tout naquit de nouveau » après le déluge’.
C'est donc bien à la veille de ces jours terribles que l'humanité avait atteint l'apogée de son développement, de ce que nous appelons le progrès, la civilisation, ce que
: . . J sur Platon appelait l'Atlantide et Dostoïevsky lHumanité- Dieu. Et sur cette hauteur voici la guerre, la révolte universelle, le retour à la barbarie, à la bestialité, à l’anthropophagie; voici la fin du monde : tout comme chez nous. Même commencement, même fin.
.… Le Très-Sage ouvrant la bouche Parla ainsi à Ea le Dieu Très-Haut :
« Seigneur, le genre humain périt, « Ta fureur dévore la terre.
« Prends pitié, Seigneur, de ta créature! »
Plus loin la tablette est encore brisée. Il semble que les dieux aient eu pitié, mais les hommes ne se repentirent point.
.… Enlil, assemblant les dieux, leur parle ainsi : « Loin de s’atténuer le mal se multiplie.
« N'épargnez donc pas les hommes, ne leur faites pas [grâce.
« Je me suis affligé dans mon cœur à cause de leurs [méfaits ?. »
Et dans la Genèse nous trouvons presque mot pour
mot le même récit : « l'Éternel se repentit d’avoir fait