‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 44 sur 198 · Nombres : XVIII · texte numérisé non relu

Nombres : XVIII

Et devant elle ce bouc ou ce bélier monstrueux, Bindidi, lubrique et impur. N'est-ce pas là le même Bouc Nocturne, Hircus Nocturnus, qui apparaît au sabbat des sorcières du Moyen Age ?

À peine peut-on supporter cette abomination. Comment la Mère Très Pure avec l’Enfant a-t-elle pu se réfugier sur celte terre maudite ? Ne devrions-nous pas la maudire, nous aussi, fuir loin de l'Égypte avec Israël ?

C’est au reste ce que nous avons déjà fait : nous nous sommes enfuis de l'Égypte, de l’impure animalité, vers

le désert de la « raison pure », où aujourd’hui encore :

nous errons avec Israël.

La raison pure de Descartes ne sera tentée par aucune animalité. Pour lui les animaux eux-mêmes ne sont que des automates. Et l’on peut dire que tout notre siècle — siècle de la raison pure et de la mécanique pure — est né de cet automate de Descartes. û

Otto Weininger, le juif-chrétien, va plus loin encore. D’après lui, « l’être métaphysique appartient aussi peu à la femme qu'aux plantes et aux animaux ».

Ainsi, toute créature vivante est anéantie par la raison en démence, par le feu brûlant du désert judéo-chrétien, par le sagace et terrible Esprit du Néant.

Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas lieu de nous enorgueillir devant l'Égypte : nous avons su unir notre

raison pure à l’impure animalité. fl est vrai que)rnons ignorons la « bestialité sacrée » ; mais OR nuit, lorsque s’allument dans nos grandes cités les bin innombrables de la prostitution, la même fillette n est-elle pas sacrifiée à ce même bouc puant, Bindidi, sous l'apparence humaine ?

Nous avons définitivement oublié la vision prophétique d’Ézéchiel, les Ghérubins, Kherubu, à na sont que les taureaux assyro-babyloniens ou les Apis é8yPtiens, devant le trône du Seigneur ; nous avons de les quatre bêtes mystérieuses de l’Apocalypse qui « pont de repos ni jour ni nuit, en clamant la gloire du Seigneur ». l

Et, ayant oublié le divin et terrible mystère de l'Égypte, — l'animal en Dieu — nous avons oublié

Dieu lui-même.

« ILest une impression que je n’oublierai jamais. Étant encore un collégien, j'avais mis dans une boite une nu salide ; pendant longtemps il n’en sortit nee stjel avais déjà crue morte. Un matin, j'ouvre la boîte; un énorme et merveilleux papillon de nuit, tout blanc et virginal, voyant l’homme pour la première fois, n'eut pas peur. Quelque chose de merveilleux et de saint, une sorte d’effluve mystérieux émana de lui vers mot. Je sentis que ce serait un péché affreux que de le toucher en trahissant

122 ÉGYPTE sa confiance et de profiter de son innocence en le piquant, là même, sur une épingle. Et je le laissai partir! »

Telle est l’adoration égyptienne pour les animaux. Ils adorent en eux leur sainte innocence, leurs yeux qui ne sont pas encore dessillés. Dans la face de l'animal, comme dans celle de l’enfant, il y a le même rayonnement de « sainteté transcendante, rosée du Paradis ». Voilà pourquoi il est peut-être plus près de Dieu que l’homme; éteinte dans l’homme, la joie céleste de la terre brille toujours dans l’animal. Et il n’y aura pas de salut pour l’homme tant que toutes les créatures ne seront pas sauvées.

« Le monde est la créature de Dieu : c’est là une vérité si simple, une joie si grande, qu’enivrés d’elle, nous tombons dans l’extase de David qui chantait et dansait devant l'arche du Seigneur. Nous nous prosternons et nous embrassons la terre. Pourquoi ? Parce qu’elle est à Dieu. Je prends un papillon et je ne lui arrache pas les ailes, mais avec une tendresse indicible j’observe comment il grimpe le long de mon doigt avec ses pattes malhabiles. Mon frère, mon fils, un même souflle de vie nous anime. Il n’y a plus de tombes; c’est partout la Résurrection. La mort même, je ne la conçois pas autrement que comme une seconde naissance : la chrysalide est morte, le papillon s’envole?. »

Page 1