Is, LIL
Bérose, prêtre babylonien qui vivait trois siècles avant J.-C., et qui fut probablement initié aux mystères de Tammouz, rapporte un ancien mythe sur la création de l’homme.
« Voyant la terre fertile et déserte, Bel (Mardouk) se trancha la tête, et les autres dieux, mélangeant à la terre le sang qui coulait, façonnèrent les hommes; c’est pourquoi ceux-ci possèdent la raison et participent à la nature divine. »
Ce n’est que dans des cœurs de bêtes que pouvait naître ce mythe gigantesque et rude, taillé comme dans la pierre. Mais il y a dans cette rudesse même une douceur liliale : Dieu meurt pour l’amour de l’homme. Dans la Genèse? Dieu crée l’homme de la « terre rouge », afar, il le façonne comme le potier façonne un vase. Peut-être la terre est-elle rouge parce qu’elle est mélangée aussi avec du sang. Mais avec quel sang? La Genèse l’ignore déjà ou bien ne le dit plus.
Dans le mythe babylonien postérieur sur la création du monde, Enüma elis, les hommes sont créés, non plus avec le sang du dieu Mardouk, mais avec celui du démon Kingu, complice de Tiamat (l’Abîme) révoltée contre les dieux. La pensée humaine, comme effrayée par le déicide, cache le mystère sous le mythe, l’abime nocturne sous le voile du jour.
1. Benose > Frag. ap. Damasc., de primis principiis, cap. 129. 2. 11; 7. ‘
HAE ; Mais l'original ancien du même mythe confirme le terrible récit de Bérose :
Les dieux convoquèrent la déesse, La sage Mami, la Secourable :
« Toi, l’unique chair maternelle, « Tu peux créer des hommes.
« Crée-les donc afin qu’ils portent le joug des dieux. » La Grande Mami, ouvrant la bouche,
Répondit aux dieux puissants :
« Seule, je ne puis... »
Là, les caractères sont effacés, mais plus loin on peut lire :
Ouvrant la bouche, Ea
Dit aux dieux puissants :
& [1 faut immoler Dieu…
« Avec la chair et le sang divins « Mami pétrira l'argile... »
Ce dieu immolé, c’est Osiris, la Grande Victime, et Tammou, le Vrai Fils, — première ombre sur terre du corps de l’Agneau, immolé dès la création du monde. C’est uniquement pour qu’un jour puisse s’accomplir le sacrement de la Chair et du Sang que la Grande Mami mélangera à l’argile la chair et le sang divins.
Ainsi le murmure de la plus profonde antiquité répond aux tonnerres de l'Eucharistie : « Que toute chair humaine se taise et se tienne avec crainte et tremblement. Car le Roï des rois et le Seigneur des seigneurs vient pour s’immoler et se donner en nourriture aux fidèles. »
Dieu est mort une fois pour que l’homme naisse, et Il
mourut de nouveau pour que l’homme ressuscite.
Le prophète Jonas préfigure le Fils de l'homme « car, comme Jonas resta trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, de même le Fils de l’homme restera dans le cœur de la terre! ».
Le nom de Jonas vient de celui du dieu Ea-la-[ahvé. Ea, le dieu poisson, est représenté sur les monuments babyloniens sous l'aspect d’un homme recouvert de la peau d’un poisson : c’est Jonas dans le ventre de la baleine. Le dieu Oannès-Ea, sortant de la mer comme le prophète Jonas, instruit les hommes.
Jonas-Oannès descend au cœur des mers comme Tammouz au cœur de la terre, et Gilgamès au sein de l'océan, comme la première humanité tout entière dans l’abime des eaux du déluge. « Les eaux me submergèrent jusqu’à l’âme, l’abime m’engloutit.. Mais toi, Seigneur, tu feras sortir mon âme de l’enfer*. »
Jonas, ayant prophélisé à tort la colère de Dieu, s’afiligea : « Seigneur, prends mon âme, car il vaut mieux pour moi mourir que de vivre! Et le Seigneur fit pousser une plante qui s’éleva au-dessus de Jonas pour ombrager sa tête et apaiser son affliction. Jonas en éprouva une