Maru., XXIV
flûtes » nous sont parvenues dans un texte sumérien du troisième millénaire : elles pouvaient donc être chantées dans les tentes dés nomades avant Abraham. Mais peutêtre n’étaient-elles déjà que l'écho d’une antiquité infiniment plus profonde.
Leurs accents sont pauvres et rudes ; on croirait y entendre le bruissement du vent du soir dans les roseaux desséchés de l'Euphrate, le long bêlement des brebis et des chèvres, l'appel nocturne des bergers aux troupeaux épars dans les plaines ; on croirait respirer le vent brûlant du désert, l’amertume de l’absinthe, la fraicheur de la menthe avec la tiédeur du lait qu’on vient de traire, et l'odeur chaude des bergeries.
Lentement derrière les collines verdoyantes s'élèvent les nuages ; lentement paissent les brebis et les chèvres ; lentement, de la flûte du berger, les sons tombent monotones et mélancoliques, l’un après l’autre, comme des larmes.
Que pleurent-ils ? Oh certes! ce n’est point un homme, mais l'humanité tout entière. « L'homme, ses jours sont comme l'herbe, il fleurit comme la fleur des champs. Lorsque le vent passe au-dessus d’elle, elle n’est plus, et le lieu où elle fleurissait ne la reconnaît plus'. » Tel est le sort de l'homme et de toute l'humanité.
Quelle douceur dans ce qui se fane !
Et combien nous sommes touchés