Micha Josef bin Gorion
juration « brisa les ailes du vent » qui s’apaisa pour sept jours. Ayant appris cela, le dieu Anou courroucé l’appela
“pour le juger, et le dieu Ea lui donna un sage conseil :
« Couvre-toi d’un vêtement déchiré, signe de douleur pour les dieux morts, Tammouz et Giszida, gardiens des
portes célestes. »
Quand tu te présenteras pour ètre jugé
On t'offrira un aliment de mort, ne le mange pas; On t'offrira l’eau de mort, ne la bois pas.
On te donnera un vêtement, revêts-le ;
On t’apportera des parfums, oins-toi.
Adapa suit ce conseil. Tammouz et Giszida, voyant ses vêtements de deuil, le conduisent au ciel, intercèdent en sa faveur auprès d'Anou dont la colère s’apaise, mais
pas entièrement.
Pourquoi Éa révéla-t-il à un homme impur Les mystères de la terre et du ciel,
Lui donnant une force et une gloire excessives Que pourrions-nous faire de plus pour lui ?
Qu'on lui apporte l'aliment de vie et qu'il mange.
On lui apporta l'aliment de la vie — il ne mangea pas; On lui apporta l’eau de la vie — il ne but pas;
On lui offrit un vêtement — il le revêtit ;
On lui offrit des parfums — il oignit son corps.
Surpris, Anou le père lui demanda :
Pourquoi, Adapa, n’as-tu ni mangé, ni bu?)
ADAPA.
Ea, mon Dieu, m'a ordonné : ne mange ni ne bois.
Axvou.
Rendez à la terre celui qui vient de la terre.
MN ? À e * LA Tel est l'arrêt de Dieu à l'égard de l’homme : « Tu retourneras à la poussière d’où tu es venu ‘.»
Ici, tout semble être à dessein obscur, énigmatique, ambigu. On dirait que celui qui parle en sait plus qu'il ne dit, qu'il ne peut ou ne veut pas tout dire, qu’il soulève un coin du voile et le laisse retomber aussitôt. L’essentiel n’est qu’effleuré ou passé sous silence.
Où s’accomplit la fin du mystère d’Adapa, dans le temps ou dans l'éternité ? Lorsque le vent eut renversé la barque, Adapa, le premier homme, fut-il sauvé ou périt-il dans les flots de la mer comme la première humanité dans les eaux du déluge ? S'il a péri, en revenant sur la Terre il est né de nouveau, second Adam du second monde, celui d’après le déluge. N'est-ce pas pour cela qu’il revêt le nouvel habit de la mort — le corps périssable ?
Chaque parole est une énigme ; tout est raccourci, condensé comme dans une graine, mais de cette graine
infime est sorti un arbre immense — le destin de l’humanité.
Adam désobéit à Dieu et meurt ; Adapa obéit et meurt 1. Gen., III, 19.
aussi ; il semble que la soumission, la volonté humaine importent peu.
Si Adapa n'avait pas obéi à Dieu, il aurait hérité de la vie éternelle. Il y a là un appel tacite à la révolte, à la divinisation de l’homme; tel est tout au moins l’un des deux sens possibles et incomplètement exprimés du mythe. Dans la Genèse il y a un autre appel, mais, chose effrayante, presque la même ambiguïté.
Le Serpent a-t-il trompé Adam ? « Dieu sait que le jour où vous mangerez des fruits de l’Arbre de Science vos yeux s'ouvriront el vous serez comme des dieux". » Mais voici qu’à son tour Dieu dit presque la même chose : « L'homme est devenu comme l’un de Nous pour la connaissance du bien et du mal; empêchons-le maintenant d'avancer la main, de prendre de l’Arbre de la vie, d'en manger et de vivre éternellement”. »
Non, Adam ne fut point trompé par le Serpent, ni Adapa par Ea. Ils ont été trompés eux-mêmes par une connaissance fausse parce qu’imparfaite. « Elohim » veut dire : les Dieux et, peut-être, Trois Dieux en Un.
Dans Dieu trinitaire, l’anantiisme, la concordance des contraires d'Héraclite*, est une source de vérité et de vie, mais dans l’homme qui oscille entre le bien et le mal, l'antinomisme, l'irréductible contradiction, est une source de mensonge et de mort. Voilà pourquoi Adapa rejette la vie comme la mort, et accepte la mort comme la vie.