‹ Les mysteres de la cour de LondresChapitre 18 sur 34 · LB PROCÈS · texte numérisé non relu

LB PROCÈS

Dans le bon vieux temps t oh la sagesse de nos ancêtres était supposée avoir brillé d’uu éclat éminent» un grand nombre de conditions curieuses étaient imposées à la transmission des héritages par voie de succession ou en vertu de dispositions testamentaires. Dans ces siècles oii l’église Catholique Romaine était dominante en Angleterre, pour hériter d’une grande fortune ou être mis en possession d’immenses domai-, nés, il fallait fréquemment se soumettre à la condition de prêter serment de reconnaître la suprématie du Pape, ou de conserver à des communautés religieuses la jouissance de certaines rentes, de certaines redevances, et de certaines immunités, et le plus souvent pour entrer en jouissance d’une modeste succession, l’héritier était obligé de faire un don à quelque église ou de payer une somme destinée à faire dire un nombre déterminé de messes pour le repos de l’Ame du

défunt. Plus tard, et quand le Protestantisme s’établit en Angleterre sur les ruines de l’église Catholique Romaine, les fanatiques, possesseurs des héritages, imposaient à leurs héritiers l’obligation d'abjurer les doctrines de Rome ; et il est bien connu que de nos jours la transmission des successions est encore soumise à dns conditions inspirées par des préjugés aussi étranges que ceux auxquels nous venons de faire allusion.

Une condition de cette nature était de tradition dans la famille Montgomery et voilà quelle en était l’origine. Du, temps de la Reine Elisabeth la race des Bellenden était menacée d’extinclion, attendu que celui qui était alors en possession du Marquisat avait quatre-vingts ans et qu’il était sans enfants et sans proches parents. En conséquence, il adopta le second fils du Comte de Montgomery d’alors, et par lettres patentes la Reine Elisabeth reconnut au jeuue rejeton des Montgomery, le droit d’hériter du titre de Bellenden. En yertu de cette adoption, a la mort du vieux Marquis, le jeune Montgomery fut mis eD possession du titre, du rang, ainsi que des biens de Bellenden et il épousa une dame appartenant à la famille Ayliner. Ils eurent un fils qui, arrivé à l’âge d’homme, fut pris de la fantaisie de voyager sur le Continent et s’embarqua. Mais des années se passèrent sans apporter aucune nouvelle de lui et ses. parents virent approcher le terme de leur vie avec la pénible convictiou que leur fils n’élait plus. Le père inconsolable fut donc réduit à la nécessité do prendre

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quelques arrangements testamentaires relatifs à la transmission de ses biens après sa mort ; il légua la propriété du Prieuré au Comte de Montgomery et il partagea ses domaines du Comté de Warwick entre le frère de ce Comte de Montgomery et la famille Aylmer ; ^nais, comme à une époque alors récente il y avait eu un monastère qui s’était établi sur les terres dépendant de ses domaines du Comté de Warwick et que le vieux Marquis avait le Papisme en horreur, il inséra dans son testament une clause par laquelle il imposait comme condition à son héritier, d’abjurer les doctrines de l’église de Rome et de prendre l’engagement formel de ne pas rétablir sur les domaines du Comté de Warwick le monastère qui avait été détruit sous le règne d’Henri VIH. Faute d’avoir signé cette abjuration et cette promesse, la déchéance était prononcée et les domaines passaient aux héritiers les plus rapprochés dans l’ordre successif. La clause testamentaire prescrivait que ces actes d’abjuration et les engagements précités fussent signés par l’héritier désigné avant qu’il ait atteint sa vingt-deuxième année, âge auquel était alors fixé la majorité, et par une disposition supplémentaire du même testament, il était dit que la propriété du Prieuré passerait à celui qui serait alors en possession du titre de Comte de Montgomery et que les domaines du Comté de Warwick seraient attribués, pour la plus grande portion, à son héritier lé plus proche, et dans une plus faible proportion à la famille Aylmer. Telle était la teneur du testament

laissé par le Marquis de Bellenden qui vivait vers la seconde moitié du seizième siècle. Mais à peine étaitil descendu au tombeau que son fils, celui dont il avait si longtemps déploré l’absence, revint en Angleterre après avoir échappé à l’esclavage, car il avait été pris et vendu par des pirates Algériens. Comme de rjÿson il revendiqua l’héritage paternel et lo Comte de Montgomery d’alors, soit dans l’ignorance des dispositions faites en sa faveur, soit par un sentiment de justice ne souleva aucune difficulté. L’existence du testament lui-même fut bientôt oubliée. Des années se passèrent et les Bellenden restèrent en possession de leurs biens sans le plus léger trouble, jusqu’au moment où un astucieux avoué le découvrit et en fit connaître les dispositions. Ceci se passait vers le milieu du dixhuitième siècle, vers l’époque de la grande rébellion, et le Comte de Montgomery d’alors, auquel il avait été donné connaissance des termes du testament, menaça le Marquis de Bellenden, en possession de ce titre à cette époque, de lui intenter un procès. Néanmoins tout fut alors réglé par une transaction et sans intervention judiciaire. Le Marquis de Bellenden d’alors consentit à céder une partie des domaines en litige, pour s’assurer la libre possession du reste. Cette transaction fut rédigée et un acte de transfert fut dressé et signé ; mais à peine cette transaction était-elle conclue que le Comte de Montgomery se trouva plongé dans de sérieux embarras pécuniaires causés par de fausses spéculations, alors le Marquis de Bellenden lui proposa de

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lui avancer une forte somme d’argent à titre de rachat de la portion de ses domaines qu’il lui avait transférée.

Cette nouvelle transaction fut acceptée, et l’acte de transfert fut rendu aux Belleuden. Les choses étaient restées en cet état pendant plus de vingt ans, quand les Montgomery intentèrent le procès et le suivirent d’une façon sérieuse. Cette détermination fut prise par le père d’Eugène de Montgomery, trente années environ avant la date où se place notre récit, et quand l’affaire fut soumise à un plus sérieux examen, il fut reconnu que si les prétentions des Montgomery avaient quelques fondements, c’était à Raymond que devaient revenir les domaines du Comté de Warwick, tandis que le Prieuré devait écheoir à son frère aîné ; à tout événement les Aylmer tirent valoir leurs prétentions, et c’est dans ces conditions que s’instruisit le procès • dont il a été si souvent question dans le cours de cette histoire.

Le lecteur peut maintenant comprendre l’importance qui s’attachait nécessairement à -l’acte de transfert cidessus mentionné. Pour la Marquise de Bellenden on soutenait que cet acte de transfert prouvait que toutes les difficultés qui existaient entre les deux familles avait ôté terminées par une transaction, par un arrangement définitif qui mettait à néant tous les droits et * toutes les réclamations des Montgomerys. Dans l’intérêt de Fernanda ou plutôt de Lady Holderness, on prétendait que sa famille n’avait pas été portée au compromis, qu’elle ignorait absolument, à l’époque où il était inter-

verni, que les Aylmer eussent le moindre droit à réclamer un seul acre des terres appartenant aux Bellendens. Enfin pour les Montgomerys on soutenait que leurs auteurs n’avaient pas eu le droit de transiger en pareille matière, et que si le testament avait une valeur il établissait un partage des domaines et créait une substitution subordonnée à l’accomplissement des conditions formellement spécifiées ; de plus et au cours de l’instance, il y avait trois mois environ, Eugène avait invoqué un moyen nouveau qui consistait à arguer de faux l’acte de transfert, sans toute fois attribuer ce faux à Laura de Bellenden elle-même.

L’acte de transfert portait la date de 1795, mais il était allégué dans l’intérêt d’Eugène Montgomery que le Marquis de Bellenden, père du défunt mari de Laura, dont la signature figurait à l’acte en question, était moi’t dans le cours de l’année 1793, c’est-à-dire deux ans avant la date de l’acte auquel on prétendait qu’il avait participé. Comme preuve du fait allégué par le Comte de Montgomery, on avançait que la plaque du cercueil du Marquis de Bellenden portait la date de 1793 et que cette date de son décès était confirmée par le registre de la paroisse.

Tel était l’état du procès au 31 Mai, époque que le Conseiller delà Chancellerie avait fixée pour déposer son rapport sur les différents points en litige ; et ce magistrat avait rempli son engagement, circonstance qui mérite une mention toute particulière, en matière de procès en Cour, de Chancellerie. Le rapport était

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