NÉCESSITÉ DE LA LUTTE. JAKIN ET BOHAS
Balzac devinait avec son génie ; mais distrait par son ardeur pour toutes les sciences, il ne pouvait ni tout pressentir ni tout savoir. 11 ignorait, ou du moins il n’a laissé entrevoir dans aucun de ses livres mystiques, que la lutte est la loi do l’être ; que l’homme, enfant de la terre, est attiré et repoussé comme la terre pour conserver sa vie, comme elle pour conserver le mouvement, qui est la vie.
Que la terre cesse un moment d’être attirée et repoussée, et elle tombera dans les espaces. Quand la lutte cesse chez l’homme, c’est que sa carrière est finie et qu’il va mourir.
C’est le défaut de forces qui fait le calme du vieillard.
C’est pour cette lutte incessante que les passions nous
ont été données, ainsi que la conscience et la vertu.
A partir des premiers jours de l’existence, la lutte commence entre le rire et les larmes. Si des joies et des
chagrins de l’enfance nous ne tirons pas de conséquences pour la vie entière, c’est que nous ne voulons ou ne savons pas voir. Les avertissements physiques ne nous manquent pas.
« Oculos habentet non videbunt, » a dit le Seigneur.
Écoutez les Mages, interrogez nos sages et nos philosophes, et tous vous diront que les sympathies naissent des contraires.
• « L’harmonie de ce monde i, ditPlutarque, est une combinaison des contraires, comme les cordes d’une lyre ou la corde d’un arc qui se tend et se détend. Jamais, a dit le poète Euripide, le bien n’est séparé du mal. 11 faut qu’il y ait un mélange de l’un et de l’autre. »
Vous vous sentez entraîné, irrésistiblement entraîné, ei surtout en amour, la plus grande passion de la vie, vers des êtres dont les goûts sont tout à fait différents des vôtres, non pas pour votre bonheur (cela est impossible, puisque, destinés à vivre ensemble, vous devez ou sacrifier vos goûts ou imposer les vôtres, et il y a toujours des larmes au fond de tout cela), mais par fatalité, par nécessité de souffrance.
Et, contre cet attrait, la raison ne peut rien presque toujours, parce que c’est une fascination, une ivresse, et que l’ivresse endort la raison. Et puis, dans cette fascination il y a une joie douloureuse, d’autant plus attrayante qu’elle déchire, qu’elle fait mal.
Vous vous préparez fatalement un malheur à venir, et