‹ Les mysteres de la cour de LondresChapitre 7 sur 34 · UNE ENTREVUE A NEWGATE · texte numérisé non relu

UNE ENTREVUE A NEWGATE

tomber accablé sur le siège qu’il avait quitté quelques instants auparavant. — Que Fernanda fût cruelle, implacable, et sans pitié, je ne le savais que trop, hélas I mais qu’elle fût un démon à face humaine, voilà ce qui me restait encore à apprendre.

— Et maintenant, Monsieur, ne croyez-vous pas que la femme qui est capable de consentir au meurtre de son enfant, - demanda Caroline, — n’est pas capa-" ble de donner la mort à tous ceux qui se dressent sur son chemin et dont l’existence menace sa sécurité? En un mot, n’est-il pas probable, n’est-il pas certain que la même main qui a assassiné William Dudley a également donné la mort à la ssrge-femme. Ecoutez-moi attentivement : Les deux crimes ont été commis la même nuit, tous deux sont restés enveloppés dans le plus profond mystère, et tous deux sont retombés sur des innocents . De ces personnes innocentes , vous êtes l’une et je suis l’autre...

— Continuez... Continuez... — dit Arthur en proie à la plus vive agitation.

Le meurtre de son enfant faisait taire tous'ses sentiments généreux et il ne respirait que la vengeance.

— Je vous ai déjà dit, Monsieur, — continua la jeune femme, — que j’habitais la maison de la sage-femme eu même temps que Lady Holderness — que Fernanda Aylmer; mais j’ignorais alors qui elle était et ce n’est qu’hier seulemeut que je l’ai appris. Néanmoins, dans la demeure de la sage-femme, dans ce séjour d’infamie, j’ai fait la connaissance de Fernanda et elle m’a

parlé en secret et mystérieusement des terribles progrès de sa vengeance, vengeance qui n’était pas même soupçonnée par celui qui en était l’objet et la victime. Moi aussi, je soupirais après la vengeance, car ainsi qu’elle, j’avais été trahie par un séducteur. Elle me • promit de me confier son secret, le secret de cette vengeance qu’elle poursuivait contre l’auteur de son déshonneur, du fond même de la retraite infâme oii elle était venue cacher sa honte. Mais elle quitta toutà-coup et brusquement l’établissement de Madame Lindley et je ne l’ai revue qu’hier, quand le hasard me l’a fait rencontrer au bras d’un gentleman dans Cavendish Square. Je l’abordai et elle me repoussa avec mépris, elle m’insulta de ses regards qu’elle sait rendre si fiers et si menaçants quand elle le veut. La porte de la noble maison oii elle entra me fut fermée au nez, et un sentiment de colère s’éveilla à l’instant dans mon cœur contre l’arrogante patricienne et son hautain compagnon. Je me rendis dans le voisinage pour recueillir quelques renseignements. Grand Dieu! quelle lumière vint tout à coup éclairer mon esprit ; cette dame, à ce qui me fut dit, était naguère l’Honorable Mademoiselle Fernand a Aylmer, et elle était maintenant la femme de Lord Holderness. Elle vous avait été antérieurement fiancée, Monsieur, les projets de mariage entre vous avaient été rompus, on ne sait pourquoi, et pendant plusieurs mois, vous aviez dépéri sous l’influence d’un mal qui semblait incurable. Mais tout-à-coup la santé vous était revenue et alors était

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survenu le meurtre mystérieux et inexplicable de votre valet, à la suite duquel vous aviez été fait prisonnier. Ces particularités, recueillies par moi, et d’autres faits dont j’avais antérieurement connaissance imprimèrent un nouveau cours à mes pensées. J’avais tout-à-coup trouvé la clef de certains mystères et d’étranges soupçons avaient pris naissance dans mon esprit. Je compris à l’instant que c’était vous, Monsieur, qui étiez * l’objet de l’impitoyable vengeance dont Fernanda m’avait entretenue dans Fore Street et je fus frappée de l’idée que vous aviez dû être la victime des terribles effets d’un poison lent. Mais qui vous avait administré ce poison? La mort violente de William Dudley ne devait-elle pas donner la clef de ce mystère? Oui, c’était votre valet qu’elle avait employé pour accomplir sa vengeance, et le meurtre de l’homme qui avait été son instrument était calculé pour atteindre un double but ; ce meurtre faisait disparaître en ce monde un individu qui pouvait dire do terribles choses sur son compte, et il faisait retomber sur vous la responsabilité d’un crime, qui, elle en avait l’infernale espérance, devait vous envoyer à l’échafaud. Toutes ces idées prirent naissance dans mon esprit et les événements s’enchaînèrent de la façou la plus convaincante. Je voyais, je comprenais tous les motifs et les actes, les causes et les effets, l’action et le but ; une fois entrée dans cet ordre d’idées, je ne devais pas m’arrêter à moitié chemin, et d’autres soupçons prirent naissance dans mon esprit. Madame Lindley avait ôté assassinée la même nuit que William

Dudley, pourquoi les deux meurtres n’auraient ils pas été l’œuvre de la môme main? Oui, la pensée qui pous sait la rusée Fernanda à se debarrasser de William Dudley, devait lui inspirer l’idéo d’agir de mêtne à l’égard de la sage-femme. Tous deux étaient les dépositaires de secrets qu’ils pouvaient révéler sous l’obsession du remords, ou trahir par inadvertance, et sa perte était la conséquence d’une indiscrétion. Qu'ils disparaissent tous deux, que la mort leur ferme la bouche pour toujours, et Fernanda est trauquille ! Tel * avait dû être le raisonnement de ce démon, de cette mère dénaturée qui avait consenti au meurtre de son enfant! Vous semblez impatient, Monsieur, mais je n’ai plus longtemps à vous retenir avec mes explications et mes commentaires.

— Non, je ne suis pas impatient, Mademoiselle, j’écoüte avec le plus vif intérêt tout ce que vtms dites, — répondit Arthur ; — mais je suis agité, irrité, indigné, quand je pense à ma sotte faiblesse qui me poussait par moments à sauver cette femme, en me sacritiant moi- même.

— Ah ! vous pouvez vous repentir de ces moments d’injustifiable indulgence! — s’écria Caroline. — Je vous expliquais tout-à-l’heure comment les renseignements que j’avais recueillis hier m’avaient amenée, en quelques minutes, à voir dans Fernanda l’auteur des deux crimes épouvantables dont vous et moi nous étions accusés. Un changement s’opéra en moi. Je vis la possibilité de me laver du hideux soupçon qui me désho-

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norait, et j’étais impatiente de me réhabiliter, de me délivrer de l’odieuse célébrité qu’on m’avait faite en m’attribuant un assassinat. L’espoir d’arriver à ce résultat prit à l’instant naissance dans mon esprit avec le désir d’humilier l'arrogante patricienne, et le hautain aristocrate qui m’avaient fermé leur porte. Je revîns à leur demeure, je demandai à les voir, et je fus introduite en leur présence. La conversation qui ^ s’établit entre nous vint corroborer tous mes soupçons et me convaincre que j’étais dans le vrai. Les faits que j’énonçai hardiment, les souvenirs que j’évoquai, les accusations que je formulai d’une manière qui n’était que trop précise, touchèrent les cordes les plus douloureuses des cœurs de Lord Holderness et desafemme.

Mais il est inutile d’en dire davantage C’est Fernanda qui a assassiné William Dudley et Madame Lindley.

— Oui, cela doit être ! — murmura Arthur, — et elle

expiera son crime sur l’échafaud ! Et son mari partagera son sort. Le père de ces belles jeunes filles, Octavie et Pauline, sera sans aucun doute impliqué dans l’affaire

— Et notre innocence sera reconnue, — interrompit Pauline. — Maintenant, Monsieur, ne pensez-vous pas que nous devons réunir nos efforts pour arriver à ce résultat qui doit sauver nos têtes et nous épargner la honte de voir nos noms voués à l’exécration publique.

— Assurément, Mademoiselle, — lui répondit-il d’un ton ferme, — car, ainsi que vous l’avez dit, nos intérêts sont identiques. Et pour vous prouver que j’ac-

cepte votre coopération aussi sincèrement qu’elle m’est oiïerto, je vais vous faire le récit des persécutions que j’ai eu à souffrir de la part de Lady Holderness.

Arthur raconta alors tous les détails qui sont déjà connus du lecteur, il dit comment il avait découvert la recette de l’ami des héritiers et son antidote, dans la demeure de Madame Lindley, comment Bradford, le célèbre chimiste de Bond Street, avait attesté la nature et les effets du poison, comment l’emploi de l’antidote avait rétabli sa santé ; il raconta la scène qui s’était passée lorsque Fernanda et William Dudley étaient entrés la nuit dans sa' chambre pour consommer leur crime, il dit enfin comment il avait laissé partir la femme et comment son valet après avoir tout avoué avait montré ensuite un sincère repentir.

Caroline écoutait avec la plus vive curiosité, et comme le lecteur peut facilement le supposer chaque mot qui tombait des lèvres d’Arthur confirmait l’opinion qu’elle avait déjà conçue sur Lady Holderness.

Le porte-clef vint bientôt chercher la jeune femme pour la reconduire à son cachot, mais la promesse d’une nouvelle gratification lui fit facilement prendre l’engagement de favoriser une seconde visite pour le lendemain au cachot d’Arthur Eaton.

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