‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 178 sur 198 · LV, Rois, XXII · texte numérisé non relu

LV, Rois, XXII

Mais n’est-ce pas là, sur ces Hauts Lieux, que Salomon chanta à la Sulamite, la bergère brune, « la biche sauvage des montagnes balsamiques », le plus sublime des

chants d'amour, le Cantique des Cantiques :

La nuit j'ai cherché sur ma couche

Celui qu'aime mon âme,

Je l'ai cherché et ne Pai pas trouvé.

Je me lèverai donc et j'irai par la ville,

Par les rues et par les places.

J'ai été rencontrée par les veilleurs

Qui faisaient le tour de la ville.

« N'avez-vous pas vu celui qu'aime mon âme) » Les voilleurs m'ont frappée, blessée,

Et ils m'ont enlevé mon voile...

Ils lui ont enlevé le voile de la pudeur, comme à une prostituée ou à la déesse Iétar. Mais la même nuit vint frapper à sa porte l'Étranger, le mystérieux Messager à la fleur blanche.

« Ouvre-moi ma sœur,

Ma bien-aimée, ma pure !... »

Je me levai pour ouvrir,

Et de mes mains tombait la myrrhe Et de mes doigts coulait la myrrhe, Sur les poignées du verrou...

N'est-ce pas de cette myrrhe que la Pécheresse avait rempli le vase afin de le briser aux pieds du Seigneur et de préparer son corps à l’ensevelissement ? Et ne vit-elle pas la première le corps du Ressuscité ?

« L'amour est fort comme la mort », cela veut dire précisément que le sens du sexe excède l’immortalité de

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l'espèce qui est la mort de l'individu : le sens suprème de , , « f , l’amour n'est pas la naissance des mortels, mais la résurrection des morts.

Et c’est cet amour que nous avons appelé « proslitution » ! Voilà quels hauts lieux nous avons souillés, comblés d’ossements humains. C’est en vain que l’Église chante le Cantique des Cantiques sur la Sulamite, nous n’en comprenons plus le sens. Les racines babyloniennes de la fleur chrétienne sont arrachées, et la fleur s’est fanée.

Mais déjà, à Babylone elle-même, comme en Égypte, à Chanaan, à Chettée, en Égée, en Israël — dans tout le Testament du Père — transparaît le Testament du Fils, le christianisme avant le Christ. C’est déjà la lutte d’'Éros et d’Antéros, du sexe et de l’antisexe.

« Les barbares ont honte d’être nus », remarquent avec étonnement les Grecs, hommes de l'Occident pour qui, en comparaison des hommes de l'Orient, le sentiment religieux du sexe est éteint. Mais les Égyptiens, des barbares eux aussi, n’ont pas honte de la nudité : le lin transparent de l'Égypte — € l'air lissé » —— cache à peine le corps nu, et ce n’est pas seulement, bien entendu, parce qu'il y fait chaud, mais aussi parce que la trace

du Paradis n°y est pas encore entièrement effacée du Corps humain.

A Babylone, la laine remplace le lin, non seulement parce qu’il y fait plus froid qu’en Égypte, mais aussi parce que la trace du Paradis ÿ a complètement disparu. Sur les monuments sumériens, hommes et dieux sont représentés en longues robes lourdes, de laine pelucheuse on moirée, avec de nombreux volants rappelant nos robes de femmes à l’ancienne mode: voile sur voile, honte sur honte. Seul, le prêtre, barü, est nu en célébrant le sacrifice. Peut-être retrouvons-nous ici l'antique lien de Babylone avec l'Égypte.

Mais en général c’est bien à Babylone qu'est né le senliment de la nudité comme sentiment du péché. Le contact du corps nu de l’homme ou de la femme, qui ne se sont pas purifiés après leur union sexuelle, souille autant que le contact d’un cadavre.

[l'en est ainsi à Babylone et en Israël. Chez eux déjà notre « mauvais œil » s'ouvre sur le sexe comme sur une impureté transcendante.

« EL leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu'ils élaient nus... et Dieu dit à Adam: Qui l'a dit que tu es nu? » Cest le Fils qui l’a dit. Le sexe est dans le Père, Pantisexe dans le Fils. Ou du moins il en semble ainsi aux hommes.

ANII

L'antisexe, la force de répulsion sexuelle, agit dans le mystère de Tammouz de mème que dans le mythe de XhGen, TT, 5-17,

Gilgamès. Mais dans le mystère, son action est positive, religieuse comme un autre € oui », tandis que dans le mythe, elle est négative comme un unique « non » ; dans le mystère, se manifeste « l'opposition concordante » du sexe et de la personnalité — chemin de la résurrection : dans le mythe, leur contradiction irréductible — chemin de la mort.

Gilgamès, après avoir vaincu le géant Humbaba, rentre triomphalement dans Ourouk.

Il lava ses vêtements, nettoya ses armes, Déploya sur ses épaules ses belles boucles, Revèut une claire tunique, se ceignit, Posa sur sa tête sa couronne royale.

[Star vit la beauté de Gilgamès :

Sois mon époux, à Gilgamès, Fais-moi présent de la fleur de ta chair, Sois mon époux, je serai ta femme !

Je te donnerai un char de lapis et d’or, Avec des roues d’or et des harnais de diamant, Attelé de mules vigoureuses.

Quand tu entreras dans notre palais, Dans le parfum des aromates, Tous les rois de la terre te salueront ; Les souverains baiseront la trace de tes pas Et L’apporteront les présents des montagnes et des [vallées, Tes chèvres mettront bas trois chevreaux, tes brebis Ton âne pèsera le poids d’un mulet, [deux agneaux, Ton mulet au joug n’aura pas d’égal, EL tes chevaux emporteront ton char comme un tour-

[billon.

Gilgamès ouvre la bouche

Et parle ainsi à la déesse [Star :

Garde es présents, souveraine |

Mon vêtement me suffit

EL ma nourriture me suflit,

À moi qui goûte aux mets des dieux,

À moi qui bois le vin des rois.

Toi tu es semblable à la porte ouverte sous la tempête,

Semblable au toit prêt à s'effondrer,

Semblable à l'éléphant qui a secoué sa selle,

Semblable au fardeau qui courbe le porteur,

Semblable à la pierre qui ne soutient pas le mur,

Semblable au talisman néfaste, présent de l'ennemi,

Semblable à la chaussure étroite qui serre le pied !

Auquel de tes époux es-tu restée fidèle

Voici, je vais t’énumérer lous tes amants

Et je vais en faire le compte:

Tammouz, l'amant de ta jeunesse,

Tu l’as voué chaque année aux lamentations.

Tu as aimé Allala, le faucon jaspé,

Et tu lui as brisé les ailes ; il vit maintenant dans la forêt

Et gémit plaintivement : mes ailes ! mes ailes !

Tu as aimé le Lion puissant

Et tu lui as creusé deux fois sept pièges.

Tu as aimé le Cheval rapide

Et sous le fouet, tu l’as fait courir à mort.

Tu as aimé Taboulou, berger des brebis,

Tu en as fait un loup et les chiens l’ont déchiré.

Tu as aimé Ichoulanou, le jardinier,

Tu en as fait une chauve-souris.

Aujourd’hui tu m'aimes et tu me feras périr comme les [autres !

La déesse outragée monte au ciel trouver Anou son père et le supplie de châtier Gilgamès. Anou refuse d'abord,

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mais comme elle menace de briser les portes de l'enfer el de faire sortir les morts, il envoie contre le héros le Taureau Céleste. Le Taureau au souflle de feu dévaste la terre d’Ourouk. Mais Gilgamès et Engidou pourchassent le monstre dans les marais de l'Enphrate et le tuent.

La déesse IStar monta sur les murs d'Ouroulk EL, sautant sur un créneau, s'écria :

« Malheur à toi, Gilgamès, tu t'es ri de moi EL tu as tué le Taureau Céleste ! »

Engidou, entendant les paroles d'Iftar, Arracha le sexe du Taureau Céleste

Et le jeta à la face de la déesse :

La même chose L'arrivera maudite !

Voici le comble du blasphème ; on ne saurait aller au delà et, en effet, nous ne sommes pas allés plus loin. La déesse [Star est la plus grande de toutes les divinilés babyloniennes.

Il n'y a pas de vrai Dicu, sauf toi !

La Mère des dieux, Ummu Hani, existait déjà, alors qu'aucun d’eux n'existait encore. Un enfant connaît el aime sa mère avant son père ; il en est de même de l'humanité tout entière. Son chemin va de la Mère terrestre vers le Père Céleste et retourne peut-être du Père vers la Mère. La Mère est la première religion de l’humanité et aussi la dernière. Voilà pourquoi l’outrage fait à la Mère, de même que celui fait à l'Esprit, ne se pardonne pas.

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