Seconde phalange du pouce
pas, ou, si vous le consultez, attendez-vous à la plus inexorable franchise.
Mais bien vous prendra de lui demander avis, car, à la logique, aux doigts carrés, il joint une ligne de tête qui, droite, profonde, barre toute la main. C’est la raison inexorable.
Mais c’est aussi l’honnêteté, la probité la plus rigide.
Cette main, tellement sage, n’admet de dépense inutile dans aucun genre. Aussi veut-elle en tout l’économie.
Sa devise est : uti non abuti, même en fait d’argent.
La ligne de cœur, bien que belle, est fatalement entraînée vers celle de tête comme un aigle vers un tourbillon ; elle se déploie en replis capricieux et vient s’y perdre.
Chez Corot, la raison domine tout, même le cœur. Il peut aimer, mais si cela est juste, si cela est sage, à son point de vue ; sinon il fait taire son cœur.
Ses deux mains même ne sont pas d’une fermeté égale ; la main gauche, celle du cœur, est presque molle; la droite, la main de l’action, du fait, de la raison, est dure et active.
Est-ce h\ toute sa logique? non! Attendez encore, rien n’y manquera.
Chez lui, le nœud philosophique est immense. Ainsi, il n’accepte rien sans en examiner les causes ; il est indépendant, et toute sa vie en est la preuve. 11 a tout sacrifié à son amour pour l’art, il a tout quitté pour lui. Personne ne l’a vu un seul moment au nombre des solliciteurs.
Corot eût été très-riche, sans aucun doute, s’il eût suivi la carrière du commerce, car sa ligne de bonheur s’élève droite jusqu’à la tête, où elle s’arrête pour s’élever ensuite incertaine et moins puissante.
Son influence cède à l’art, qui tient la première place dans la vie de Corot.
Ses doigts lisses laissent à sa logique toute sa spontanéité. 11 voit juste et tout de suite.
La peau de ses mains, souple et un peu ridée, indique une nature intelligente et sensible.
Mais où donc est Corot le poète? nous demanderez-vous. Attendez, nous allons y venir.
Le mont de la Lune ' est très-développé ; calme, sans rides, il fait un seul mont avec celui de Mars^, calme et sans rides aussi. De là émanent des idées riantes et toujours sereines. Par suite d’une conscience sans reproches, les idées arrivent pures, et les croix mystiques tracées dans chaque main viennent jeter encore sur ses compositions le vague de la mélancolie.
Ainsi, les rêves légers vagabondent quand l’àme passe dans un autre monde par cet état mystérieux et inconnu que l’on appelle le sommeil.
Alors des nymphes bondissent sur les gazons, des bosquets se peuplent de musiciens, et des bergers, appuyés l’un sur l’autre, écoutent les chansons du vieil Homère, tandis que l’on aperçoit à travers les arbres la mer bleue de la belle Jouie.