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LES MYSTÈRES DE L.\ MAIN. /i9
plus l’homme sera supérieur, plus le malheur sera grand et inévitable.
La douleur est la pierre de touche de l’élu. C’est aux grandes âmes que la nature jette les grands désespoirs, car c’est par des épreuves seulement qu’elles pourront prouver leur céleste origine.
Combien de grands génies ont essayé de l’abrutissement pour échapper aux chagrins nés d’une union malheureuse! Seulement, l’homme destiné aux épreuves, lorsque la douleur s’efface, laisse là ces moyens indignes comme le naufragé abandonne en entrant dans le port la planche vermoulue qui s’est trouvée sous sa main au moment du danger. Mais l’âme moins fortement trempée, une fois adonnée à la débauche, ne revient plus; le tourbillon astral l’entraîne: c’est une étoile à jamais disparue.
Cette lutte, qui est un des grands arcanes de la magie, y est représentée sous les noms de Jakin et Bohas,noms des deux colonnes symboliques qui étaient devant la porte principale du temple do Salomon, l’une blanclng l’autre noire; c’est-à-dme le jour et la nuit, le vice et la vertu, l’ange et le démon.
Chacun tend à se mouvoir et à s’agiter dans sa sphère, mais selon les lois de la pesanteur; l’homme est attiré en bas par ses instincts matériels. Comme la pierre lan- . cée s’élève péniblement, mais retombe vite, il faut des efforts inouïs pour s’élever de sa classe dans une classe supérieure, et il est facile de descendre.
Il faut même des efforts pour se maintenir dans la classe où l’on est.
LES xMYSTÈRES DE LA MAIN.
Il est plus diflicile de conserver sa fortune que de l’amasser, parce que le mouvement étant la loi de la vie, celui qui veut rester en place doit faire comme le batelier qui résiste au fil de l’eau ; il doit, de temps en temps, donner quelques coups de rame pour se maintenir au même endroit, sinon le courant l’entraîne en arrière.
Tout homme désire sortir de son monde : le pauvre aspire à la richesse, le commerçant enrichi veut acquérir la noblesse, ou, s’il est mieux organisé, il s’occupe d’art, de littérature, de théologie, il sent le besoin de monter.
Le débauché même peut avoir des désirs nobles pour se reposer de la fatigue du vice ; il peut avoir des velléités de travail, comme le malade longtemps couché désire se promener au soleil de la plaine ; ces natures déréglées peuvent aussi, car les extrêmes se touchent, éprouver parfois pour l’art un appétit sauvage émané de la violence même de leurs passions.
.Tésus-Christ préférait les chauds et les froids aux tiôdes, qui ne vivent pas : « Utinam frigidi essetis aut calidi, sed quia tepidi estis, incipiam vos evomere de orc meo. »
Tout homme né avec la noblesse arrive, par sa naissance même, au premier rang; mais s’il oublie un seul instant ce magnifique adage ; « Noblesse oblige, » il retombe'aussitôt plus bas que tout autre.
instinctifs s’ennoblissent par le travail ; les intelligences les plus ordinaires acquièrent par l’exercice une capacité plus grande, comme les bras prennent des forces et développent leurs muscles par l’action. Le paysan
exerce les facultés de son esprit clans l’agriculture; il sait ce qui convient à chaque terrain; il lit d’avance clans le ciel le temps serein et les orages. De l’instinctif il en arrive à l’abstractif, peu h peu et sans efforts.
Le travail, c’est l’action et la progression ; la paresse, c’est la négation de l’action, et cependant, entraînée par le mouvement universel, elle marche sans le savoir, mais en sens inverse, et elle va de la paresse à la débauche, et de la débauche à la mort,