‹ Les mystères de la mainChapitre 27 sur 203 · VIRGILE KABBALISTE · texte numérisé non relu

VIRGILE KABBALISTE

Virgile, dans le sixième livre de VÉnéide, donne clairement une définition de la lumière astrale, et nous ne pouvons résister au plaisir de citer ces vers sublimes : Énée, aux enfers, interroge son père Anchise :

« O pater, anne alignas ad cœlmn hiiic ire putandum est Sublimes animas, iterumque in tarda reverti Gorpora? Quælucis miseiis tam dira cupide? »

« Dicam equidem, nec te suspensum, nate, tenebo. » Suscipit Ancbises, atque ordine singula pandit.

«Principio cœlum ac terras, camposque liquentes, Lucentemqne globum Lunæ, Titaniaque astra Spiritus intas alit, totam que infusa per artus Mens agitat molem, et magne se cerpere miscet.

Inde hominum pecudumque genus, vitæque velantnm.

Et quæ marmereo fert menstra sub æquere pentus.

Igneus est ellis viger et cœlestis érigé Seminibus, quantum nen noxia cerpora tardant ïerrenique liebetant artus meribundaque mernbra. »

Voici la traduction de Delille :

1(0 mon père, est il vrai que dans des corps nouveaux,

De sa prison grossière une fois dégagée,

L’àme, ce feu si pur, veuille être replongée?

Ne lui souvient-il plus de ses longues douleurs!

Tout le Léthé peut-il suffire à ses malheurs?»

« Mon fils, dit le vieillard, dans leur source profoifdo Puisque tu veux sonder ces grands secrets du monde. Ecoute-moi. D'abord une source de feux.

Comme un ficuve éternel répandue en tous lieux,

De sa flamme invisible échauffant la matière.

Jadis versa la vie à la nature entière,

Alluma le soleil et les astres divers.

Descendit sous les eaux et nagea dans les airs.

Cdiacun de cette flamme obtient une étincelle.

Cest cet esprit divin, cette âme urdverselle /

Q\xi, d'un souffle de vie animant tous les corps,

De ce vaste univers fait mouvoir les ressorts;

Qui remplit, qid nourrit de sa flamme féconde Tout ce qui vit dans l’air, sur la terre et soies l’oncle.

De la divinité ce rayon précieux.

En sortant de sa source, est pur comme les deux ! »

Nous regardons comme un devoir de continuer cette citation, qui de la définition de la lumière astrale nous conduit à la transmission des âmes :

« Hinc metuuntcupiuntque, dolent gaudentque ; neque auras Dispiciunt, clausæ tenebris et carcere cæco.

Quin et, supremo qunm lumine vita reliquit,

Non tamen omne nialum miseris, nec'funditus omnes Corporeæ cxcedunt pestes ; penitusque nccesse est Multa diu concreta modis inolescere miris.

Ergo exercentur pœnis, veterumque malorum Supplicia expendunt : aliæ panduntur inanes Suspensæ ad ventes; aliis sub gurgite vasto Infectum eluitur sceliis, aut exuritur igni :

Quisque suos patimur Mânes. Exinde per amplura Mittimur Elysinm, et panci læta arva tenemus ;

Donec longa dies, perfecto temporis orbe,

Concretam exemit lahem, pnrumque reliquit Æthereum sensnm, atqno aurai simplicis ignem. lias omnes, nbi mille rotam volvere per au nos,

Lethæum ad fluvium Deus cvocat agmine magno,

Scilicet immemores supera ut convexa révisant,.

Rursus et incipiant in corpora velle reverti. »

« Mais, s’il vient habiter dans des corps périssables.

Alors, dénaturant ses traits méconnaissables.

Le terrestre séjour le tient emprisonné ;

Alors des passions le souffle empoisonné Corrompt sa pure essence; alors l’àme flétrie Atteste son exil et dément sa patrie!

Même quand cet esprit, captif, dégénéré,

A quitté sa prison, du vice invétéré

Un reste impur le suit sur son nouveau théâtre;

Longtemps il en retient l’empreinte opiniâtre;

Et, de son corps souffrant éprouvant la langueur. Est lent à recouvrer sa céleste vigueur.

De ces âmes alors commencent les tortures :

Les unes dans les eaux vont laver leurs souillures. Les autres s’épurer dans des brasiers ardents,

Et d’autres dans les airs sont les jouets des vents ; Enfin chacun revient, sans remords et sans vices. De ces boi§ innocents savourer les délices.

Mais cet heureux séjour a peu de citoyens !

Il faut, pour être admis aux champs élysiens, Qu’achevant mille fois sa brillante carrière.

Le soleil à leurs yeux ouvre enfin la barrière.

Ce grand cercle achevé, l’épreuve cesse alors.

L’âge ayant effacé tous les vices du corps.

Et du rayon divin purifié les flammes.

Un Dieu vers le Léthé conduit toutes ces âmes;

Elles boivent son onde, et l’oubli de leurs maux Les engage à rentrer dans des liens- nouveaux. »

Virgile , dans un autre passage, au livre iv des Géorgiqiies, va plus loin encore : émerveillé de l’admirable instinct des abeilles, il en vient jusqu’à supposer qu’elles ont reçu une parcelle de l’esprit divin.

Dis quidam signis, atquo hæc exeinpla secuti,

Esseapibus partem divinæ mentis et haustus Ætliereos dixere : Deum namque ire per omucs Terrasque, tractusque maris, cœlumquo profundum;

Hiiic pecudes, armenta, viros, genus omne ferarum, Qaemque sibi tenues nascentem arcessere vitas : Scilicet liuc reddi deinde ac resoluta referri Omni a; nec moiti esse locum; sed viva volare Sideris in numenim, atque alto succedere cœlo.

Frappés de ces grands traits, des sages ont pense Qu’un céleste rayon dans leur sein fut versé.

Dieu remplit, disent-ils, le ciel, la terre, et Fonde; Dieu circule partout, et son âme féconde A tous les animaux prête un souffle léger :

Aucun ne doit périr, mais tous doivent changer ;

Et, retournant aux cieux en globe de lumière,

Vont rejoindre leur être à la masse première

Nous ferons remarquer que Virgile a parfaitement expliqué la différence entre le corps sidéral, qui communique avec la lumière astrale et fait Finstinct des animaux, et le mens, qui est réellement une étincelle divine.

Les âmes, animées par le mens, arrivent aux champs Élysées, lorsqu’elles ont été faibles, après mille ans d’épreuves , tandis que le corps sidéral des animaux retourne à la lumière astrale d’où il est parti , pour concourir à de nouvelles créations qu’un mens habitera peut-être un jour.

La magie rend aux poètes le monde fantastique, dépeuplé par les penseurs. Les driades se sont enfuies avec les oréades, les tritons et les silvains; mais les sylphes soupirent encore dans la brise, les ondins pleurent avec la cascade et se lamentent dans la grande voix de la mer; les salamandres grimacent et pétillent dans l’âtre, et les gnomes,

Ccicliés dans les cavernes, tressaillent encore aux pas du voyageur. Parfois ils chantent leurs tristes ballades pour tromper un instant les ennuis de leur mille années d’exil. Toutefois, les kabbalistes, en disant que lorsqu’on aime une femme élémentaire, soit gnome, ondine, sylphide ou salamandre, on l’immortalise ou l’on meurt avec elle, ont parlé d’une manière symbolique : ils ont voulu dire que les passions tuent notre âme ou l’ennoblissent, et conséquemment l’immortalisent, selon qu’on les fait servir au mal ou au bien. La magicienne Circé, qui change ses amants en pourceaux, c’est la courtisane. La femme qui aime, enthousiasme, épure, ennoblit par son amour. Les âmes se cherchent pour s’éthérer ; car, selon Swedenborg, toute âme est faite pour s’unir à une

autre âme, et les mariages parfaits s’accomplissent dans

le ciel. Ln couple humain réuni pour l’éternité est un seul et même ange.

Pythagore, Platon, Leucippe, Épicure, Pline, IMacrobe, tous les initiés de l’antiquité, ont considéré le fluide universel comme l’âme répandue dans le monde entier, animant tous les êtres et les liant tous ensemble par une chaîne invisible.

Si l’on en croit Porphyre, l’oracle de Delphes répondit â des gens qui lui demandaient ce que c’était que Dieu :

« Dieu est la source do la vie , le principe de toutes choses, le conservateur de tous les êtres. Il y a en lui une immense pi'ofondeur de flamme. Celle jlamme produit tout. Le cœur ne doit pas craindiœ d’être touché par ce feu si doux, dont la chaleur paisible fait la durée

et l’harmonie du monde. Tout est plein de Dieu ; il est partout. Personne ne l’a engendré. Il sait tout. »

Pour les adeptes des temps antiques, Dieu était l’assemblage de tous les êtres.

« Jupiter est quodcumque vides, quodcumque movetur « (Jupiter est tout ce que tu vois, tout ce qui semeut). »

Le nom de Jehova, adoré chez les Hébreux, a une signification pareille :

mn’’

Ce nom , qui se lit en allant de droite à gauche , est composé de quatre lettres, qui n’en font que trois dans le fait, puisque l’une d’elles est répétée deux fois. Ces lettres sont r^’orf, hé, vau, hé. OY,jod, c’est le principe actif, le flialLus; hé c’est le principe passif, féminin par conséquent {le cteis); vau c’est le lingham ou l’union du phallus du cteis, et le hé répété c’est le fruit mûr qui s’ouvre pour jeter sagraine, c’est : la naissance, la création.

Le nom du dieu des Hébreux signifie la création universelle, l’âme, ia vie de la nature, c’est-à-dire le même pouvoir qu’adoraient Aristote , ' Platon , Virgile. Notre siècle positif et dissolu comprendra-t-il la sublimité de ces images?

Les anciens kabbalistes allaient plus loin; prêts à tout poétiser et à prêter une vie humaine à la nature entière, ils supposaient que la terre et le ciel s’aimaient d’un mutuel amour.

« Le ciel ', dit Plutarque, parut aux hommes faire les

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