‹ Les mystères de la mainChapitre 108 sur 203 · Idem, p. 213 et · texte numérisé non relu

Idem, p. 213 et

« Tout ce qui se fait subsiste par les nombres et en tire sa vertu, car le temps est composé de nombres, et tout mouvement et action et tout ce qui est sujet au temps et au mouvement : les concerts et les voix sont aussi composés de nombres et de proportions et n’ont de force que par eux. Enfin toutes les espèces de ce qu’il y a dans la nature et au-dessus d’elle dépendent de certains nombres, ce qui a fait dire à Pythagore que tout est composé du nombre et qu’il distribue les vertus à toutes choses »

Agrippa, saint Martin, se sont occupés des nombres; et saint Martin d’une manière spéciale.

Saint Martin et l’abbé Joachim sont-ils arrivés jusqu’à la prophétie au moyen des nombres? c’est ce que nous n’avons pas à examiner.

Nous ne chercherons pas à donner ici une idée de la méthode des nombres de saint Martin, puisqu’elle est toute mystique, obscure par conséquent, et demanderait par cela même de trop grands détails. Nous citerons seulement, et sans commentaires, ce qu’il dit du nombre un; nous citerons Agrippa après lui.

« L’unité, dit saint Martin, multipliée par elle-même,

ne rend jamais qu’uN parce qu’elle ne peut sortir d’ellemême.

« Un germe végétal qui a produit ses fruits annuels conformément au nombre d’actions qui sont comprises dans ses puissances n’en produit plus et entre dans son principe.

1. Philosophie occulte d’ Agrippa, liv. 2,p. 214. La Haye, 1727.

« Chaque pensée qui sort de nous est le produit d'une action de puissance qui y est relative, et qui en étant comme le germe se termine avec la pensée particulière qui l’a produite comme ayant rempli son cours.

{( Quoique la Divinité soit la source infinie, unique et éternelle de ce qui a reçu l’être, chaque acte de ses facultés opératrices et productrices est employé à une seule œuvre et s’en tient là sans les répéter, puisque cet acte est rempli et comme consommé. Ainsi chaque opération étant une et chaque racine de cette opération étant neuve, il est probable que cette racine qui a agi dans son action créatrice n’agit plus que dans son action conservatrice dès qu’elle a produit son œuvre, quoique les œuvres qui en résultent soient permanentes et immortelles, parce que les racines ne sont que comme les organes et les canaux par où l’unité manifeste et réalise au dehors d’elle- même l’expression de ses facultés. Or dans toutes les philosophies possibles les moyens ne sont que passagers et la fin stable h »

Voici ce que dit Agrippa :

« Le nombre n’est que la répétition de l’unité. L’unité pénètre le plus simplement tous les nombres, et étant la mesure commune de tous les nombres, leur source et leur origine, elle les contient tous étant joints uniquement, demeurant incapable de multitude, toujours la même et sans changement: c’est ce qui fait qu’étant multipliée elle ne produit rien qu’elle-même. Un est le prin-

1. /Vowbres, par s. Martin, édition aiitograpliiée, p. 80, 81, 82. Taris, 1843.

LES MYSTÈRESi DE LA MAIN.

cipe de toutes choses et toutes vont jusqu’à un, et après lui il n’y a rien, et tout ce qu’il y a demande un, parce que tout est venu d’un. Pour que toutes choses soient les mêmes, il faut qu’elles participent d’un, et de même que toutes choses sont allées à iDlusieurs par un, ainsi il faut que tout ce qui veut retourner à un quitte la multitude. Un se rapporte donc ù Dieu qui, étant un et innombrable, crée cependant quantité de choses et les contient dans soi.

«Il y a donc un Dieu, îin monde qui est à Dieu, un soleil pour un monde, un phénix dans le monde, itn roi parmi les abeilles, un chef dans les troupeaux, un commandant dans une armée. Il y a im élément qui surpasse et pénètre tout, qui est le feu ; il y a une chose créée de Dieu qui est le sujet de toute admiration, qui est en la terre et dans les deux ; c’est actuellement Vthne végétante et minérale qui se trouve partout., que l'on ne connaît guère, que personne n’appelle par son nom, mais qui est cachée sous des nombres, des figures et des énigmes, sans laquelle l’alchimie ni la magie naturelle ne peuvent avoir leurs succès. * »

L’uinité, c’est le principe de tout : mais Punité lumière ne peut rester une lumière sans ombre, l’unité voix ne peut rester une voix sans écho, un est un principe sans comparaison; le nombre, c’est l’harmonie, et sans harmonie rien n’est possible; l’unité est nécessairement active, et son besoin d’action la fait se répéter elle-même;

L La Philosophie occulte. Cornélius Agrippa, l. 2, p. 218. La Haye, 1727

elle se partage, ou plutôt elle se multiplie pour produire deux. Mais deux, c’est rantagonisme, c’est l’immobilité momentanée lorsque les forces sont égales, mais c’est la lutte, le principe du mouvement. Saint Martin, en désignant le -nombre deux comme mauvais et funeste, a prouvé qu’il ne connaissait pas un des plus grands arcanes de la magie. La terre est évidemment un lieu de passage et d’épreuves: le nombre deux est donc une nécessité, puisqu’il représente la vie qui n’est que par l’action, par la lutte, et ne cesse d’être que par le repos. Deux, c’est donc l’antagonisme, mais TROIS, c’est l’existence. Avec trois, la vie est trouvée. Trois, c’est le pendule qui va tantôt à droite, tantôt à gauche, pour équilibrer et faire mouvoir.

Trois utilise ainsi la lutte du binaire et en tire le mouvement qui est la vie.

« Trois, dit Balzac dans Louis Lambert, est la formule ' des mondes créés, il e.st le signe spirituel de la création comme il est le signe matériel de la circonférence. » Trois, c’est Dieu.

Nous ne pouvons résister au plaisir de citer quelques phrases des Harmonies de l’être, exprimées par les nombres, livre éminemment profond et remarquable.

L’auteur a lu dans l’Évangile de saint Jean trois mots : Fila, verbum, lux. Vie, Verbe, lumière. 11 y voit la Trinité, examine la profondeur, la signification de^ces trois mots dans plusieurs pages, et se résume ainsi :

« Disons que le Père est vie et par conséquent puissance et force , et que le caractère de cette vie, c’est l'expansion.

« Que sera le Fils? Tout le monde le sait, il est le Verbe ou la parole: mais que faut-il entendre par le Verbe ou la parole? Tous les philosophes s’accordent h le dire : c’est la forme. Il nous reste donc la lumière. Comment le Saint-Esprit sera-t-il la lumière? Essayons de le comprendre.

«La lumière n’est ni la substance ni l’intelligence, mais elle résulte de leur union; elle n’est pas un composé des deux, elle n’est pas moitié substance, moitié intelligence; elle est quelque chose de di (Térent de l’un et de l’autre, mais qui procède de l’un et de l’autre, qui n’en procède pas par composition, mais qui est simple en soi-même et indivisible, qui n’est ni moindre ni plus grand que l’un et l’autre, car la lumière est partout, et seulement où l’intelligence survit à la vie, et si la vie et l’intelligence sont infinies, la lumière aussi le sera. Donc la lumière différente de la vie et de l’intelligence, une, indivisible, infinie, sera une troisième personne, elle sera le Saint- Esprit h »

«La Sagesse, qu’on a toujours regardée comme le Verbe divin, fils de Dieu, parle ainsi dans les Proverbes:

«Quand il préparait les deux, j’étais là; quand il donnait aux abîmes une loi et une limite, quand il établissait le firmament et qu’il distribuait avec mesure les sources des eaux, quand il mettait un frein à la mer et posait une loi aux flots, afin qu’ils ne dépassassent pas leurs limites, quand il posait les fondements de la terre,

i. Harmonies de l’élre, t. I, pages 37 et 33, par Laciiria. Paris 18i7.

j’étais avec lui, arrangeant toutes choses, je me délectais chaque jour, me jouant devant lui, en tout temps jouant dans l’univers, (3t mes délices seront d être avec les enfants des hommes.

« N’est-ce pas la variété et la distinction des êtres ’ ? » On se rappelle que le Verbe, c’est la torme.

« Quant à l’Esprit saint, lorsqu’il apparaît, c’est pour éclairer, c’est lui qui inspire les prophètes, qui dévoile l’avenir, ôte le bandeau de l’obscurité de devant les yeux. Lorsque Dieu promit l’effusion de son Esprit saint, voici les effets qu’il annonce devoir suivre :« Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens des visions : Et prophetabunt filii vestri et filiæ vestræ, senes vestri somnia somniabuut^ et juvenes

vesiri visiones videhunt (Joël) . »

Le nombre trois, c’est le mouvement qui fait équilibie en passant successivement d’un point à un autre; le nombre QUATRE, c’est l’équilibre parfait, c’est le carré, le positivisme, le réalisme.

Quatre, en magie, c’est le cube; le carré. C’est l’image de la terre; le quaternaire est la conséquence du teinaire; le ternaire, c’est l’esprit, le mouvement, la résistance, qui amènent naturellement le quaternaire : la stabilité, l’harmonie.

• Pour les anciens Icabbalistes, le nombre quatre renfermait les quatre éléments.

« I,es quatre points cardinaux astronomiques sont, re-

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