Livre des Morts, 15h
et barbare des Égyptiens, il n°y a pas de corps ressuscité, mais seulement un cadavre animé. Il n’en est pas ainsi. De même que l'oignon est fait de pelures multiples, de même l’homme est fait d’enveloppes nombreuses — corporelles, animales, spirituelles : une enveloppe après l’autre, une plus fine après une plus grossière. Leur corrélation est l’objet d’une très complexe physiologie transcendante que nous comprenons mal. Au reste cela n'a pas d'importance. L'essentiel est que la mystique égyptienne s’eflorce d'établir toute une série de degrés entre le corps physique qui doit mourir, et le corps spirituel, « pneumatique », qui doit ressusciter. Et ce qu'il y a de plus important encore, c’est que, selon cette mystique comme selon le dogme chrétien, le principe
ne réside
vital, non sujet à la mort — la personnalité point dans le corps ni dans l'esprit, mais dans l’union du corps et de l'esprit, dans le corps spirituel, Sahu. C'est ce corps seul qui ressuscite.
C'est là la première tendance de l'Égypte vers la Personnalité Absolue, tendance encore inconsciente peutêtre, mais déjà incontestablement religieuse. Et c’est en cela aussi que l'Égypte s'oppose le plus profondément à l'Inde et à l’Europe moderne qui tendent vers l’impersonnalité. Car la volonté du néant, du Nirvana, n’est précisément pas autre chose que la volonté de l’impersonnalité absolue.