Rasxozmimov : Le Cauchemar
6o LE MYSTÈRE DES TROIS
d'étain manqué », et bientôt le Boutonnier viendra la chercher avec la cuiller à fondre. C’est possible, mais si même toute la terre se prosternait devant la Bête, s'il ne restait plus au fond des souterrains qu'une voix pour murmurer : « Que Ton règne arrive ! » tout espoir ne serait pas encore perdu.
Jamais le monde ne fut si près de sa perle, mais jamais aussi il ne fut si près du salut. Il vit tout entier sous le signe du socialisme athée, qui est une eau morte, et le monde a soif d’eau vive. « Comme un homme dévoré par la soif rêve qu’il boit, mais à son réveil se sent épuisé et l’âme altérée, ainsi en sera-t-il de toute la multitude des nations !. »
Peut-on, d’après l’ardeur de la soif, juger de la proximité de l’eau? Dans le domaine religieux, on le peut. Jamais encore l'humanité ne fut aussi altérée qu'aujourd'hui. L’oreille collée contre terre, elle épie le murmure de l’eau. Elle n’écoute pas encore là où il faut, mais l’eau peut-être est toute proche.
Trois Parques tissent les trois fils des destinées humaines — Ja Personnalité, le Sexe, la Société. Les trois fils, noués ensemble en un seul nœud, ne se dénoueront qu’ensemble.
Trois vieillards continuent encore à prier quelque part : « Vous êtes Trois, nous sommes trois — aie pitié de nous ! »
Trois dans le ciel — Trois sur la terre : cela signifie justement que la terre sera sauvée par le mystère céleste des Trois.
r. Is, XXIX, 8.
LA BOUTEILLE A LA MER 6x
A la veille de la première révolution russe, il yÿ à une vingtaine d'années, je posai la question du Mystère des Trois. Voici ce que me répondit alors Vassili Rozanov, l’un des plus grands penseurs religieux de notre époque : « Dans l'éon de Jésus la question reste ‘sans réponse ou ne reçoit qu une solution nettement négative. Mais elle trouve dans l’éon des Trois Hypostases une solution complète et satisfaisante ».
Et la suite de sa réponse approfondit ma question ellemême : « En ce qui touche au Père, l'Église n’a rien fait. Elle le nomme, il est vrai, le « Créateur du monde », le « Dispensateur de tous les biens », mais ce ne sont ie des prédicats abstraits. Les deux créatures de Dieu — FERERt Monde et l'Enfant Jésus — s’accordent-elles ? — Non, répond Rozanov, le monde n’a point de place dans l'Évangile. Il reste en dehors du Livre divin... Pour nous la question de Mérejkovsky est impossible à résoudre : nous ne pouvons qu’en préparer la solution !. » a
Mais comment et où préparer cette solution ? Dans le christianisme ou hors de lui, avec ou contre lui ? A cette dernière question Rozanov ne répond pas, parce que la réponse serait peut-être trop terrible pour lui. Car si réellement le monde — révélation du Père, n’a pas de place dans