‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 173 sur 198 · Turcurv · texte numérisé non relu

Turcurv

Lequel de ceux qui ont aimé n’a point senti cette limite céleste de l'amour terrestre : la lendresse maternelle dans les caresses de l’aimée? Sur la terre la mère et l’épouse sont deux, mais au ciel elles sont Une — une seule Étoile d'amour qui se lève le matin et le soir.

Les sons des flûtes qui pleurent sont toujours plus

aigus, plus plaintifs :

O mon enfant, comme Lu reposes longtemps !

«, O Seigneur affaibli, comme tu reposes longtemps :

À Mon Damu sans force, comme tu reposes longtemps ! D Je ne mangerai plus de pain,

j Je ne boirai plus d’eau :

Mon Seigneur est mort, Tammouz est mort... fe) »

Les chiens errent sur les ruines de sa maison...

Les corbeaux accourent au festin funéraire.

| La lamentation funèbre résonne dans la tempête ?

La plainte de la flûte résonne dans l'orage.

| Destruction. Le déluge gronde.…

C’est ainsi que tout finit. On se lamente sept jours sur le cercueil de l’homme Tammouz de même que la pluie du déluge tombera pendant sept jours sur le cercueil de l'humanité. Et, le septième jour, c’est le silence.

Je regardai le ciel : calme et silence — Le genre humain était disparu.

Je m’assis, baissant la tête, et je pleurai,

dit Noé-Atrachasis racontant la fin du déluge. « Toul

vient de la poussière, et tout y retourne », dit lEcclésiaste. La mort de l’homme est celle de l'humanité.

Mais la résurrection de l’homme est aussi celle de l’humanité.

Le dieu Ea, père de Tammouz, pour sauver le monde périssant, force Ereskigal, reine de l'Enfer, à libérer la déesse [Star. Nous retrouvons ici cette concision éhigmatique des mythes babyloniens lorsqu'ils touchent aux choses les plus sacrées et les plus secrètes où le mythe s’unit au mystère. Voici pourtant qui est clair : au fond de l'Enfer jaillit la source d'Eau Vivante. Ereskigal ordonne que l’on asperge de cetle eau la déesse IStar et qu'on la fasse sortir de l'Enfer.

La fin du mythe est perdue ; il n’en reste que les derniers Vers :

Aux jours de Tammouz, jouez sur la flüte de lapis- Jouez sur l'anneau sonore de cornaline ! [lazuli ; Jouez avec allégresse, pleureurs et pleureuses.

Que les morts se lèvent de leurs tombeaux,

Pour respirer la fumée des sacrifices !

C’est aussi la résurrection que chantent, les lamentalions finies, les flûtes de Tammou :

La déesse I$tar descend aux Enfers

Pour réjouir le cœur de Tammouz,

Pour éclairer la bergerie souterraine,

Pour ressusciter le berger couché sans force.

Et sur une autre tablette sumérienne, c’est le même chant de résurrection :

Grand, grand est le Seigneur !

De nouveau il ouvre les yeux, De nouveau 1l ouvre la bouche, Il rend à la terre sa fécondité, Haut.est le ciel, grand est le Seigneur !

C’est peut-être le premier chant de l’hurnanité à la gloire des bourgeons résineux, des pousses, natser, verdissant après le déluge, lorsque de la terre humide s'élève une vapeur odorante comme la fumée des encensoirs :

Que les morts se lèvent de leurs tombeaux !

En respirant la fumée des sacrifices !

Nous ne savons pas comment se terminaient les mystères de Tammouz, mais nous en pouvons juger en partie d’après la fin des mystères d’Adonis qui sont postérieurs. Lorsqu’après sept jours de lamentations le silence se fait, on enlève du tombeau l’image en cire du corps à la plaie sanglante ; on la lave avec de l’eau, on l’oint d’huile, on la vêt de pourpre et on la dépose dans le cercueil. Peut-être l’emporte-t-on, l’enterre-t-on ; on allume les flambeaux, et soudain, dans le silence, à minuit, retentit, venant du lieu lointain de l’ensevelissement, ce eri de joie délirante : « Ressuscité ! Tammouz ressuscité! » «I a renversé la grande demeure de l'ombre de mort », comme dit la prière à Mardouk-Tammouz.

Que les morts se lèvent de leurs tombeaux !

Par quoi Tammouz fut-il ressuscité? Par ce qui ressuscila Osiris : par l’amour. L'amour est laflirmation incessante de la personnalité, non seulement en decà de la mort, mais aussi au delà. C’est bien de cet amour qu’Isis-[$tar aima Osiris-Tammouz. « Personne ne l’a aimé plus que moi. » Elle l'aime mort comme elle Paimait vivant, car « l'amour est fort comme la mort ». L'amour descend jusque dans la mort. L'amour dans la mort, c'est l'Eau Vive au fond de l'Enfer.

Si Dieu est un et personnel, il ne peut pas ne pas ressusciler ce qui est un et personnel ; si Dieu est l’amour, il ne peut pas ne pas ressusciter ceux qui aiment. « Mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta victoire ? » C’est l'amour qui émousse l’aiguillon de la mort et efface sa victoire.

Sa ana arallé Sürulu pagarsu lulira Tu rends à la vie le corps descendu en Enter. Non seulement l’âme, mais aussi le corps. L'homme vit, meurt et ressuscile tout entier, âme et corps.

Je l'aime, Ô mon corps, Comme la brebis aime son agneau Et la plante sa graine.

Le corps ressuscité naît du corps mort, comme l'agneau

da ventre de la brebis et la plante de la graine. Ce n’est pas l’immortalité de lâme que cherche Babylone, mais la résurrection de la chair : pour elle comme pour : I l'Égypte le mystère de la résurrection est le mystère animal, végélal, astral — le mystère de toute la chair

cosmique.

XXXVIIT

Gilgamès cherche la vie éternelle des vivants et ne trouve pas ; Tammouz cherche la résurrection des morts el trouve.

L'homme est mort, l'humanité est morte, tel est le sens du mystère de Gilgamès ; celui du mystère de Tammouz, c'est: l’homme est ressuscité et l'humanité avec lui.

Sur lout le passé de lhumanité, depuis le comimencement des temps, le Fils de l'Homme encore à venir a projeté deux ombres gigantesques : Pune est Osiris, l'autre Tammouz. N'est-ce pas miraculeux ? Mais voici un miracle plus grand encore : aux mouvements de l’ombre, nous devinons ce que fait homme ; par les deux ombres du “Fils à venir, l'humanité sait déjà, dès le commencement des temps, ce qu’Il fera.

Les ombres sont identiques à leur corps en tout, saul en une chose que nous ne savons même pas nommer en

ce moment car qui, parmi nous, connaît le nom de ce dont il est dit : « l’amour est fort comme la mort? » La mort est vaincue. Tammouz-Osiris ressuscite lorsqu'il s’unit avec [Star-Isis, PÉpoux avec l’'Épouse. Le Fils de l'Homme est appelé, lui aussi, l'Époux, mais l’Épouse ne va pas le chercher dans l'enfer et ne le ressuscite point.

Pourquoi est-ce précisément là, dans le sexe, dans le mystère des Deux qu'il v a cette rupture entre les ombres et le corps?

Notre œil voit-il bien? Si le mystère de l'Un, la personnalilé, est lié au mystère des Deux — le sexe, ce lien ne peut être rompu dans l'affirmation suprême de la

personnalité la Résurrection.

Regardons plus attentivement : en cela aussi et de plus A A , L ? Z près même qu’en tout le reste l'ombre ne suit-elle pas le Corps ?

Voyons comment s’accomplit dans Tammouz le mystère des Deux.

« De Tes flancs il fit un trône, et Ton ventre Il le fit plus vaste que les cieux », chante l’Église dans les litanies de la Sainte Vierge.

Les flancs, le sexe féminin, c’est pour les ascètes chrétiens labîme de l'enfer, le trône de Satan. EL voici que ce trône est renversé el que Dieu est descendu en enfer. Il en est ainsi et il n’en peut être autrement si l'Immaculée Conception est une vérité. Là où se ferment nos yeux de pécheurs, les yeux des saints s'ouvrent el voient : Dieu dans les entrailles de la femme.

C’est là le dernier point d'un chemin infiniment long, ténébreux, mystérieux ; l'Égypte, Babylone, Chanaan, l'Égée, Chettée, Israël, tout le Testament du Père suit ce chemin.

Lorsque le gardien des portes ouvre à la déesse [Star la septième porte de l'Enfer, il enlève de ses flancs le

dernier « voile de la pudeur », subal palli $a zumrisa.

« Pourquoi, gardien, m'as-tu enlevé le voile de la pudeur } »

390 RABYLONE

« Entre, Maîtresse. Telle est la loi du Royaume Souterrain. »

Naissance-mort, c’est la loi du sexe. Le sexe se cache

derrière la crainte mortelle, la pudeur, comme la nuit

derrière le jour, l’autre monde derrière celui-ci. Voilà pourquoi l’enlèvement des voiles, l’impudeur sexuelle, est la mort, et la chasteté, le sexe intégral, l'intégrale Personnalité, est la vie et, à son extrême limite, la vie éternelle — la Résurrection.

Page 1