‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 9 sur 198 · À. Evans: The Palace of Minos at Knossos · texte numérisé non relu

À. Evans: The Palace of Minos at Knossos

Le second palais de Knossos où furent trouvées ces colonnettes a été bâti cinq siècles avant la guerre de Troie, vers 1600 av. J.-C. Alors déjà les hommes adoraient les Trois. Étant simples d'esprit et ne sachant pas prier, ils murmuraient devant les colonnettes d’argile : « Vous êtes Trois, nous sommes trois, aie pitié de nous! »

Et, lorsqu'ils périssaient engloutis dans les vagues tumultueuses de la mer, ils voyaient à la lueur des éclairs briller, comme trois mouettes blanches au-dessus du gouffre noir, trois grands Cabires, — trois Vieillards, venant à leur secours.

À Chanaan, près du chêne de Mamré, le Seigneur apparut & Abraham. « Il leva les yeux et regarda, et trois hommes se tenaient devant lui!. » Et aussitôt il reconnut le Seigneur dont le nom est Élohim, les Dieux — Trois Dieux en Un.

C'est aussi de Chanaan que vient le nom des Cabires : Kabru, Kuburu, — les Grands. Ils sont trois : Baal, le Père; Atarté, la Mère, et Adonis-Échmoun, le Fils.

Le nom babylonien des Cabires est Ka-ab-at: ce sont le Père, La ; la Mère, Istar; le Fils, Tammouz. Mais les gens do Sennaar les connaissaient déjà dans l’antiquité prébabylonienne des Summériens, époque presque aussi inconcevable pour nous que le monde antédiluvien.

Etce sont eux, les Trois, qu'adoraient aussi les ancêtres des Égyptiens dans l’insondable antiquité prédynastique QI VII millénaires) : Osiris, le Père ; Isis, la Mère ; Horus, lo Mils.

M Gon,, XVII, à

Les mystères de Samothrace et d’Éleusis se célébraient encore à la veille du Concile de Nicée où fut promulgué le dogme de la Sainte Trinité.

Et jusqu’à nos jours, dans chaque église chrétienne, le Credo proclame le Mystère des Trois qui, révélé aux hommes dès le commencement des temps, leur reste toujours impénétrable.

« Non, jamais trois ne seront un! », plaisante Gæœthe en blasphémant".

« Par la Lumière trois fois ardente, das dreimal glühende Licht », Faust conjure le démon. Et la vieille sorcière, en préparant à son intention l’élixir de jeunesse, marmotte à propos de Un, Deux, Trois:

Mein Freund, die Kunst ist alt und neu, Es war die Art zu allen Zeiten

Durch Drei und Eins, und Eins und Drei Irrtum statt Warheit zu verbreiten*.

Mon ami, l’art est vieux et nouveau,

Et en tous les temps ce fut l’usage

Par trois et un et un et trois

De répandre l'erreur au lieu de la vérité.

Si l'œil de Gœthe lui-même, l'œil le plus « solaire » de notre temps, s’est, devant le Mystère des Trois, terni comme un bouton d’étain, que pouvons-nous attendre des autres

yeux humains ?

1. Goxrus: Entretiens avec Eckermann, à. Gosrux: Faust, 1, Hexenküche.

Les mystères de Dieu sont trop simples pour l’homme ; ils sont aussi ouverts et aussi inaccessibles que le ciel. Le plus simple, le plus ouvert, le plus mystérieux des mystères, c’est celui des Trois.

« Je redoute d'écrire ce dont j'ose à peine parler », dit saint Clément. Ainsi « l'homme qui connut tous les mystères », n'ose pas parler du mystère des Trois. Comment donc l’oserions-nous ?

Selon la doctrine de saint Clément, les anges furent déchus avant le commencement du monde, parce qu’ils énoncèrent le mystère de Dieu. Le monde, qui périt par le verbe énoncé, sera aussi sauvé par le Verbe. Jamais encore le monde ne fut si près de sa perte qu'aujourd'hui ; jamais encore il n’eut tant besoin du Verbe. Mais nos lèvres sont closes par le silence comme les portes de l’Abîime par des verrous de fer, et seul pourra les ouvrir Celui qui est descendu dans l’Abîme.

On peut parler du mystère des Trois avec une ardeur prophélique (mais qui de nos jours est prophète?) ou avec une froideur algébrique, tout en sachant que, dans la religion l'algèbre est ce qu'est un épi desséché pour l’homme qui dut de faim, ou l'analyse spectrale pour un monde disparu, une étoile éteinte.

Voici la formule algébrique de Schelling :

1, Cuémexr D'AzexanpRie : Séromala.

[l y a en Dieu trois principes : le premier, négatif, restreignant — « le Feu de la loi », la Colère ; le second, aflirmatif, élargissant — « le Souffle du vent bienfaisant », l'Amour ; et le

troisième, unissant les deux premiers — Non-Oui, Oui-Non.

— À — le Père.

+ À = le Fils.

Æ À — l'Esprit.

C’est simple comme le ciel, et cela délimite l’horizon de nos connaissances comme le ciel délimite l'horizon terrestre. Cela, les hommes le savaient depuis le commencement du monde et ils ne sauront rien de plus jusqu’à sa fin.

« La philosophie de la Révélation » de Schelling a passé sans laisser de trace, remarque Kuno Fischer!. Ed. Zeller n’y voit qu'une pesante scolastique ?, et selon Ferd. Chr. Baur, un des premiers « christicides », il n’y a là que du « galimatias »°.

D'ailleurs, ce n’est pas seulement la Philosophie de la

Révélation, mais la Révélation elle-même qui nous paraît être du « galimatias ». Que les bonnes vieilles récitent à église le Credo, nous savons, comme Mépbistophélès, qu'en bonne compagnie on ne parle pas de pareilles choses. Comme les philosophes d'autrefois et d'aujourd'hui riraient si quelqu’un leur disait que Schelling a sondé plus profondément que Kant le mystère du monde !

1. Kuxo Fisemer : Hisloire de la philosophie moderne. ». En. Zxuen: Histoire de la philosophie allemande. 3. Kuxo Fisomen.

Nous lisons le livre du monde comme les illettrés, sans quitter la page du regard et en suivant les lignes du doigt, etce n’est que lorsqu'une main, rapide comme l'éclair, tourne la page, que nous apercevons quelque chose « écrit à côté, en marge »‘. C'est le plus important peut-être, mais nous ne parvenons pas à le lire. Il faut pour y réussir posséder les yeux clairvoyants des prophètes.

Quand Lobatchevsky et Einstein nous enseignent que quelque part, dans la « quatrième dimension », dans la métagéométrie, « le gant de la main gauche se met à la main droite », nous les croyons sur parole. Mais pour comprendre, pour percevoir cette proposition, il faut une entorse métaphysique, un renversement de l'esprit, une sorte de folie ou cette extase, cette sortie de soi-même, £xotusts, qu'enseignaient les mystagogues anciens et saint Paul lui-même lorsqu'ils disaient : « la sagesse de Dieu n’est que folie pour ce monde ».

Einstein sait quelque chose de la « quatrième dimension», mais Orphée en savait peut-être davantage et aussi Pythagore, l’hiérophante de la Tétrade sacrée qu'il célèbre comme « le nombre des nombres et la source de l’éternelle nature, TAYAY LELVEV UGEUS 2,»

Schelling explique Pythagore et Orphée: au-dessus des trois principes unis en Dieu, au-dessus du Père, du Fils et du Saint-Esprit, trône Dieu lui-même dans son unité, de sorte que le mystère de Dieu et du monde s'exprime algébriquement : 3+ 1 —4*. Ce qui signifie : Trois en Dieu, Quatre dans le monde. La Trinité dans la métaphysique

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