Ezécn., XVI
c’est la mort et le meurtre, l’éternelle guerre. « Ressuscite! » tel est le commandement de l'Égypte, et le nôtre : « Tue! » Si donc nous voulons revenir de la guerre à la paix, il nous faut nous souvenir du Testament du Père, du sexe sacré.
Osiris se dit en égyptien Usiri; Isis, Usirit. Un seul mot avec deux terminaisons, masculine et féminine : Lui et Elle ; Androgyne, Homme-Femme.
Le Scarabée sacré du soleil est aussi Lui et Elle, mâle et femelle. Son nom, Kheper, signifie : « être, devenir », s’engendrer spontanément, naître sans père ni mère. Il est son propre père et sa propre mère; il s’accouple avec lui-même, dépose la semence dans le sol, la mélange à la terre et, lui donnant la forme d’un œuf, d’une sphère, la roule comme le soleil, de lorient à l'occident. Le vieux scarabée meurt, le jeune éclôt de l’œuf, comme l’äme de la momie, et s'envole, ailé, vers le soleil. Ce vol est l’extase de l'amour parfait.
Dans le « Conte des deux frères », le plus ancien du monde, Bata-Osiris, tenté par la femme de son frère Anoupe-Set, se fait eunuque. Bata dit à sa femme : « Je suis femme comme toi. »
« [1 y a des eunuques qui se sont fails eunuques cux-
mêmes pour le Royaume des Cieux'. » Ges paroles de Jésus, Bata semble les avoir entendues. Mais Bata-Osiris qui se fait eunuque, et Osiris ithyphallique ne sont qu'un seul et même dieu. Cette « castration » virtuelle est le phallisme véritable, mais inverse, relourné sur son axe : le sexe empirique disparait, le sexe transcendant apparaît. La castration « pour le royaume des cieux » est le sexe le plus ardent dans l’antisexe même, Éros dans Antéros : ce n’est pas l'absence du sexe, mais sa plénitude — la coupe pleine de l'amour parfait élevée vers Dieu.
D'après la biologie moderne, « dans le monde humain comme dans le monde animal et végétal, il n’y a point d'individus à un seul sexe; tous sont intermédiaires entre les deux pôles, le masculin et le féminin*® ».
Dans chaque homme il y a une femme cachée, et dans chaque femme, un homme. La grâce suprème chez l'homme. c’est la douceur féminine, et chez la femme c'est le courage viril. Le sexe transcendant est le pôle opposé du sexe empirique.
C’est pourquoi en Égypte tout mort, femme ou homme, étant « Osiris », on ajoute au menton de la momie féminine l'étroite et longue barbiche nattée d'Osiris. C’est avec celle même barbiche et en vêtements d'homme qu'est représentée, après son avènement au trône, la reine Hatchopsitou, épouse du pharaon Toutmès LT, véritable Vénus-Barbue.
5, Mara, XIX, 12.
2, Weuincer * Sexe cl curaclire,
Et c est pourquoi, dans le corps du dieu Osiris déchiré,
Isis remplace le phallus disparu par l’image sacrée, par
son propre phallus transcendant. N'est-ce pas ridicule, monstrueux, absurde? Peut-être, mais pour tous ceux qui sont plongés dans l’'empirique, tout le transcendant n’est qu’une absurdité monstrueuse.
Et là encore [Israël fait écho à l'Égypte.
« Dieu (Élohim) créa l’homme à son image; il /e créa à l’image d'Élohim, il les créa mâle et femelle’. » D'abord : le, et ensuite : Les. L'image de Dieu est dans l'Homme. Deux en Un; non pas Adam, mais Adam-Ëve, car Dieu lui-même est deux Dieux, Lui et Elle, Homme et Femme.
Et le Talmud explique la Genèse : « L'homme et la femme furent au commencement un seul corps à deux faces, mais ensuite, le Seigneur les trancha en deux et donna à chaque moitié l’épine dorsale? ».
C’est exactement de la même façon que Zeus, dans le mythe de Platon, tranche les Androgynes, « comme l’on tranche avéc un cheveu les œufs que l’on sale ».
: ; Le mystère de Un dans le mystère des Deux, c’est la personnalité dans le sexe. « La Personnalité est l’équinoxe des deux sexes. »
Gen, |,137.
Midrasch Bereschit Rabba,
+ Prarox : Sympos.