PLAN DU VENGEANCE
cette circonstance. Le pauvre baby sera vengé! — ajouta le jeune garçon avec une amère énergie.
— Tu parles maintenant comme doit parler mon fils, et je suis fier de toi, James, — dit Melmoth, — ce cruel et impitoyable médecin n’a pas hésité «à garder le corps du pauvre baby pour le disséquer ou pour le conserver dans un bocal, dans s'en laboratoire ; il a pensé sans doute que les pauvres n’avaient pas de sentiments et qu’il pouvait faire ce qu’il lui plairait du corps de l’enfant d’une mendiante, morte de faim sur le pas d’une porte, dans la rue ! mais il apprendra qu’un pareil outrage ne reste pas impuni ! — s’écria Melmoth avec un accent de férocité infernale, — tu m’entends, mon enfant, et tu m’as compris.
— Oui, — répondit James, avec un profond senti-
ment de haine qui rendait sa voix vibrante, ~ l’enfant du médecin sera élevé comme un mendiant, et dressé à devenir voleur
— Jusqu’à l’âge de dix ou douze ans, selon qu’il aura plus ou moins bien profité des mauvais principes qui lui auront été inculqués, — ajouta Melmoth, — et alors, tu pourras lui apprendre qu’il est le fils du docteur Thurston, l’éminent médecin de May Fair.
— Et lorsqu’il aura appris ce secret, il pourra aller
trouver ses parents si l’envie lui en prend, — dit l’enfant, avec un rire méchant, — mais r >s pistolets, père, sont-ils
— Ils sont pour le Prince, — dit Melmoth, en com-
312 LES MYSTÈRES DE tA COUR DE LONDRBS
plétant la pensée de son fils, — oui, l’un est pour le Prince, pour l’auteur de tous nos malheurs...
— Et l’autre?... — dit l’enfant, en observant avec
inquiétude le visage égaré de son père. -
— L’autre, — répéta Melmoth, d’un air rêveur, puis son
fixant tout-à-coup ses regards avec une effrayante mat
expression sur son fils, il dit : — James, tu seras bien- va t
tôt forcé de servir de père à ton frère et à ta sœur, qui t
n’auront plus d’autre protecteur que toi. coq
— Non, non, vous n’avez pas l’intention de nous
quitter ainsi! — s’écria le jeune garçon hors de lui. ï«
Et saisissant la main de Melmoth, il se serait prosterné à ses genoux, si la main de fer de son père ne tu
l’avait saisi par l’épaule et ne l’avait forcé à se mainteni debout. . es
— Enfant, il faut montrer plus d’énergie que cela ! m
— s’écria Melmoth, d’un ton sévère et menaçant, — le sr
temps des jeux est passé, les douces émotions ne sont h
plus de saison ! nous avons des devoirs terribles à rem ■ li
plir, une effroyable vengeance à exercer, et nous ne devons pas reculer devant notre tâche ! Dis-moi, James, 1
recules-tu ? — s’écria Melmoth.
Sa main de fer serra le bras de son fils comme dans un étau.
— Non, non, je ne recule pas, père, — s’écria l’enfant, — je me rappelle ma pauvre mère, les larmes qu’elle a versées sur moi, comment elle est morte en ma présence. Je n’ai pas non plus oublié les injures sans nombre que vous avez eu à subir, et tout cela