Première phalange du pouce courte
LES iMYSTÈllES DE LA MAIN.
Jupiter, ce qui lui donne les qualités hautes et graves de la planète : les intuitions religieuses et contemplatives et la supériorité dans l’art. C’est Jupiter qui lui inspire l’entente des chœurs religieux. Il aurait été, s’il ne se fût adonné au théâtre, le premier compositeur de musique sacrée de notre époque. Saturne montre sa puissance par deux lignes qui s’élèvent droites et à distance égale sur le mont. La saturnienne, qui les projette, part de la ligne de vie, s’élève jusqu’à la ligne de tète où elle s’arrête un moment, se brise, et de là elle envoie une branche qui s’élève sur le mont du Soleil, où elle trace plusieurs lignes fines, dominées par deux lignes principales dans une main, et par une seule ligne dans l’autre (célébrité causée par l’abondance de sève d’un côté, régularisée de l’autre), c’est-à-dire le travail, l’esprit et la matière, que l’on retrouve encore indiqués par une ligne placée sur la troisième jointure de l’auriculaire et unissant les deux phalanges. La saturnienne, à partir de la ligne de tète, vient, tout en envoyant deux rameaux vers Saturne, se perdre dans la ligne de cœur qui escalade droit le mont de Jupiter, ce qui signifie à la fois union heureuse et réussite de gloire ; une ligne, qui part aussi du bas de la saturnienne et s’avance sur Mercure, signifie gain, réussite d’argent.
Les doigts de M. Gounod sont, à la première phalange, sillonnés intérieurement par des raies en travers, qui, à cette place, signifient dispositions à l’enthousiasme pouvant, aller parfois jusqu’à l'exaltation extrême; et puis, à partir de cette phalange, des lignes régulières agréabh's
ù voir, et, semblables à un habile travail de burin, descendent le long des doigts et viennent rayer la main tout entière, en indiquant une impressionnabilité, une susceptibilité nerveuse qui, seules, font le grand compositeur; car de tous les arts, et nous savons par expérience que l’art de la peinture produit des effets pareils, celui de la musique est évidemment le plus sujet aux inspirations, ou, si l’on veut, aux agacements sublimes qui peuvent et doivent parfois aller jusqu’au délire.
Le mont de Y^énus, très-dé veloppé, sillonné ou agréablement guilloché, indique une nature ardente et portée à aimer, et la ligne de cœur, couverte de lignes entrecroisées occupant la main tout entière, annonce une richesse inépuisable d’affections. La ligne de tête, trèslongue, marque d’une haute intelligence, est entrecoupée, surchargée de traits, et annonce en même temps la puissance et le déréglement des idées d’un artiste véritable. Elle descend vers le mont de la Imne, indtable aussi et puissamment rayé, et sa pression magnétique en fait émaner des rêves que la belle imagination de l’artiste halulle d’harmonieux et splendides accords.
11 est impossible de trouver une main plus aimante, plus sensitive et plus sympathique.
Et c’est là, sans .doute, la cause de l’expression douce, profonde et mélancolique que sa musique produit sur les organisations délicates, nerveuses et disposées à se recueillir en silence quand elles entendent la voix du vé ritable poète, de celui qui parle au cœur.
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Les planètes les plus favorables au talent de l’artiste dramatique sont, à coup sûr, Mercure, Vénus et Mars.
Mercure, c’est l’adresse, l’intelligence, la conception rapide, l’intuition, l’esprit, et l’esprit de saillie, la physionomie expressive; c’est aussi le geste facile et la souplesse.
Vénus, c’est la tendresse, la grâce, l’élan sympathique; c’est ce qu’on appelle l’âme! C’est souvent aussi le comique mordant, la moquerie fine, le débit gai, l’imitation.
Mars, c’est l’audace, l’entrain, l’énergie, le mouvement, , l’enthousiasme; c’est ce qui, dans la langue triviale des coulisses, s’appelle du chien!
Saturne, triste, donne aux comédiens le détail, la recherche, les intentions calculées, les effets préparés â l’avance. Les comiques sont parfois sous l’intluence de Vénus, mais le plus souvent sous. celle de Saturne. Les comiques les plus forts sont sous rinfluence de Saturne et de Mercure.
La Lune donne l’irritabilité qui, au théâtre, devient, selon les occasions, ou sensibilité nerveuse, ou caprice; ce que les Anglais appellent • •
Jupiter donne la confiance en soi, l’expansion, la ga.ieté, la rondeur.
Le Soleil donne l’effet juste, la vérité.
Frédérick Lemaître est sous l’induence immédiate de
Jupiter, de Mercure, de Mars et du Soleil ; il rossent plus secondairement celles de la Lune et de Venus, sous le côté matériel.
Jupiter lui donne le goût de la bonne chère, de la dépense; c’est de Jupiter qu’il tient sa taille élégante, la couleur de ses yeux, les fossettes de son menton, son nez droit, son teint, qui serait blanc et frais s’il n’était rougi par les influences de Mars, dont il a reçu la poitrine large, les épaules fortes et l'allure décidée. Mercure lui donne la souplesse, l’agilité, l’élégance des formes.
Le Soleil donne ou donnait aux traits peut-être irréguliers de sa figure un bel aspect à distance.
Quant aux qualités morales dues à l’influence de ses planètes, le lecteur pourra en faire lui-même l’application en s’aidant de ce que nous venons de dire à ce sujet.
M. Frédérick Lemaître est évidemment un des plus grands artistes de notre époque. 11 ne relève que de lui, ce qui est déjà un immense mérite. 11 est arrivé comme novateur; aussi n’a-t-il pas été accepté par tous. Pour les uns, il est capricieux, irrégulier, fantasque; pour d’autres, il est trivial. 11 est tout cela quand la situation l’exige. En résumé, celui-ci lui refuse une qualité, celuilà une autre; mais personne ne conteste son talent immense. C’est l’homme de Shakspeare. 11 eût compris et créé avec une égale supériorité : Romeo, le Roi Léar, Richard III, Falslaff ou Caliban.
C’est un créateur, un novateur sans aucun doute.
Mais alors ses doigts sont pointus?
Ses doigts sont carrés; aussi il aime et il cherche le
vrai, la nature ; son penchant l’entraîne d’abord vers le convenu, le classique, mais à la condition que le classique et le convenu seront basés sur la vérité, ce qui n’arrive pas toujours.
Et Yoyez comme il étudie avec conscience, comme il cherche, comme il trouve à chaque création des intentions ignorées, même de l’auteur, et cela non pas en marchant pas à pas sur les traces incrustées par la tradition, mais en obéissant aux appels de son intelligence et de sa raison; et si la situation l’entraîne dans le 'désordre, dans l’enthousiasme, dans la colère aveugle, trépignante, désordonnée, accompagnée de cris furieux, il peut aller jusqu’à la véhémence extrême, énergique, trop énergique peut-être au gré de certaines organisations débiles et froides; mais il reste toujours dans sa gamme ardente et n’en blesse jamais l’harmonie.
11 n’y a qu’une nature pour les peintres, mais il y a cent manières de l’interpréter.
Chacun l’enrichit de son sentiment, chacun la voit avec ses yeux soit de coloriste, soit d’harmoniste, soit en froid, soit en chaud, soit en la rendant par les masses, soit en la cherchant dans les détails.
Piaphaël, Titien, Rubens, Rembrandt ou Salvator Rosa sont tous esclaves de la nature. Ils ont chacun leur manière de voir, parce qu’il ne peut pas y avoir do règle absolue, de iradition dans les arts.
I‘'rédérick est un grand coloriste. 11 est studieux, sincère.
Mais la vérité qu’il cherche, comment l’apcrçoit-il?
Scs doigts sont lisses, donc il ne commente pas, ne calcule pas; il éprouve, il devine, il pressent, il juge par impression, et en cela rien ne le gêne, pas même l’ordre et le calcul. L’impression lui arrive comme l’éclair, déjà commentée, déjà réfléchie. Tout part en même temps, comme la capsule et la poudre qu’elle enflamme.
Le dessin de ses doigts très- li,sses indique une sensibilité exquise; on dirait un contour tracé par Piaphaël.
Bien des mains paraissent semblables de forme au premier coup d’œil, seulement les unes dorment et les autres parlent. Où la différence gît-elle? dans un je ne sais quoi indéfinissable par le fait, mais qui s’éprouve, et que l’élégance ou la lourdeur de la forme, et, par suite, du geste, viennent toujours expliquer.
Il y aurait un gros volume à faire sur l’intelligence du geste, qui vient du cerveau et non pas du Conservatoire. Ce bazar de la tradition, en dotant les imbéciles de poses et de ronds de bras prétentieux, semble prendre à cœur d’afficher leur sottise. 11 les rend insupportables là ofi ils ne seraient que bêtes , et, par cela même, quelquefois intéressants s’ils l’étaient en toute naïveté.
ho geste de Frédérick Lemaître est souvent gracieux, toujours juste; il dit ce qu’il doit dire, et rien de plus.
Sa main est belle, parce que ses tendances sensuelles ou voluptueuses élargissent élégamment ses doigts à leur base. Le goût des plaisirs matériels rayonne, et embellit la régularité. La première phalange du pouce, courte, ajoute encore à son impressionnabilité en le livrant à des alternatives de joie, de découragement et d’abattement