Sonezrine
« La quinzième année du règne de Tibère César, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zachariet.» Tel est le point géométrique où, dans l’espace et le temps, s'unissent le Corps et l'ombre. Le paganisme est l'ombre et le corps est dans le Christ. De l'ombre vers le Corps, tel est le chemin suivi par le mystère de l’histoire universelle.
Le mystère du Dieu souffrant se répand à travers tous les siècles et tous les peuples, comme une ombre gigantesque, pour se coucher aux pieds du Christ.
Le « mythe » du Christ existait déjà avant le christianisme. Donc le Christ est un mythe? Non: s’il y avait eu avant Alexandre le Grand un mythe du conquérant du monde, cela ne signifierait pas qu'Alexandre est un mythe. Les montagnes lointaines ressemblent à des nuages. Le christianisme, la chaîne principale, l'Himalaya de l'histoire du monde, est enveloppé par les nuages des mythes ; mais il ne s'ensuit pas que l'Himalaya ne soit qu'un nuage.
Le Christ a-t-il existé Le fait seul que cette question vient à l'esprit des hommes montre qu’il ne s’agit aucunement de «critiquescientifique ». De même que le démoniaque Kirilloy croit de toute son âme que Dieu n'existe pas, de inème ces nouveaux meurtriers du Christ croient que le Christ n'a jamais existé. Mais leur désir même de le tuer, de le supprimer démontre «a contrario combien sa personnalité historique est encore réelle pour eux.
1, Luc, IL, 1-2,
XX VI Si le Christ n’a pas existé, le christianisme n'existe pas non plus: c’est un mythe comme le paganisme. Mais si le Christ est réel, le mythe du Dieu souffrant, l'ombre du Christ à venir, répandue sur toute l'humanité depuis le commencement des temps, est un miracle inéluctable de l’histoire du monde qui tue les meurtriers du Christ.
Un évêque, naviguant sur la Mer Blanche, entendit raconter que dans une petite île déserte vivaient trois vieillards qui faisaient leur salut, et ils étaient si simples d'esprit qu'ils ne savaient même pas comment il faut prier. Curieux de les
voir, il s’approcha de la petite île, descendit sur le rivage, et là
il vit trois vieillards aux cheveux gris: un grand, un moyen,
un petit qui, l’un à côté de laubre. se tenaient par la main. « Comment priez-vous Dieu ? » FN If évêque.
Et le plus âgé des vieillards dit :
« Voici comme nous prions: Nous sommes trois, Vous êtes Trois, aie pitié de nous. »
Et, dès qu'il eut ainsi parlé, tous trois, levant les yeux au
ciel, répétèrent : « Vous êtes Trois, nous sommes trois, aie pitié de nous. »
L’évèque sourit.
« Vous avez entendu parler de la Sainte Trinité, mais ce west pas ainsi qu'il faut prier. »
Et il se mit à leur enseigner comment on prie le Seigneur. Ce fut très long, cela dura tout le jour jusqu’à la nuit, tant los vicillards avaient peu de mémoire. Enfin il leur ie tant bien que mal, la prière et, remontant dans sa nef, …l ei
La lune se lève. L'évêque assis à la poupe regarde la mer, du côté où avait disparu la petite île. Sotdait, il voit dans la lueur de la lune quelque chose de blanc et de brillant. Il togarde plus attentivement. Ce sont les vieillards qui courent fu la mer après le bateau: leurs barbes blanches brillent dans la nuit. Il courent en se tenant par la main; celui de droite et celui de gauche, agitant les bras, font signe au bateau de s'arrêter et, dès qu’ils l’ont rattrapé, les trois vicillurds s'écrient d’une seule voix :
& Nous avons, petit frère, nous avons oublié ta leçon. Nous Hé nous rappelons plus rien, enseigne-nous de nouveau ! »
L'évèque se signa et dit :
& Votre prière arrive jusqu'à Dieu. Ce n’est pas à moi de vous enseigner. »
til se prosterna devant les vieillards‘.
Samothrace, l’île sacrée, est déserte ; les cris des mouettes ob le bruit des vagues écumeuses chassées par le vent de la Propontide troublent seuls le silence de ses falaises. Dans Mimmémoriale antiquité, du haut des remparts d’Ilion encore Intuets, on pouvait voir s'élever de cette île les famées des
1, Léon Torvroi : Trois Vieillards
sacrifices. Là, sur la cime des montagnes, s’accomplissaient les mystères des Grands Dieux — Cabires.
Is étaient trois: le Grand, le Moyen, le Petit, — le Père, la Mère et le Fils.
« Là Paul eut une vision dans la nuit : il vit un Macédonien debout qui l’appelait et lui disait: « Passe en Macédoine « pour nous secourir ». Aussitôt après cette vision, nous cherchâmes à passer en Macédoine, concluant que le Seigneur nous conviait à y porter l’évangile. Étant donc partis de Troas, nous fimes voile droit vers Samothrace !. »
Peut-être en s'instruisant des mystères de Samothrace l'Apôtre Paul avait-il avec étonnement appris quelque chose sur la Trinité d’un Dieu unique inconnu. Les Orphiques désignaient les Cabires par un triple nom: Axier, Axiokersa, Axiokers : le Père céleste — Zeus, la Mère terrestre — Déméter et le Fils du ciel et de la terre — Dionysos. Dans les mystères d’Éleusis on retrouve les trois mêmes Personnes, mais dans un autre ordre : le Père, Dionysos ; la Mère, Déméter ; et le Fils, lacchos.
Déjà les Orphiques des v° et vi° siècles avaient oublié les noms antiques des Trois. Peut-être du reste n’avaient-ils pas de nom, ni même de forme. Les hommes ne savaient rien d’eux, sinon qu'ils étaient à la fois Trois et Un.
À Knossos, dans l’île de Crête, on a découvert dans le « Labyrinthe de Minos », le roi-dieu fabuleux, trois colonnettes d'argile unies par leur piédestal. Sur chacune d'elles est posée une colombe qui symbolise la descente des Trois?.