NOTICE AU SUJET DES « ÉNIGMES DE ^UNIVERS
()° Ou don ne comme loi certaine U stabilité des espèces d’êtres à travers les âges, En même temps, M. llaeckel donne, connue autre loi certaine, la transformation des espèces à travers les âges de notre planète. Ce sont deux lois contraires et la première esL la seule exacte (1). Ne pas confondre avec les modifications que les races subissent dans les circonstances communes de milieu, de climat et d’élevage. Généraliser ces légères transformations est une erreur grossière.
7° Il est également absurde d’oser dire que la fonction crée l’organe, car ce ne serait certes pas l’aveugle qui pourrait imaginer des appareils pourvoir: fonction dont il n’a aucune idée.
Imagine/ une île au milieu de l’Océan, jamais visitée par les humains, et n’ayant comme plus gros mammifères que des rats et des lapins, et toutes sortes d’insectes.
Quel est le savant qui oserait affirmer que dans '10.000, 20.000, 100.000 ans, on y trouverait des cochons, des chèvres, des bœufs, des chevaux, peut-être des serpents boas, des éléphants et même des humains?...
Ce serait cependant la conséquence des théories de MM. Darwin eL llaeckel. Cet exemple prouve ([ue personne ne voudrait croire à une semblable métamorphose !...
8° M. llaeckel néglige tous les phénomènes occultes que tous les savants devraient connaître et discuter
(1) M. Virchow, après avoir constaté l’intégrité de la conservation des espèces à travers te temps, déclare ensuite ne pas*admettre celte loi, car elle l’empêcherait de se rallier au transformisme qu’il approuve de confiance, en repoussant les faits. Cette contradiction n’est pas scientifique.
aujourd’hui. ïl semble ignorer que les êtres vivent plongés dans un milieu de substances éthérées que les voyants perçoivent. Milieu doué de vie, d’intelligence et de propriétés naturelles que j’ai essayé de préciser dans ce court fragment de mes travaux (1).
9° Puissé-je convaincre les savants que la matière et l’Esprit Universel coexistent de toute éternité ; et que cet Esprit naturel (Dieu inconcevable) est le dépositaire et l’exccuteur des lois naturelles et universelles.
10° Page 434, M. Hacckcl écrit qu’il ne recherche pas la chose en Soi , cachée derrière les théories qu’il énonce, et qu’il appelle cette mystique , inutile a chercher, puisque nous n’avons aucun moyen de la connaître.
11 fait donc l’aveu de son impuissance, attendu que cette mystique renferme l’origine des énigmes qu'il a cherché à dévoiler en s’arrêtant où la difficulté commence.
11° Page 423, rayant d’un trait de plume tous les travaux de l’illustre Pasteur, il admet la génération spontanée , dont il a besoin pour expliquer l'origine de la vie et comme base de la création de son protoplasma primitif, se formant au moyen de nitrocarbonates inorganiques, qui devient ainsi spontanément un être vivant. 11 appelle cette opération, qu’il invente, /’ arcliigonie.
Il était en effet, plus simple, de créer un mot nouveau que d’expliquer la création des premiers êtres vivants.
(1) M. Hartmann Lotze, professeur à l’Université de Gœttingue, semble admettre ce milieu, car il écrit : Partout où se manifeste le mouvement physiologique, par lequel l’organisation commence chez les germes, un principe spirituel est immédiatement présent. M. Lotze parait donc admettre que ce milieu ambiant peut animer les êtres.
INTRODUCTION
Au sujet du court fragment de mes mémoires que je présente au public. — Quelques pages résumant la vie de l’auteur, nécessaires pour expliquer comment le Journal de ma vie médianique a été écrit.
Il est rare que des médiums, ayant une instruction générale, aient publié leur vie intime et leurs idées.
Quelques mystiques religieux l’ont fait, mais leurs écrits sont entachés de cette pensée constante, consistant à ne rien écrire contre les dogmes de la religion.
Les médiums naturels comme le divin Home (divin dans le sens du divin poète), ne songent pas à le faire.
Ce ne sont, je pense, que ceux qui deviennent médiums tout à coup, et à un âge avancé, qui prennent cette résolution, sous reflet de l’émotion considérable qui s’empare d’eux : tel est mon cas.
On me disait ou on m’écrivait : vous devriez publier un résumé des cinq ou six mille pages, composant votre Journal, car cela offrirait de l’intérêt pour les chercheurs de vérités occultes.
Je ne m’en sens pas le courage, mais subitement j’ai eu l’idée de publier, à titre d’essai, un fragment de mes mémoires, h la suite d’une courte maladie que j’ai
LES MYSTÈRES DE i/UNIVERS
eue pendant le mois de juillet dernier, et où j’ai été sur le point de mourir.
J’ai commencé à les écrire dès le premier jour où je suis devenu médium, et je lis sur la couverture du cahier du mois de juillet 190(), cjue je publie : cahier commencé le 1100 e jour de mon commerce avec les Esprits, et fini le 1104 e jour, soit le 29 juillet.
11 y a donc aujourd’hui un peu plus de 1.200 jours que je suis entré en rapport avec les Esprits.
Il est nécessaire que je prévienne mes lecteurs, que, primitivement, ces notes, absolument personnelles, n’étaient pas destinées à voir le jour. Je comptais m’en servir pour me documenter au besoin.
J’ai donc négligé complètement la forme littéraire, pour ne m’attacher qu’aux idées. C’est l’état de ma santé mauvaise, qui est la cause (pie j’ai hâté une publication que je ne voulais pas faire sans l’avoir complètement remaniée.
Aussi je prie mes lecteurs d’être très indulgents au sujet de la forme barbare de ces nptes, pour n’y voir ([ue le fond de ma pensée.
J’ai écrit en style de mathématicien, qui n’est pas élégant; mais je puis affirmer que je suis resté sincère et précis.
Je n’ai donc rien brodé, et c’est à ce titre surtout que j’espère me faire pardonner les phrases lourdes et les répétitions.
Cela dit, chacun jugera à sa guise, mais avec plus de justice. Je ne puis résumer ma vie fantastique et inconnue même de mon entourage. Je me bornerai à en indiquer les grandes lignes.
1° Avant d’être médium, j’ai été obsédé pendant près de trois ans sans le savoir.
Je dessinais et j’écrivais médianiquement, ayant toute
INTRODUCTION
ma connaissance. Je nie servais d’un énorme crayon, appelé sauce, et je remarquais que je n’étais pas l’auteur conscient des écrits et dessins qui sortaient, sous le contact de la large surface de mon crayon, promené à plat sur mon papier.
En l’année 1902, l'Initiation, journal occulte, a rendu compte de mes procédés, et j’en étais encore à rechercher la cause de tous ces caractères et dessins bizarres que je traçais malgré moi.
Je n’étais pas médium automatique, car je restais maître des mouvements de ma main ; mais la très large surface de mon crayon permettait aux Esprits d’écrire ou de dessiner à leur gré, pendant que je promenais à plat la surface du crayon, sur le papier.
Je consultai le docteur Papus, qui me répondit: « Ne cherchez plus d’autre cause à vos tracés, car ce sont les Esprits qui les opèrent.
« Vous avez ressuscité un genre antique de géomancie par un procédé nouveau. »
Je ne voulus rien en croire cependant, lorsqu’un jour, au bas d’un dessin que je venais d’achever, je lus assez nettement : Pacte entre tel Esprit et de Tromelin, par lequel il s’engage à leur jurer fidélité, etc... Je fus étonné, et comme cet écrit m’engageait à signer, je le fis par plaisanterie, et aussi, parce qu’en signant mon dessin, cela me faisait souscrire à ce pacte, et j’en fis la remarq ne à haute voix ; néanmoins j’apposai ma signature en riant.
Quelle ne fut pas ma joie et ma stupéfaction d'entendre aussitôt la table sur laquelle je dessinais, se mettre à craquer et à frapper des coups répétés d’une manière significative. Cette fois, il n’y avait plus à douter, et les Esprits étaient bien les auteurs, du moins en partie , de mes écrits et dessins.
_____ 1 1 Wê I
Notez ((lie jusqu’à cette époque de ma vie, je n'avais jamais pu obtenir le plus petit phénomène, et voir un seul Esprit. Lâchant mon dessin, après ces appels, dont je viens de parler, je me mis à écrire sur une bande de papier, où les Esprits m’invitaient à me rendre dans la salle de bain voisine, qui était dans l’obscurité, et où en regardant la glace apposée contre la muraille, je verrais des Esprits.
Je me rendis dans la salle de bain, où un très léger trait de lumière filtrait, et j’eus le bonheur d’apercevoir des Esprits lumineux et diversement colorés, qui se formaient devant mes yeux éblouis, et qui sortaient du cadre de la grande glace, faisant Reflet d’un miroir magique.
Le costume de ces gracieux Esprits était composé de longues robes de diverses couleurs. Une sorte de capuchon avec ou sans pèlerine, comme en portent nos dominos, coiffaient leurs tètes, et masquaient leurs cheveux.
Je ne pouvais me lasser de ce spectacle, tout nouveau pour moi, et à diverses reprises, dans la soirée, je fis des stages d’une demi-heure, ou de trois quarts d’heure dans ce cabinet de toilette. J’étais donc médium, moi (jni l’avais tant souhaité î
Il me fallait, à présent, étudier les phénomènes, et j’en avais les moyens. Etre en rapport avec ces Etres mystérieux, que je croyais inventés par des rêveurs, quelle joie î
Rien plus, ces Etres, sans proférer de paroles, remuaient leurs lèvres quand je leur parlais, comme pour me répondre. Ils me faisaient des gestes gracieux. Je leur envoyais des baisers lorsque c’était une jolie femme, et elles me répondaient... Etais-je donc le jouet d’une hallucination subite et imprévus, moi le sceptique, (jui lisais ces histoires d’Esprits en souriant?
INTRODUCTION
Mais lion, cos tableaux, que je percevais dans le monde occulte, devaient avoir quelque chose d’objectif, puisque dès que je tournais la tète, je ne voyais plus rien.
Quand un Esprit se formait devant moi, il s’enlevait du sol, montait obliquement à trois ou quatre mètres de hauteur, et là il s’arrêtait. C’est à ce moment que je lui parlais, lui posais des questions, et que nous échangions des gestes. Quelquefois, cet Esprit aérien (c’est ainsi qu’ils se nommaient eux-mêmes), s’enlevait de nouveau, et tournoyait en rond au-dessus de moi.
Ce fut à la suite de mes questions et doutes émis sur leur réalité, qu’ils me firent jouer à un jeu qui m’intéressait beaucoup. C’était le suivant qu’ils m’indiquèrent : certains Esprits convinrent de ne rester visibles à mes yeux, que tant que j’arriverais à ne pas les perdre de vue. Alors, l’Esprit qui avait accepté ce jeu, commençait à décrire des courses en spirales folles et sinuosités de toutes sortes. Il en résultait qu’étant debout, cela me forçait à tourner sur moi-même dans un sens, puis dans l’autre. Puis l’Esprit plongeait tout à cou]), rasait le sol et reparaissait derrière moi.
Ce jeu durait ainsi trois minutes ou plus ; mais, par ses mouvements rapides, à la fin, il arrivait toujours à échapper à ma vue.
Tous ces amusements ont varié de toutes les façons, et d’autrefois tel Esprit s’enlevait et allait s’immobiliser dans les hauteurs, à quatre ou cinq mètres de moi. Puis, un autre lui succédait et allait rejoindre le premier resté immobile. Je les voyais alors se donner le bras comme des amis, partir ensemble et disparaître.
D’autres fois, les groupes étaient de trois personnages et même davantage. La plupart du temps, les Esprits
disparaissaient à mes yeux en éteignant leur lumière.
J’en ai vu aux vêlements lumineux, à reflets métalliques, splendides, roses, mauves, noirs, bleus, jaunes, dorés, etc.
J’en ai même vus opérant, sous mes yeux, le changement de coloration de leurs costumes.
Quels beaux speclacles, et combien j’étais ébloui î Je rêvais de romans occultes, et l’avenir me paraissait plein de promesses... Avec quel respect je traitais ces Êtres mystérieux et puissants, qui me plongeaient dans les merveilles de l’au-delà ! Avec quel soin, je lisais leurs ordres et leurs communications. Ab ! j’étais bel et bien, entre leurs mains, leur esclave dévoué et plein d’admiration.
Quelles têtes aux traits surhumains j’ai pu apercevoir. Je vis entre autres une femme d’une telle beauté, que jamais je n’aurais pu me figurer qu’elle pût être réalisée, et surpassant toutes mes conceptions les plus idéales. Dans ces conditions, on pourra comprendre quel était mon état d’âme, et quel désir ardent j’avais d’être initié à tous les secrets de la magie occulte.
Les aériens me firent signer d’autres pactes, et ils ne cessaient de me recommander le secret le plus absolu, de ne rien révéler de mes séances et de leurs révélations à personne. A chaque instant je lisais des phrases de ce genre :
« Jure de rester muet comme une carpe, aveugle comme une taupe et sourd comme une salamandre. » Telle était la formule.
Je me délectais en lisant leurs récits merveilleux dans leur écriture magique et cabalistique, et ils m’avaient promis d’être mes seuls maîtres et de m’accorder des pouvoirs divers, ainsi que de grands avantages.
2° Comment, de sceptique que j’étais jadis, ne serais-je
INTRODUCTION
pas devenu crédule, nu risque de tomber dans l’excès contraire
Les Esprits m’avaient déclaré que les Puissances occultes étaient chargées de me confier une mission et de m’enseigner une doctrine nouvelle que J’aurais à publier. Cela m’étonnait, mais en présence des merveilles que je constatais je n osais guère protester.
Cette nouvelle doctrine que j’apporte aujourd’hui, doit être celle dont il s’agit, si mes Esprits ne m’ont pas trompé. Us m’avaient recommandé de rie fieu lire sur les sciences occultes et théosophiques, afin de ne pas être gêné par des idées ou des théories préconçues.
AL Tatou, secrétaire de la « Société théosophiqne » de ^ Paris, m’avait écrit la même chose, et il insista sur cette précaution, quand il vint me voir a Marseille, voyage dont les EspriLâ m’annoncèrent la date, par écrit, et d’avance : ce qui se confirma (1).
3° A cette époque de ma vie se place un fait bien curieux. Les aériens m’annoncèrent qu’ils allaient me faire subir des examens sur ma science de lire les caractères magiques.
Eu effet, pendant plusieurs jours, ce fut un travail acharné, j’avais à résoudre toutes sortes de problèmes, de charades mystérieuses et d’énigmes, qui toutes portaient un nom.
Il y avait celle des pyramides; celle d’Hermès, celle du sphynx, etc. Enfin, grâce à l’aide des Esprits, je m’en tirai assez bien, et un beau jour je lus ceci :
Les Esprits déclarent que tu es h présent assez versé
(1) M. Talon venait à peine de s'asseoir, que je lui dis : Je savais que vous arriveriez ici tel jour, et tirant d’une liasse de papiers, posée devant moi, un écrit que je mis sous ses yeux, il put vérifier ce fait d'autant plus curieux, que lui-même ignorait, à cette époque, quel jour exact il arriverait à Marseille.
dans l’art de lire les caractères sybillins ou magiques, pour te décerne]* le titre de Mage. Sache que comme mage humain, tu n’es qu’un ignorant auprès des mages de l'au-delà ; mais ce titre te sera utile pour te garantir des attaques des mauvais Esprits, contre lesquels tu auras pouvoir. «
J’avoue que ce titre m’étonna, mais ce qui me lit plaisir, ce fut de constater que les dons et pouvoirs attachés à ce titre étaient véritables, car il me fut affirmé que je pourrais voir les Esprits à l’avenir, à toutes heures du jour ou de la nuit. En effet, ce fut ce qui arriva et j’en fus enchanté !...
J’abrège forcément, car il faudrait un volume, pour raconter les faits même résumés qui sont dans mes mémoires.
4° Ensuite, je reçus plusieurs grades, et mes dons furent successifs.
Je remarquai entre autres, que maintenant, j’avais toujours à mes cotés, un Esprit blanc, qui ne me quittait jamais, ni le jour, ni la nuit. Quand je lui parlais, je le voyais s’agiter, et allonger ses bras longs vers moi, et comine recouverts par de longues manches flottantes. Au début, il me fit même un peu peur; mais, je m’y habituais vite. Jamais je n’ai pu contempler son visage, car je ne le vois que de côté, me faisant Eellet d’une personne habillée de blanc, et se tenant près de moi, un peu en arrière de mon travers.
Cet être connaît mes pensées, car pour le vérifier, je n’ai qu’à penser qu'il s’approche plus près et remue, pour que je le vois accomplir ces mouvements. 11 est sans doute mon génie personnel, et en ce moment je viens de l’apercevoir se remuant à ma droite.
Il faut aussi noter que depuis que j’écris ce récit, il est comme ponctué par de petits craquements discrets,
INTRODUCTION
qui me prouvent que des êtres occultes se préoccupent de tous mes actes. Mais, je ne puis savoir si les nombreux craquements dans les meubles sont produits par mon génie ou par d’autres aériens.
Bien souvent, en outre, malgré le poids de mon corps, ma chaise est déplacée par ces êtres mystérieux.
5° C’est après ce qui précède, que commencent la série des farces et mystifications, qui transformèrent ce commerce avec les Esprits, en d’amères déceptions, que je qualifierai même de désespérantes. Tant qu’il ne s’était agi que de promettre, il fallait laisser aux Esprits le temps de l’exécution ; et je ne pouvais les taxer de mensonge, avant que j’aie pu constater combien les mortels doivent être prudents et défiants, avant d’accorder foi aux promesses des aériens.
Il faut que je dise de suite, à cause de l’importance de ces faits, (pie parmi les Esprits qui communiquèrent avec moi, un certain nombre se donnèrent pour des amis ou amies décédés, et aussi comme étant mon père, ma mère, mon frère, mon oncle l’amiral, etc... Je reçus, en cette circonstance, les preuves que les spirites admettent comme suffisantes en pareil cas. Combien je fus heureux de reconnaître que la survivance était une réalité, et à la suite de certaines communications de mes chers parents, je fus si ému que je pleurais à chaudes larmes, comme un petit enfant.
Hélas ! tout cela devait être de courte durée, et toutes sortes d’autres preuves me laissèrent dans une telle perplexité, que je crus pouvoir affirmer que les Esprits prenaient n’importe quel nom, et qu’ils connaissaient assez bien le passé des mortels défunts, pour nous donner toutes les preuves que nous désirions.
Mais ce furent surtout la manière fantastique dont les aériens me traitaient, leurs caprices et leurs mensonges
LES MYSTÈRES RE l’uNIVERS
inexplicables, qui me firent supposer (jue je n'avais affaire qu’à des Etres occultes mystificateurs.
6°.le suis obligé de revenir en arrière pour m’expliquer en des pages aussi courtes. En effet, à l’époque où je reçus le titre de Mage, j’étais en rapport avec deux groupes d’Esprils opposés : ceux qui s’intitulaient les Mages du Seigneur, et les Mages de Satan. J’avais dû choisir entre l’un de ces tiLres, et naturellement je choisis celui de Mage de Seigneur.
Feu mon père, qui surveillait toutes ces opérations, et me servait de guide, soi-disant, à ce moment, me dit : « Très bien, mon enfant, tu as bien fait, car si tu avais choisi celui de Mage de Satan, tu serais devenu'Sorcier, au lieu de Magicien d’ilerrnès, ce qui ne mène arien de bon. Crois-moi, reste toujours serviteur dévoué de Dieu, et tu n’auras pas à t’en repentir... »
Je dois ajouter, que l’un de mes Esprits s’était mis en tète de m’éclairer sur tous les devoirs que ce titre de Mage m’imposait. L’énigme du Mage, qui est fort belle, nie donnait par écrit les devoirs fondamentaux du mortel nommé Mage.
En admettant que tout cela fût une sim pie mystification, faite avec gravité, je fis celte réflexion logique, que puisque ces devoirs, était-il dit, étaient restés les mêmes qu’il y a A.000 ans, ils pouvaient aussi bien avoir été révélés à Hermès Tolh, ainsi que les Esprits me l’affirmèrent. Celle manière d’agir fut pour moi un trait de lumière, dont j’ai tiré parti, car j’ai pu en conclure, <pie les anciens et les premiers mages avaient pu recevoir comme moi, et de la même façon, par la géomancie égyptienne ou chaldéenne, des révélations, regardées à tort comme divines.
Dès lors, j’avais le droit de supposer (pie d’autres humains, et fondateurs de religions avaient parfaite-
INTRODUCTION
ment pu recevoir, des Puissances occultes, des révélations d’un ordre élevé, qui servaient de bases, et constituaient les dogmes des premières croyances monothéistes.
Plus tard, et à la suite de très nombreuses visions, en appliquant les mêmes principes, j’avais également le droit de supposer que d'autres humains avaient eu des visions analogues aux miennes, et que cela justifiait les ressemblances que je constatais dans les représentations d’Esprits, de démons aux ailes de chauvesouris, d’animaux fantastiques, etc., et tels que j en avais aperçus dans mes diverses visions. Comme à toutes époques, les humains eurent des visions, cela prouverait que leur imagination seule n’était pas l’auteur des ligures cabalistiques représentai] tdes scènes de l’occulte, et des personnages que nous supposions imaginaires.
— Par les seuls faits que j’ai constatés alors et depuis, j’ai pu poser en principe, que les révélations, laites aux humains, n’avaient pas une origine divine, mais avaient été faites par des Esprits de différents ordres. Comme les Esprits sont des Etres créés, ils sont donc sujets à erreur. De là cette explication de la non-concordance de tout ce qui est révélé avec ou sans la permission de Dieu, si on admet que notre Dieu tout-puissant s’occupe de ces détails).
J’ai tiré encore de ces faits la preuve que les humains étaient ou pouvaient être gouvernés parlesEsprits, d’une manière occulte ou sans que nous nous en doutions, par simple suggestion.
One mes lecteurs excusent cette digression, vu son importance.
7° Je reviens aux deux groupes d’Esprits de mentalité si opposée.
— Qu’on ne se hâte pas de critiquer, car je 11 e suis
que le sincère narrateur de ce <jui s’est passé.
Je me trouvais donc entre l'enclume et le marteau, d’après ce procédé; car, il arriva que certains Esprits aériens mauvais prétendirent avoir des droits sur ma personne, par mes pactes, tandis que les Mages du Seigneur affirmaient le contraire, disant que j'étais avec eux par mon titre de Mage du Seigneur. De telle sorte que, quand je commettais tel acte, j’étais toujours en désaccord avec l’un des deux groupes opposés. C’était là une invention diabolique, permettant de mêler du fiel en tout et de me mystifier facilement, car ces Esprits n’étaient jamais d’accord, naturellement.
L’un des Esprits du mauvais groupe avait pris le nom de Satan, et cet Esprit en avait pris le genre. Il était assez brutal et grossier dans ses communications et procédés. En outre, par un phénomène singulier, il me semblait souvent l’entendre, par la voix intérieure, et j’arrivais à distinguer dans les tons des nuances curieuses.
Ces deux groupes me déclaraient que leur but était de m’accaparer à leur profit, et Satan écrivait même : « Tu me plais, je t’aime et te le prouverai. C’est moi qui gouverne la terre, par les passions des humains, et tu as tout à gagner en m’écoutant et en m’obéissant. » Le lecteur doit maintenant comprendre ce nouveau jeu, et dans quelles situations terribles et embarrassantes je me trouvais.
Ce n’est pas tout, je remarquai vite que le groupe dit Satanique se moquait de tout, n’avait aucune vergogne, mentait atrocement, et n’avait aucun respect pour les mages du Seigneur.
Ce lut surtout ce dernier point, qui me fit supposer que tout cela pouvait bien n’être qu’une comédie, et ^ qu en réalité, au fond, ces Esprits soi-disant ennemis, devaient être d’accord.
INTRODUCTION
Ce qui contribua enfin à eoiilirincr rnon opinion, c'est que je disais aux bons Esprits : « Puisque vous prétendez que vous êtes mes maîtres réels, et que je dois ne suivre que vos conseils, eli bien ! soyez assez aimables pour me donner quelques indices, quelques marques de votre pouvoir et surtout de votre bienveillance à mon égard, et je vous jure que je n’aurai foi qu’en vous ».
.Mais tous mes raisonnements furent inutiles. Mis au pied du mur, jamais je ne pus obtenir, ni d’un groupe, ni de l’autre, la plus petite marque de bienveillance, ni le moindre indice qu’en faisant tel acte, j’étais dans la bonne ou mauvaise voie.
Je disais aussi à mes parents et amis : « 11 me parait impossible que Ions , vous soyez de mauvais Espi'ils , et que pas un seul parmi vous ne soit capable de nie donner les preuves logiques que je réclame, et qui sont un minimum d’exigence. »
Cette manière peu correcte de me traiter de la part de mes chers parents et amis, augmentait ma perplexité, et je m’écriais : «Non, non, il n’est pas possible que je sois en rapport avec les âmes de mes parents qui m’aimaient tant, ni avec mes amis, car ils 11 e me mentiraient pas et 11 e me tromperaient pas ainsi !... »
8° Pendant tous ces débuts, des phénomènes terrifiants se passaient dans ma chambre à coucher. Les Esprits semblaient y faire un sabbat infernal. Le plafond tremblait, ainsi que le lustre, pendant que j’entendais de mon lit, comme des rondes que des Etres nu-pieds auraient dansées sur le parquet de ma chambre. En outre, les meubles craquaient, des coups formidables éclataient de toutes parts et sur les bois de mon lit.
Pour augmenter ma frayeur, je sentais des Etres invisibles se promenant sur mon corps, et surtout sur mes jambes, à travers mes couvertures. Ma tète était cares-
séeoumes cheveux tripotés. D’autres fois on nie berçait lentement la tête comme poiu* m'endormir, mais on comprendra que le sommeil ne pouvait venir dans de pareilles conditions, car, je l’avoue, j’avais peur... Enfin, des apparitions très nettes se produisaient, et un peu plus rassuré plus tard, je les examinais, étant bien éveille, afin d’en inscrire les détails dans mon Journal.
Les Esprits m’avaient dit qu’il me fallait voir tout cela, afin d’étudier ces phénomènes, et subir toutes sortes d’épreuves, afin d’arriver à devenir un grand maître initié en occulte.
Je prenais patience, mais je leur demandais toujours pourquoi ils me trompaient et cherchaient à m’ellïaycr autant.
« C’est afin de t’aguerrir, car un mage doit tout voir et ne rien craindre. »
Je leur disais encore : « Vous dites que les humains sont des ignorants, et je le reconnais. Mais pourquoi augmenter encore les difficultés d’interpréter les phénomènes, en me mentant, à moi, que vous voulez initier et qui ai déjà tant de peine à comprendre. » Sur ce point, je n’ai pu obtenir de réponse jamais.
Mais a u milieu de tou tes mes mystifications, mes maîtres me faisaient des merveilles, qui relevaient mon courage, quand j’étais découragé. Ils me disaient par exemple : Nous allons baisser le gaz, ce qui avait lieu. Compte jusqu’à dix et le gaz se relèvera. Je comptais et le gaz reprenait son éclat.
Comment résumer 0000 pages en quelques-unes?
Y orcément, je puise au hasard mes exemples, car alors, il faudrait tout citer.
Mes Esprits ne cessaient de me faire jurer d’être discret et de ne rien raconter de ma vie intime.
S il ni arrivait de commencer une histoire indiscrète
INTRODUCTION
à labié, j’entendais des coups discrets se produire sur moi ou dans la table. Si je poursuivais quand meme, j’étais touché ou pincé. Une lois meme* ayant continué, mon oreille fut pincée ou mordue au sang légèrement, et mon mouchoir lïit taché de sang. C’est que ces Etres paraissent fort exigeants, eux qui sont la fantaisie et le caprice personnifiés.
Pour m'indiquer les facultés des Esprits, ils me variaient mes séances particulières de toutes les façons. Tout en fumant mon cigare, je n’avais qu’à observer, et ensuite, je couchais mes observations sur mon journal, avec date du jour et l’heure.
A la lin de mon commerce, j’ai renoncé à dater et à noter les heures, car j’avais perdu ma confiance et mon premier enthousiasme.
Pour me montrer leurs connaissances parfaites en anatomie, ils me firent toutes sortes d’expériences. C’est ainsi que me mettant sur le dos sur un canapé, je laissais ma bouche entr ouverte et molle, c’est-à-dire sans exercer aucun effort sur mes mâchoires. Tel Esprit aussitôt s’en emparait, les maniaient, me faisant ouvrir ou fermer la bouche de toulcs les manières. Ils me faisaient sortir la langue en grand et la roulaient. Ils retroussaient mes lèvres ou les contournaient en des positions bizarres, que jamais je n’aurais pu exécuter par ma volonté, ne sachant pas commander aux muscles nécessaires, pour obtenir des résultats nouveaux auxquels je n’étais pas habitué. Ils me simulaient aussi dans la bouche la présence de corps étrangers, ou du moins me donnaient cette impression nette. J’ai fait cinquante fois toutes sortes d’expériences sur ce sujet.
9° Quand je fus nommé Mage, les Esprits, se disant mages du Seigneur, me dirent : « H est d’usage que les mages se choisissent une compagne à leur goût, parmi
les esprits aériens. Nous t’en choisissons une qui t'aime déjà, qui te rendra heureux, et te délassera de les travaux pénibles de rédaction sur l’occulte. »
Mais, fidèles à leur système, les mages de Satan aussitôt me firent la meme proposition en termes plus clairs, et flattant davantage mes passions. « N’écoule pas ces farceursde mauvais Esprits, répondaient les bons mages, car ils ne te donneraient comme épouse, qu'une Asmodée quelconque, peu correcte, qui pourrait abuser de toi et de ta santé. » Il faudrait encore de longues pages, pour raconter cette histoire inouïe de mon mariage avec une sylphide.
J’avais naturellement choisi celle que les bons mages me proposaient, mais les autres esprits tinrent bon. Sans tenir compte de mon choix, ils dirent que j’étais libre, en e(let, et que je devrai choisir. Par conséquent, ils me mettraient en rapport avec telle autre sylphide, qui avait élé jadis grande prêtresse d’Eleusis, qui m’aimait aussi et me serait fort ulilc pour mes travaux.
Que vouliez-vous que je fisse?... Très étonné de tout ce qui m’arrivait, je pensais qu’il n’vavait pas péril en la demeure, et que pour mon instruction, ainsi qu’ils le prétendaient dans les deux camps, il serait bon que je puisse me rendre compte par expérience.
Ce fut à partir de ce moment que les phénomènes les plus étranges de ma vie commencèrent à se dérouler. Après m’avoir fait refaire de nouveaux pactes, et jurer encore fidélité à ces sylphides et une discrétion à toute épreuve, sous peine de subir le sort des traîtres, je pus connaître quelques-unes des joies de ces commerces curieux avec ces Etres.
Quoique je n aie pas peur, et que je ne craigne pas grand’chose, je resterai discret sur celle parlie de mon Initiation, que les Esprits appellent les nn/slères. Je
INTRODUCTION
me bornerai à dire <|ue ce n'est pas un commerce analogue à ceux que le comte de Cabalis raconte dans ses Mémoires. Ce qui s'en rapproche le plus, ce sont ces récits de possession qu’on trouve dans quelques ouvrages anciens.
Malheureusement, par suite de cette lutte supposée des deux groupes d’Esprits opposés, ces Êtres ont tellement mis tle bel dans ces rapports étranges que ce qui pourrait être une joie profonde, se trouve transformé en un commerce capricieux, illogique, fantastique, où le mortel devient plutôt une sorte de fantoche entre les mains de ces aériens mystérieux. J'ai passé mon temps à m’étonner de la marche peu logique des choses, et tout ce que je puis affirmer, conformément à ce qui m'avait été promis, c'est que je pourrais tirer de ces faits de profonds enseignements pour la science occulte et pour mes travaux.
beaucoup d’opinions et de conceptions que j’ai énoncées n’ont pas d'au Ire source, malgré que je ne cite pas les faits en détail ; mais le lecteur comprendra combien un commerce aussi intime avec les Êtres de l’au-delà, a pu m'aider pour formuler des opinions motivées sur ce que j'avais vu réellement.
La conclusion la plus importante de toutes, c'est que je reconnais aux Esprits leurs pouvoirs draconiens sur le corps humain, et la possibilité pour eux de s’emparer tle notre personne.
Cela prouve aussi cette possibilité d’être gouverné par ces Etres d’une façon occulte sans même que nous nous en doutions, car tout le monde n'est pas médium.
10° J’ai remarqué que quand j'étais levé, et assis devant mon bureau, en train d’examiner des Esprits apparaissant tour à tour, ceux-ci semblaient ne pas pou-
voir ou ne pas vouloir s’approcher de moi à plus de 3 ou 4 mètres de distance.
On aurait juré que j'étais entouré d’une sorte de sphère protectrice m’enveloppant de toutes paris. Je veux dire que très rarement, étant debout ou assis, les aériens sont venus me loucher ou me serrer dans leurs liras.
En revanche, quand j’étais couché, ce veto semblait disparaître, et ils s’approchaient à me toucher de toutes façons.
Bien souvent il m’arrive de dormir, avec la sensation d’être bercé, comme à bord d’un navire qui roulerait doucement, et mon corps ne pèse plus, j’entends très souvent une respiration comme si quelqu’un dormait près de moi, et je sens une main lourde qui s’appuie sur ma tête et de temps en temps me tripote les cheveux. J'ai essayé vingt fois de toucher cette main, mais à peine ai-je fait le mouvement pour atteindre ma tète que la main disparaît. Je n’y fais donc plus attention, et je dors très bien avec cette main appuyée sur ma tête, ce qui prouve qu’on s’habitue à tout...
Etait-ce là une conséquence de mes pactes, je ne saurai l’affirmer, mais les Esprits le disaient : Nous avons le droit , etc.
Au lit, il m’est arrivé de mettre la main sur la figure d'un Esprit, afin de le repousser; et celui-ci m’ayant mordu les doigts, on comprendra que j’aie vite retiré ma main. Mais c'était plutôt l'émotion, car les dents de l’apparition me firent l'elVet de dents en cuir, et ne me firent guère mal.
J’ai vu aux Esprits des yeux de toutes sortes. J’en ai vu de très beaux noirs et veloutés, comme ceux que l’on peut rêver aux odalisques de Mahomet. J’en ai vu de sombres et terribles, d’autres dorés, ou d’un bleu
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céleste connue je n'en vis jamais sur la terre; mais, en général, les chevelures sont cachées par des voiles divers, ou par des capuchons dont la forme et la coupe varient à l'infini.
J’ai vu des yeux d'où sortaient comme de courtes flammes, ou des rayons lumineux.
Une nuit un Esprit femme m'apparaît, et ce fait est assez récent. 11 avait les yeux lumineux, comme si des lumières éclairaient l'intérieur de sa tète. L’ellet était peu gracieux, je l’avoue.
Elle me dit : Sais-tu qui je suis, et d'où je viens ?
En voyant ces yeux éclairés, j’avais envie de répondre pour m'amuser : « des Enfers ! » Mais je répondis : « Ma foi, non ». Cet esprit ne me donna pasd'explication et fut correct.
Sa peau était douce et fraîche, comme celle de tous ceux que j’ai touchés... Ah! ce sont des êtres bien curieux !...
Encore une fois qu'on me pardonne de ne pas insister sur ce su jet, mais mes Mémoires en parlent très souvent. Ceux qui sauront lire entre les lignes et qui sont initiés comprendront mieux...
Ce n’est pas du roman que j’écris, c'est de l'histoire très sincère. Les faits sont authentiques, et je ne puis me tromper (pie sur la manière de les interpréter. Chacun sera libre de le faire à son gré...
11° Avec les serments de discrétion, que j’avais faits et répétés aux aériens, on comprendra que je ne divulgue pas toutes les merveilles que j'ai observées.
Je ne voulais pas non plus que ma vie intime transpirât au dehors, et j’avais à me méfier des racontars de mes domestiques. J’y avais aussi intérêt, car deux ou trois bonnes me quittèrent parce qu’elles avaient été effrayées de ce qu’elles avaient vu dans leur chambre.
Une fois c’était la nommée Rose, qui accourait dans la salle à manger vers minuit et demi, une demi-heure après s’ètre couchée.
Elle venaitde quitter sa chambre, presqueen chemise, était essoufflée, et donnait des signes d’un grand effroi. Aussitôt arrivée, elle s’affala sur un siège disant : « Oh non î je ne veux pas remonter dans ma chambré ! J’ai peur, car il y a des Etres que je n’ai pu voir. Ils m’ont touchée dans mon lit, et j’ai entendu plusieurs fois quelqu’un respirer sur mon oreiller, près de moi. »
Cette bonne n’était pas au courant de ma vie et de mes expériences, et aussitôt, je m’efforçai delà rassurer en disant : «Allons, Rose, vous avez dû rêver, puisque vous n’avez rien vu; tout cela ce sont des idées que vous vous forgez, etc. » Et Rose de répondre : « Mais non, monsieur, je vous assure (pie je ne dormais pas, et que je ne me suis pas trompée. Peu après, elle quitta mon service.
D'autres fois ce furent la cuisinière Marie et la repasseuse qui, travaillant dans la salle à manger, aperçurent toutes deux et en même temps, un fantôme blanc, à quatre heures de l’après-midi. La cuisinière fut terrifiée, mais Mme Samat sortit et vit ce fantôme gravir l’escalier qui allait au premier étage. M. R... se trouvait là aussi, et ces faits me furent racontés ensuite en détail.
Je ne parle pas des coups et chocs qui ébranlaient les murailles et que plusieurs personnes perçurent souvent chez moi (lb
l c >° Dans ma conception, j'ai expliqué cpie l’homme est double, et que si l’âme est reliée et fusionnée intimement avec la chair du corps, l’Esprit était un être
(1) Tous ces phénomènes de sabbat, de tapage, etc., ont depuis deux ans beaucoup diminué et ont presque disparu actuellement.
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jouissant d’assez d'indépendance pour s’extérioriser et sortir du corps humain.
J’ai dit aussi que l’une des causes de la médiumnité était dans la séparation ou désagrégation plus ou moins prononcée, qui pouvait s’effectuer entre lame ou moi conscient, et l’Esprit, cet être qui est logé en nous et que nous connaissons si peu, qu’il peut avoir une mentalité inverse de celle de Pâme.
J’ai dit que certaines substances narcotiques ou stupéfiantes avaient pour effet d’annihiler l’âme et de rendre l’Esprit libre de se manifester dans ses facultés transcendantes d’Esprit éthéré.
Les manoeuvres hypnotiques ou magnétiques atteignent un but analogue. Il en est de même dans le somnambulisme, etc.
J’estime donc que contrairement à l'homme normal, mon Esprit, depuis que je suis devenu médium, jouit d’une certaine liberté.
C’est ainsi que j’ai pu apparaître dix à douze fois, soit dans mon entourage, soit a Marseille, hors de chez moi; soit à Alais, à Mme E. Brot, soit au comte de G..., de Paris.
En outre, celte dernière personne qui ne me connaît en rien, m’a donné une description parfaite de mon costume, de mes traits, de ma chambre h coucher, qui est d’une exactitude parfaite. Personne ne connaît ma chambre à Marseille, ni mon costume d’intérieur; or, il me décrit même la pendule qui est sur ma cheminée : pendule Empire à quatre colonnes, dont le bois porte des dessins divers incrustés.
Le docteur Bertrand Lauze, maire et conseiller général à Alais, m’a écrit que Mme E. Brot, mariée honorablement, était sincère et de bonne foi. Mais ce qui me vexe, c’est que malgré que je Paie demandé à *
LES MYSTÈRES DE i/UNIVERS
mes Esprits, jamais je n'ai pu avoir le plaisir de voir mon double. C'est tou jours la meme question, celle de la logique, qui a le don de me mettre en colère. Pourquoi aux autres et pas à moi? Ce qui m’a ennuyé le plus, c’est de ne pas avoir de dons publics. Mes Esprits s’y sont refusés absolument, en me déclarant que le métier de médium était contraire à mon caractère, et que j’en retirerais beaucoup plus d’ennuis que d’agrémcul.
Il y a d'autres médiums qui ont la mission ou la faculté d’instruire par les faits matériels, là où ils sont passifs; mais mon but doit consister plutôt dans mes écrits et conceptions philosophiques, qui ne sont pas à la portée de la plupart de ces médiums publics.
Voilà la réponse des Esprits.
Pieu plus, certains soirs, il m’est arrivé de me voir entouré d’Esprits. En outre, tous mes meubles craquaient, ma chaise était déplacée, et je jugeais l'occasion bonne pour essayer une séance. Aussitôt dans ma salle à manger, ayant réuni trois personnes, je les met Lais autour de la labié. Hélas, à part au début, où j’eus quelques phénomènes, et à part les apparitions d’Esprits, (pie je suis presque toujours seul à percevoir, les Esprits refusaient absolument de rien faire. Pas meme un seul craquement. Ou plutôt, un grand coup fort, et c’était tout.
Cela nie mettait dans des colères sourdes, telles (pie je ne cessais de m’en plaindre à mes Esprits. Je me suis tellement plaint (pie, pour ne pas encombrer mon .Journal de mes jérémiades, j'ai rempli deux cahiers a pari, de ces plaintes, et de tous mes griefs contre mes Esprits. Je ne cesse de leur reprocher leurs mensonges, leurs farces, leurs mystifications, leurs promesses mal tenues, leurs tromperies, leurs ruses, etc.
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J’ai rédigé un cahier de conseils aux néophytes, où je leur enseigne à se méfier et il 11 e l ien croire en principe aux promesses que leur feront leurs Esprits, et même je les engage à ne pas chercher à se mettre en rapport avec ces Etres, car ce commerce est plein de périls et de déceptions de toutes sortes...
13° Mais ce qui ne cesse de me surprendre, c’est qu’au milieu de toutes ces farces et mystifications, mes Esprits me font des prédictions qui. se réalisent, ilsme donnent sur des choses cachées des indications précises, ils me donnent des séances merveilleuses, etc.
Enfin, je ne comprends rien à leur caractère. Ils me déplaceront ma chaise vingt fois dans deux heures pour s’amuser, et si je les prie de le faire une seule fois à mon ordre, jamais ils ne le feront. J'ai beau leur dire : « ce n’est pas pour vous commander, mais pour obtenir de vous une marque de bienveillance. Vous m’avez aigri profondément le caractère par vos manières d’agir avec moi, eh bien, faisons la paix, etc. » Ils font la paix, mais ne m’accordent rien à mon ordre que dans un certain ordre d’idées personnelles, se rapportant aux mystères secrets.
Je citerai au hasard, parmi les faits nombreux. Eugénie Fougères venait d’être assassinée à Aix-les-Bains. Ayant pris mon gros crayon et ne songeant pas à ce fait, je lus que cette victime avait été assassinée par trois personnes complices, deux hommes et une femme, et que la Giflât, daine de compagnie d’Eugénie, était la plus coupable des trois. Or, depuis cet événement, les journaux ne cessaient de représenter comme victime cette (iiriat, que nies Esprits traitaient de misérable coquine.
J’ai dit cela à mon entourage deux jours après le cêime. Je fai inscrit sur mon Journal, afin de vérifier
LES MYSTÈHES DE l’üNIVEKS
plus tard les faits. Eli bien, mes Esprits avaient raison!
.l’ai dit que mes Esprits m’avaient annoncé un jour, qu’à l’avenir je serai médium guérisseur. Or, je vis ici en ermite, et Mine M. M... me sert de compagne et tient ma maison. J’ai élevé sa fille Pauline et son fils ltaoul. Ce dernier a épousé dernièrement la fille unique de l’Ingénieur "M..., propriétaire d’une grande fonderie de bronze, boulevard des Dames, à Marseille. Cet Ingénieur a donné sa démission de conseiller général, il y a peu de temps.
Mlle Pauline ayant reçu un fort coup dans le sein droit, un abcès intérieur s’était formé. Le docteur Schnell, médecin de l’hôpital de la ville de Marseille, jugea l’opération nécessaire, et dit à Pauline de revenir le mardi suivant, et qu’il lui ferait une incision en croix dans le sein. Ce sein était très douloureux et tumélié. J allais partir pour Grenoble le lendemain matin, à 9 heures, et je devais rester huit jours absent.
La veille de mon départ à 11 heures du soir et deux jours avant l’opération projetée, j’examinai le sein à la loupe. Pas la moindre trace nulle part d’un point annonçant que la tumeur percerait extérieurement, ainsi que le docteur Schnell Pavait prévu.
Pauline craignant fort les souffrances de cette opération, je lui dis que j’allais essayer de la guérir par ma faculté de médium.
J’imposai donc mes mains sur son sein, et je dis: « Je demande à Dieu de me faire la faveur de permettre aux Puissances occultes de faire percer l’abcès de Mlle Pauline cette nuit. »
Le lendemain, à sept heures, j’eus le plaisir de la voir accourir m informant que son sein avait percé dans la nuit vers deux heures du matin, qu’il avait coulé abondamment et que la douleur avait disparu. Je partis pour
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Grenoble et, à mon retour, le sein était déjà guéri.
Cette jeune fille eut la malchance de recevoir encore un autre coup d’un panier que portait un passant, dans le meme sein; mais comme elle n’était plus chez moi, je ne l’ai pas soignée cette deuxième fois.
Je pourrais multiplier ces exemples, qui me mettaient dans un état d’âme inexprimable ; car ces mélanges de vérités, de facultés transcendantes, de mystifications, d’enfantillages, de caprices, de haute intelligence confondaient tous mes raisonnements. A l’heure actuelle, je n’ai pas pu percer cette énigme, qui rend l’étude (le l’occulte si pénible et si décevante, car on ne peut compter sur rien de fixe, ni même sur la logique pour raisonner et tirer des conséquences de faits antérieurs certains.
Vl° J’ai dit que j'étais discret avec mon entourage sur les mystères de ma vie. Cependant, il m’arrivait quelquefois de raconter des faits que j'avais observés. Il se peut que j’ai raconté à table, par exemple, l’apparition que j’eus une nuit d’une forme gracieuse féminine, ayant l’apparence d’une statue de plâtre illuminé et transparent commedel’albâtreéclairé, etdontla tête était couronnée d’un diadème étincelant surmonté d’une belle et large étoile qui éclairait les alentours de mon lit : c’était un bon et bel Esprit. Je me souviens, comme si je la voyais encore, de cette femme au visage si doux ! Puis, peut-être encore quelques autres histoires.
De plus, j’étais apparu plusieurs fois à Mme M. M..., et elle-même avait souvent entendu dans sa chambre des coups, des bruits de pas, de papiers remués et aussi de frôlement de robes de soie. Tout le monde sait combien les femmes sont curieuses, et elles ne sont pas près de perdre ce défaut.
Je fais souvent de la nuit le jour, pour jouir de ce
silence profond, que les voitures de la ville de Marseille n’accordent pas à celui qui veut s’absorber dans ses méditations philosophiques.Quelquefois, j’annonçais que je passerais toute la nuit à travailler et que je ne me coucherais que le lendemain. La curieuse Mme M. M..., sans me rien dire, pensa que ce serait là une bonne occasion pour être témoin des mystères de ma chambre à coucher, sur lesquels j’étais très réservé. Donc une nuit, vers deux heures du matin, elle se glissa dans mon lit solitaire et attendit. Ce ne fut pas long, car après des craquements formidables, tout à coup elle sentit sur elle comme une grande forme noire qui la serrait aux poignets et à la gorge, pendant que les couvertures étaient arrachées de mon lit et rejetées en arrière.
MineM. M..., terrifiée, et punie de sa curiosité féminine, s’enfuit épouvantée et en chemise dans sa chambre à coucher.
Quelque temps après, comme je lui avais dit que l’on n’avait rien à craindre, et que j’avais ri de bon cœur de son aventure, elle voulut recommencer encore dans les mêmes conditions.
J’étais comme d’habitude dans ma salle à manger, et cette fois elle vint directement se réfugier près de moi, me racontant ce qui venait de lui arriver. Je lui fis un peu de morale et elle n’a plus recommencé.
Cela prouve qu’il y a des mystères inouïs que les mortels ne connaissent pas, et que les Esprits sont peutêtre jaloux de leurs médiums. Du moins telle est leur explication.
15° Quand je vois des physiologistes, des biologistes, psychologues officiels, essayer de raisonner sur les questions qu’ils étudient, je ne puis m’empêcher de les plaindre de leur tâche ingrate, car ils négligent abso-
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lumentdans l’Etre humain, l'Esprit (ou les Etres éthérés, selon les théories), qui est le facteur le plus important clans les phénomènes psychiques.
Il faut bien que ces matérialistes sachent que la partie matérielle de notre corps, n’est que l’ensemble des organes à la disposition de l’âme et de l'Esprit, pour produire justement les phénomènes qu’ils étudient en vain, car ils négligent les causes profondes. Jamais, la matière, même vivante, n’a été et ne sera capable d’engendrer la plus petite pensée. La vie et la pensée sont inséparables; mais de ce que la matière prend telle apparence, que nous appelons la matière vivante, cela ne prouve pas que cette matière ait la faculté de produire des pensées et de raisonner. La difficulté est également considérable, même pour un médium instruit, qui peut analyser son Esprit, au moyen de son âme (moi conscient), et qui observe les actes de son mansprit (Esprit personnel d'un homme vivant)».
Comme on le sait, je suis médium écrivant et dessinateur d’un genre spécial, qui m’est propre et cjue j’ai inventé. J’essaierai néanmoins de tirer de mes travaux quelques conclusions. J’estime d’abord que si j’exécute un acte intelligent sans le secours* de mon âme, c’est-àdire de ma conscience, de mon moi-conscient, cet acte est accompli par mon autre Etre intelligent, logé en moi, qui est mon mansprit.
Chez l'Etre normal, ces deux Etres éthérés, âme et mansprit, agissent toujours de concert entre eux, ou avec leur aide réciproque.
a . Par exemple, au moyen de mon crayon de un centimètre de diamètre, posé à plat sur ce papier, je trace un large trait en deux secondes. J’examine ce trait et je le trouve rempli de figures, de caractères écrits, et de groupes variés de petits personnages. Comme j ap-
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précie qu’il faudrait à un graveur un temps considérable pour produire ce travail que mon mansprit a exécuté sans effort en deux secondes, j’ai le droit de conclure que cet Etre pense avec une rapidité inouïe, puisqu’il a pu combiner en un temps aussi court tous ces prodigieux tracés.
b. Je laisse errer mon crayon au hasard sur une large feuille de papier blanc comme celle-ci. Je remarque que mon mansprit a exécuté une planche de dessins bizarres, où les personnages ont toutes sortes de dimensions. Il y en a de grands, de petits, se croisant en tous sens ; les uns les jambes en bas, d’autres en l’air. Enfin les groupes se croisent dans un ordre non apparent pour un mortel, qui n’y voit que le désordre. J’en conclus que mon Esprit a une foule d’idées de dessins variés, mais qu’il a exécuté une œuvre qui n’est pas coordonnée au point de vue humain.
c. J’apporte à une autre œuvre le concours de mon ame ou de ma conscience qui raisonne, et je recommence à barbouiller une autre feuille de papier. Mais, par moment, je m’arrête, j’entrevois un plan, une idée me vient. J’ai entrevu une scène de sabbat, par exemple.
Eh bien ! je vais me servir à présent de tous les documents que mon mansprit me sert. Je vais les coordonner; je repousserai les dessins et groupes qui ne cadrent plus avec mon idée, en effaçant ce qui me gêne.
Mon mansprit, qui connaît ma pensée et l’a saisie, va m’aider de son côté, et l’un aidant l’autre, je pourrais de cette façon accomplir une œuvre coordonnée, et que les humains pourront comprendre et apprécier.
Cette page est fort importante, car elle est l'image du mécanisme de la pensée de notre Etre psychique, qui est double et se compose de l’aine et de l’Esprit.
De ce qui précède, je conclus que notre Esprit est la
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source de nos pensées, et que l’âme raisonne, en acceptant les pensées qui lui viennent de son Esprit, ou en les repoussant, selon que leur suite est correcte, coordonnée, et permet à lame de dire ce qu’elle veut, ou d’arriver à déduire de la suite des pensées, des raisonnements logiques.
L’homme perplexe ou d’un caractère hésitant, sera celui qui a de la peine à effectuer cette suite d’opérations de la pensée. Ce sera encore celui chez lequel lame et l’Esprit ne seront pas d’accord; car, 11e l’oublions pas, ces deux Etres, âme et mansprit, ont leur personnalité psychique très distincte.
16 ° J’ai établi longuement la différence qui existait entre les facultés des monobies, considérées seules, ou par groupes de colonies organiques (formant nos organes), et les facultés de l’agrégat entier de l’Etre constituant le corps humain.
Pour préciser 111a pensée, je rappellerai, en deux mots, que l'agrégat de monobies de tel mollusque sera inintelligent, tandis que les monobies de ce même mollusque auront la faculté innée, inhérente à leur nature et suigeneris , de construire des coquilles qui seront de petits chefs-d’œuvre d’architecture et de coloris. Comme chez ces mollusques et les coraux, ce seront les monobies du corps humain qui construiront et répareront nos os et autres organes ; ou bien les cheveux, les ongles, et encore accompliront les merveilles de notre vie intérieure : digestion, assimilation des aliments, etc.
C’est ainsi que, par l’introduction de certaines substances dans la composition de notre chair, nous modifions ses facultés, ses besoins et même que nous excitons certaines passions.
17° Je renvoie à mes mémoires pour ces questions. Ce qui rend ces études très difficiles, c'est que souvent tout est modifié par l’intervention des Êtres occultes, complètement étrangers à notre personnalité. Lorsque, par exemple, avec de grands médiums, comme Home ou Eusapia Paladino, il se produit un phénomène, comment reconnaître la part de leur mansprit et celle des Esprits extérieurs?
Cela restera encore pendant longtemps un mystère inexplicable, car nous sommes autorisés à dire : pas de médium, pas de phénomène ; donc la part de leur mansprit doitêtre prépondérante.
La question semble bien posée. Eh bien, cela n’est pas encore suffisant, car il y a des lieux, et des chambres dites hantées, qui jouissent des memes propriétés que les grands médiums. En effet, quand des humains s’y trouvent, nous observons toutes sortes de phénomènes sans que cependant aucun des mortels présents soit médium. La preuve, c’est que si les gens présents sont renouvelés par d’autres, les phénomènes continuent quand meme.
Pour moi, les lieux hantés constituent un phénomène hors de doute, de même que l’on a constaté des lieux, qui sont comme les médiums guérisseurs également.
Nous sommes donc entourés de profonds mystères, et d’après la tournure de la mentalité occulte, je crois pouvoir affirmer que les Esprits semblent décidés à nous laisser entrevoir une légère part de vérité, pendant le siècle qui va suivre, car ces Êtres nous ont fait des avances évidentes et les médiums se multiplient.
18° Je reviens à mes dessins semi-médianiques. Pendant deux ou trois ans, j’ai été obsédé par ces recherches que j’effectuais en dessinant, sans me rendre compte
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que c’étaient les Esprits qui, déjà, me forçaient à ce travail, consistant surtout à lire cette écriture magique, si difficile à déchiffrer.
Comme je l’ai expliqué, ce ne fut que quand je lus devenu assez exercé pour la lire, que les Esprits se manifestèrent par pactes, coups et craquements. On connaît la suite.
J’ai composé environ deux cents dessins semi-médianiques, qui constituent, je crois, une collection unique dans son genre. Tous n’ont pas été photographiés, mais la moitié environ, et >1. Tidianeuq, rédacteur à /’ Initiation, et capitaine d’infanterie, est la seule personne qui possède la collection complète de mes photographies.
La maison Duce, photographe, 8, rue des Récollets, à Marseille, possède tous mes clichés, moins huit. Les amateurs pourraient s’y adresser pour se les procurer.
J’ai appelé : art occulte, cette collection très étrange. On pourrait y ajouter le mot satanique, car les scènes dessinées sont plutôt infernales, et ne pourraient pas être mises entre les mains des jeunes filles. Si j’avais publié mon Journal complet, je comptais l’illustrer au moyen de phototypies, représentant ces tableaux fantastiques que j'ai dessinés.
Ce qu’il y a de très remarquable dans ces créations, c’est que tout y est dessiné au moyen de petits personnages qui forment les ombres des sujets. De telle sorte que, dans un dessin, il y a des centaines de petits tableaux qui ne peuvent se voir qu’à la loupe : c’est tout un monde, car les détails que le public ne voit pas sont encore plus remarquables que le grand sujet. Tous ces petits groupes et petits sujets représentent des scènes de l’au-delà, et les formes innombrables des Esprits de tous genres qui peuplent le monde occulte.
Il faudrait 15 a 20.000 francs pour publier celte œuvre.
Actuellement, j’ai cessé de dessiner, et je ne puis savoir si je recommencerai, car je n’avais jamais dessiné depuis ma sortie des écoles, et cela est venu brusquement comme cela s’était passé pour l’académicien Victorien Sardqu.
19° Ce savant académicien doit se rappeler combien la critique fut dure pour lui, lorsqu’il osa faire part au public de ses œuvres médianiques.
W. Crookes fut plaint , comme Ch. Richet en ce moment, d’avoir laissé transpirer la faiblesse de leur intelligence, en ajoutant foi à des phénomènes, que les savants matérialistes traitaient de chimères et d’hallucinations.
Le docteur Lombrozo a eu le courage de faire l’aveu de ses nouvelles croyances, et d’affirmer qu’il était certain d’avoir constaté des phénomènes occultes, qu’il avait nié imprudemment, sans avoir pris cette peine logique, de vérifier les faits avant de les repousser en bloc.
La liste serait longue de ces savants de bonne foi, qui ont reconnu leurs erreurs, et c’est le renouvellement de l’histoire de la réalité des phénomènes du magnétisme devant l’académie des sciences, que nous verrons se produire pour les expériences stupéfiantes de l’occultisme et du spiritisme.
Je comprends les souffrances de ceux qui luttent et ont lutté pour la vérité, puisque, moi, qui n’ai pas de situation officielle à perdre, j’ai beaucoup souffert des négations de parti pris de mon entourage sceptique. Quand par hasard je me trompais, il fallait voir la joie de ceux qui constataient une erreur commise par moi ; mais qui n’en commet pas, surtout dans des recherches aussi nouvelles et pleines de difficultés ? Être accusé
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de rêverie, d’avoir des illusions et hallucinations, tel est le sort de celui qui se lance dans l’arène actuellement.
Mais patience, rien ne pourra arrêter la marche de la vérité triomphante, et nous assisterons à une terrible et triste réaction de la part précisément de ceux qui avaient été les plus grands négateurs; qui oseront vouloir confisquer à leur profit cette science qu’ils avaient méprisée et repoussée.
20° J’ai dit que mes dessins étaient semi-médianiques, parce que j’y fais entrer aujourd’hui une part de mon moi-conscient, dans le choix des personnages que je choisis et conserve pour exécuter l’une de mes œuvres. Mais il y a des cas où les têtes de tel de mes personnages sont entièrement dessinées par mes Esprits dessinateurs, quels qu’ils soient.
Je vais ici résumer l’un de ces cas, qui se trouve raconté par M. Cals, professeur de sciences à Carcassonne, et inséré dans le numéro de la Revue du spiritisme , du mois de février 1900, dirigée par M. Gabriel Delanne. Le professeur sceptique m’écrivit pour me demander des preuves nettes de l’intervention de forces ou d’Etres intelligents en dehors de notre conscience. Il me donnait son adresse pour tout renseignement. Je lui répondis spontanément, lui annonçant que le 1 er décembre 1905, il devait se présenter pour être membre de telle société, et engager ainsi sa parole et sa vie, et qu’il ne s’agissait pas de mariage. Je lui dis aussi qu’il luttait en ce moment pour échapper au service militaire qui le menaçait à très brefs délais, et en eflet, il se préparait à passer des examens pour entrer dans ce but dans l’administration. Je lui prédis qu’il serait refusé à ses examens.
Enfin, je lui indiquais d’autres faits d’ordre intime absolument inconnus de moi, et qu’il m’était impos-
LES MYSTERES DE l’üNIVERS
sible de connaître. Comme il le déclara lui-même, il fut stupéfait, car tout cela était exact.
Mais le plus curieux est le fait suivant. Je lui avais parlé de mon système de géomancie et de ma découverte, ainsi que des moyens que j’avais employés pour lui faire ces révélations. J’y ajoutais un aperçu de ma méthode pour dessiner.
Voulant lui donner un échantillon de mon procédé, au bas de ma lettre, je frottai mon crayon au hasard, me promettant de corriger au besoin, ne sachant pas ce que j’allais dessiner.
Je fis ainsi quatre personnages, deux enfants, une dame de quarante ans et une vieille dame.
Dans cette exécution, je n’ai été que le manœuvre, apportant la matière noire, à la surface du papier. — Mais quel est l'Esprit qui a opéré le tracé des portraits ? Est-ce mon mansprit qui s’est extériorisé, ou bien estce un Esprit étranger...
Or, chose étrange, et M. Cals, étonné et bien convaincu de mes facultés, m’écrivit que j’avais dessiné les portraits des deux enfants dont il avait été précepteur une année auparavant, et que la famille représentée était les quatre derniers membres survivants de la famille Thomas, de l’Hérault, où il avait vécu comme précepteur de ces deux enfants. Quel est l’Esprit qui est allé au loin se renseigner?
J’avoue que je fus moi-même aussi étonné que lui ; mes Esprits s’étant contentés de me dire que ces portraits intéresseraient beaucoup M. Cals.
21° Mais si j’obtiens des réussites qui me consolent un peu, et me donnent du courage, combien j’éprouve de souffrances morales, de croire que mes Esprits passent leur temps à se moquer de moi!
Il m'est impossible d'arriver à comprendre le carac-
INTRODUCTION
tère de ces Etres capricieux, qui agissent quand vous ne demandez rien, et qui refusent d’agir quand vous les suppliez de le faire, pour montrer leur bienveillance. Jamais je n’ai pu raisonner avec eux, car ils ne tiennent, en ce qui me concerne, aucun compte de mes raisonnements. Que je crie, que je prie, que je me fâche, que je me lamente, rien n’y fait. On jurerait des Etres ataraxiques, poursuivant leur but, celui de m’initier, sans tenir aucun compte de mes réclamations. Pendant que j’écris ces phrases, îles coups discrets les scandent une à une, comme si elles m'étaient dictées, ou qu’un auditeur ou lecteur dirait à chaque membre de phrase :
(( bien, bien, bien, etc. >> Je ne suis donc jamais seul, et je puis affirmer que, par tous ces signes extérieurs, j’ai l’impression très nette que des êtres invisibles vivent autour de moi, et s’occupent de tous mes actes.
22° Alors je leur dis : « pourquoi m’avoir laissé errer aussi longtemps, avant de m'avoir inspiré les dernières conceptions auxquelles je me suis arreté » ? C’est même parce que ce mois de juillet en contient une légère partie, que je me suis décidé à faire le choix de ce mois, parmi les 1200 jours de mon commerce avec l’occulte.
Je tiens à faire remarquer, pour prévenir les attaques, qu’en admettant que Katie King n’ait jamais apparu à W. Crookes, cela ne changerait rien aux bases de mes conceptions ; car j’aurais pu ne pas en parler. Je ne 1 ai fait que pour indiquer le point de départ de mes pensées. Cependant, si l'avenir met hors de doute ce mode de création éphémère, il faudra en conclure que nous aurions sans doute tort de chercher bien loin, comme les matérialistes et les Darwinistes, les origines des créatures vivantes et de l’humanité. Mon seul espoir aura été de donner une nouvelle conception de ces origines
LES MYSTÈRES DE l'uNIYEHS
mystérieuses, conforme aux progrès de la science occulte actuelle. Si elle est discutée, attaquée: tant mieux! De la discussion jaillit la lumière.
Si je me suis permis de parler de moi aussi longtemps, que le lecteur n'y voie qu'un seul but : celui d’indiquer les origines de mes travaux et les bases personnelles sur lesquelles jê me suis appuyé. Tout le monde pourra me lire et me comprendre; ce qui n'est pas, en science théosophiqne, parait-il...
23° Je terminerai cette introduction, en disant encore quelques mots des Esprits. C’est le sujet que je connais le mieux, car lous les jours, je les vois et les étudie.
Etant donné le mode d'initiation que les Esprits, mes maîtres, ont employé, je suis obligé de supposer que toutes les scènes qu'ils m'ont fait voir avaient pour but mon instruction.
Ou le monde occulte n’existe pas, ou les Esprits existent. Or, après toutes les preuves que j’ai obtenues sans les chercher, il m’est impossible de nier que nous soyons entourés d’Etres invisibles qui ont sur les humains et la marche de rhumanité une énorme influence.
Tel était l'avis du célèbre philosophe Kant, et de beaucoup d’autres savants renommés. Je serai donc en très bonne compagnie pour en discuter.
Si donc ce monde existe, il faudra supposer que ces Etres intelligents vivent en société d’une façon analogue à la nôtre, malgré qu’elle puisse différer énormément. Mais ils doivent avoir des occupations nombreuses.
J'ai montré que les Esprits, malgré leur état éthéré, pouvaient être entre eux aussi solides que nous le sommes, nous mortels, les uns par rapport aux autres.
I n Esprit ignorant qui traverse nos corps et nos
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maisons, comme s’ils étaient formés de gaz, serait aussi fondé ({lie nous à déclarer que nous sommes des illusions, ou tout au moins des Etres (luidiques et peu résistants.
Rappelons-nous que nous ne pouvons juger les phénomènes que nous percevons, que d’après nos pauvres facultés, et la nature et la qualité de nos sens et organes de toutes sortes que nous possédons. Nous sommes donc mal placés pour juger un monde et des Etres, que les médiums clairvoyants seuls peuvent percevoir.
N’oublions pas non plus que nos passions ont leur source dans la nature et la qualité des matériaux qui composent le corps de chair des Etres. Que cette chair soit éthérée ou matérielle, la loi est la même. Les Esprits ont des corps et des organes analogues à ceux des Etres matériels. Ils doivent se nourrir de substances éthérées, comme nous nous nourrissons d’aliments matériels.
Les Esprits m’ont fait assister à toutes sortes de scènes et spectacles de la vie du monde occulte, et j’en rapporte beaucoup dans mes Mémoires. De toutes façons, il me paraît certain que le choix des tableaux de la vie intérieure et intime des Esprits était voulu par mes Maîtres dirigeant mon Initiation. — Cela expliquerait leur variété extraordinaire.
Avec quel genre d’Esprits suis-je en rapports ? Au début, j’ai cru le savoir ; mais plus j’avançais et plus ce point devenait obscur pour moi. Cette recherche vérifiait encore celte vérité que les mortels sont des ignorants et que plus nous travaillons, plus nous fouillons le fond des choses, et plus nous remarquons que nous ne savons rien.
En dehors des sciences exactes et mathématiques, je puis affirmer que tout notre savoir se borne à définir
ôO
LES MYSTÈHES DE L UNIVEHS
les choses et les phénomènes, et à essayer de notre mieux rénumération de la suite des phénomènes étudiés.
Que d’orgueilleux croient le contraire ! C’est qu’alors ils n’ont jamais réfléchi à fond sur une question, même très simple en apparence.
Mon opinion'est que je suis en rapport avec un groupe d’Esprits, qui est fort complexe. Ils paraissent assez nombreux. Les uns sont fort sages, très intellectuels et amis des sciences. Je le sens aux craquements, lorsque j entame mes recherches astronomiques et sur la cosmogonie de notre système solaire. Je comprends « que ça leur plaît ». Les autres sont des Esprits d’amour, du sexe féminin : Êtres étranges, et sur lesquels je suis resté fort perplexe. Je l’ai dit, il m’a été impossible d’analyser aucun caractère d’Esprit.
Connaître leur mentalité à fond est un problème insoluble. Ce sont des aériens d’apparence futile, et qui peuvent devenir très dangereux. Us paraissent d’un caractère passionné et jaloux, et cependant on ne peut acquérir des preuves certaines de leur a/ï'ection. Aimentils les humains, ou se moquent-ils d’eux ? Bien malin celui qui trouvera la vérité.
Dans une grande Initiation par les Maîtres de l’au-delà, ces sylphides semblent destinées à créer à l’Initié une distraction de ses travaux; mais il se mêle tellement de malice dans ces rapports, que votre plaisir est altéré par ces doutes qui vous empêchent de les adorer. Peut-être est-ce exprès, afin que le néophyte ne se mette pas martel en tète ? C’est du moins ce que j’ai cru comprendre, au milieu de faits inexplicables.
Il y a enfin les Êtres sataniques. Je suppose que celui qui avait osé prendre le nom de Salan, devait appartenir a un groupe de dénions. Démons peu ter-
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ribles en réalité, ce qui n’aurait pas été si Satan, Etre mondial, avait existé
Néanmoins, je pense que les Esprits, vivant en société forcément, doivent avoir des lois, des règles, une hiérarchie. Or, toute hiérarchie supposeune autorité capable de donner une sanction pratique, par des peines et des récompenses diverses. J’ai raconté longuement mes visites à ces lieux désolés, prisons ou endroits de supplices divers : on peut les appeler les Enfers.
Je ferai remarquer que, dans mes écrits, je parais quelquefois me contredire, parce que mon habitude est de discuter à fond mes propres idées. En outre, je suis dédoublé, et il en résulte que, selon que c’est mon moi-conscient (âme), qui écrit, ou bien mon Esprit, ces deux Etres ayant des idées opposées sur bien des points, l un discute toujours ce que l’autre écrit.
Le lecteur étant prévenu, cette manière décrire n’offre plus que des avantages.
J’ai mis longtemps à engendrer ma conception définitive, et je sens que désormais je m’y arrêterai.
Je reviens aux séances que les Esprits m’ont offertes si gracieusement...
Les Esprits m’annoncent, par exemple, un spectacle. J’éteins mes lumières, et assis, fumant mon cigare, je puis tout à mon aise examiner les scènes étranges qui se déroulent sous mes yeux.
11 s’agit d’une séance de magie, à laquelle les aériens me font assister.
Le magicien Esprit est là, entouré de nombreux Esprits. Le magicien opère à sa façon. Je vois ses aides lui passer divers objets, que celui-ci prend et dispose pour ses expériences stupéfiantes. Le public paraît fort intéressé, et enfin le spectacle se termine par un affaiblissement graduel de la lumière qui illuminaitma chambre.
Tout est fini, j’allume et j’écris le récit fidèle et sincère de ce que j'ai vu. — J’ai toujours opéré de cette manière, de crainte que mes impressions ne varient.
Ah ! c’est bien un monde extraordinaire, actif, ayant ses mœurs, ses lois et coutumes. Croyezqu’une nationde mortels est doublée d’une autre nation d’Esprits éthérés, qui la gouvernent d’une façon occulte, et préparent les événements, guerre ou révolution.
De là leur faculté de prévision qui nous étonne tant. Nous ne savons pas ce que nos maîtres invisibles préparent dans ce monde occulte et mystérieux, qui est autrement important pour la destinée des peuples, que les actes embrouillés des mortels... Puissé-je avoir été utile en ouvrant des voies nouvelles pour effectuer des recherches, fonder une nouvelle philosophie et une nouvelle religion éclectique, rationnelle et scientifique.
Marseille , 152, avenue du Prado , le 9 août 1906.
Comte de Tromelin.