LES
aspirations
Lorsque par les belles nuits d’été nous contemplons les espaces immenses du ciel tout parsemé d’étoiles nous éprouvons comme un vague désir, comme une inquiétude secrète. Une joie intime nous ravit, mais elle est toujours mêlée d’un désir ardent qui tourmente.
C’est comme un concert de voix qui nous appellent, comme d’invisibles bras qui nous attirent.
C’est qu’alors l’âme, étincelle divine, n’étant plus distraite par les bruits de la terre, veut remonter au ciel; c’est que, comme l’aigle captif qui respire la brise embaumée des montagnes, elle étend ses ailes, et s’agite pour quitter sa prison. Et alors elle pleure en appelant la patrie. Et ces aspirations sublimes sont la sagesse et la vérité, car la patrie de l’ame est le ciel.
Point misérable dans la création, la terre roule humblement au milieu de mondes innombrables qui l’écrasent de leur immensité. Elle semble un obscur courtisan perdu
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dans la foule brillante qui remplit le palais de Dieu.
Et ces inondes géants l’entraîneraient dans leurs tourbillons si l’attraction n’était pas sagement balancée. C'est parles lois sympathiques de cette attraction qu’elle parle et communique avec l’univers. C’est aussi par ces lois sympathiques qu’elle parle et communique avec les hommes ses enfants. L’homme tient aux astres par la chaîne de l’universelle harmonie.
Aussi voudrait-on en vain le nier, l’état du ciel h la naissance d’un enfant impressionne ses organes encore inactifs et disposés l'i recevoir toute action puissante. Le reflet magnétique du firmament peut, comme les fées de nos contes, douer le nouveau-né d’instincts généreux ou l’entourer de tendances funestes selon les influences de 1 astre sur lequel gravite en ce moment tout Eengrenage des mondes.
Modifiées par les penchants héréditaires, et pour consacrer dès le principe l’alliance de l’esprit et de la matière, de la terre et du ciel, ces influences le pétrissent, le façonnent dans son berceau , et impriment leurs
stigmates sur son front, sur son visage et dans ses mains.
Ecoutez ce qu’en dit la Bible, écoutez les paroles du grand prophète.
On lit dans le livre de Job, cap. 37, verset 7 :
« In manu omnium Deus signa posuit, ut noverint sin- « guli opéra sua '. »
E Lien mit des signes dans les mains des hommes, afin que tous pussent conuaitre ses œuvres.
Et Moïse a dit :
« La loi du Seigneur sera écrite sur ton front et dans ta main. »
Ainsi, celui qui cherche à expliquer ces signes fait une chose sainte.
S’occuper de pénétrer ces étonnants mystères, c’est causer avec Dieu.
L’être s’avance dans la vie, prêt à souffrir s’il est bon; s’il est méchant, prêt à déchirer, prêt à nuire.
Là commence la lutte, et, pour trouver la sagesse, le bon et le méchant ont les mêmes guides : l’expérience et la douleur.
Tous deux , pour arriver au bien , doivent résister à l’attrait céleste qui les enchaîne à leur naissance, et les entraîne également à leur perte par leurs qualités et par leurs défauts ; car cet attrait c’est la fatalité.
Toutefois, l’homme a pour la combattre le libre arbitre, la volonté !
L’homme sage saura dominer l’influence des astres.
« Homo sapiens dominabitur astris, » a dit Aristote.
Mais l’homme intelligent seul connaît sa force et peut s’en servir. La foule laisse aller la vie sans savoir où sont ses armes et quçl est l’ennemi qu’il faut vaincre et enchaîner.
Eh bien , nous venons dire à chacun :
Vos armes, les voici,
Et voilà rennemi.
Mais il nous faut, et le but vers lequel nous marchons l’exige, entraîner nos lecteurs sur le terrain de la magie ou , pour mieux dire, de la sainte Kabbale, comme la nommaient les anciens mages. Nous espérons qu’ils nous y suivront avec paisir, car la Kabbale n’a rien de commun avec les élucubrations folles que l’on appelle la TïiGgic iioii'6 > c’est , au contraire , la quintessence de la raison et de la morale; c’est la science traditionnelle des secrets de la nature, qui, de siècle en siècle, arrive jusqu’à nous comme le dot poussé par le dot vient toucher le rivage ; mais elle a été transmise d’une manière obscure, puisqu’elle était réservée aux adeptes et ne devait pas être connue de tous.
La révélation était jadis punie de mort. Le symbole indien d’Adda-Nari , emprunté au livre de M. Constant, intitulé: Dogme et rituel de Ici haute magic, nous expliquei'a pourquoi les anciens mages recommandaient le silence.
Cette figure représente Tlsis des indiens, ou la nature. Sur son front est le signe du lingliain, ou de la gênération universelle.
A droite, un tigre est couché à ses pieds : c’est l’homme méchant et ignorant; à gauche, est aussi accroupi un bœuf muselé : c’est le bon, c’est le néophyte.
Isis se tient debout entre le méchant et le bon, entré la révolte et l’obéissance.
Elle a quatre bras, qui représentent les quatre éléments, dont chaque main porte les attributs.
Le feu est représenté par un glaive ;
L’air, par un anneau ou carcan ;
La terre , par une branche d’arbre fleurie faisant sceptre ;
L’eau, par un vase.
Une source de lait part de la tête d’Isis , passe devant les yeux du bœuf muselé, tombe à ses pieds, et roule ainsi jusque sous les pieds du tigre, qui ne la voit pas.
Le lait de la science ne coule pas pour le méchant. S’il veut le boire, il faut qu’il se baisse, il faut qu’il le voie; et pour le voir il lui faut le chercher.
Les deux bras d’Isis, du côté du tigre, tiennent, l’un l’épée et le feu, l’autre l’air et le carcan. L’air, c’est la tempête.
Le méchant doit être maintenu par le feu, par le fer ;
méchant doit porter un carcan ; les tempêtes sont amassées sur sa tête.
La nature est voilée du côté du méchant.
Le méchant ne doit rien savoir : pas de pitié pour lui.
La nature porte un collier. Du côté du bœuf muselé,
le collier est composé de tête humaines ; c’est l’intelligence qui s’unit à l’intelligence, et forme une chaîne divine ; du côtédu méchant, le collier se change en chaînes de fer.
Des chaînes au méchant, la prison, l’esclavage; car le méchant est un tigre, il est armé, il est fort, il aime le sang et le carnage, et le bœuf, dou.x et utile, doit être protégé contre lui.
Le tigre regarde de côté les instruments de rigueur suspendus sur sa tête, et il reste immobile, farouche et inquiet.
Du coté du hœmf muselé, la nature est sans voile: pour lui elle n’a pas de mystères, pour lui les deux bras d’isis tiennent, l’im la branche fleurie : c’est l’abondance, c’est l’intelligence qui ouvre son bouton, c’est la palme, le sceptre, la récompense; l’autre, la coupe, qu’elle approche de la source de lait pour désaltérer le bœuf, pour le nourrir.
Un serpent, dont la tête est du côté du bon, roule autour du cou d’isis : c’est la source de vie, l’électricité, le magnétisme, la lumière, le grand agent magique.
Elle a trois colliers formant triangle : ce sont les trois mondes.
Du côté du tigre elle a neuf bracelets : c’est le nombre du mystère. Du côté du bœuf, elle en a cinq, c’est le nombre de l’intelligence.
Deux serpents qui se regardent sont roulés autour du bras qni tient la branche fleurie : c’est le symbole de l’équilibre de la lumière astrale, secret de la vie.
Elle a tout donné au bon ; elle lui donne môme la peau <lu méchant, qu’elle porte à sa ceinture du coté du bon.
Et toute la morale de cette figure se trouve résumée par un seul signe.
La main d’Isis qui tient la l^ranche fleurie fait le signe de l’ésotérisme, qui recommande le silence.
Ésotérisme, c’est ce que l’on doit cacher.
Eœotérisme, c’est ce qu’il est permis de dire.
Elle tient ouverts les trois premiers doigts, qui signifient, en chiromancie, la force, le pouvoir et la fatalité.
Et elle cache l’annulaire et l’auriculaire, qui représentent la science et la lumière. '
C’est dire aux bons et aux adeptes : Réunissez-vous, vous aurez la force, le pouvoir, et vous dirigerez la fatalité, dont vous ferez au besoin la rigueur; mais cachez au commun des hommes , aux méchants et aux inintelii- ■gents la lumière et la science. Nous retrouverons tout à l’heure ces distinctions plus clairement posées et expliquées, ou, si l’on veut, excusées par le système de l’ops et del’inops des mystères orphiques.
Les symboles de ce genre reviennent à chaque instant.
Ainsi , le même sens allégorique se représente dans la septième carte du Taro, premier livre connu, écrit en hiéroglyphes, et attribué à Ilénoch ou à Hermès, c’est-à-dire remontant aux premiers âges du monde.
La devise des anciens mages était :
« Savoir, oser, vouloir, se taire ! »
Ils n’admettaient dans leurs sociétés que ceux dont ils avaient reconnu l’intelligence, et qui avaient prouvé leur
courage et leur inébranlable fermeté en surmontant les terribles épreuves qui précédaient l’initiation.
Hâtons-nous de le dire, les anciens kabbalistes n’avaient pas pour but la domination , puisque les mystères basés sur la raison n’enseignaient que le désintéressement, l’abandon des biens du monde , l’amour de la science , en un mot la vertu ; mais , se sentant supérieurs et reconnaissant la faiblesse humaine, ils croyaient, nous le verrons bientôt, obéir à une loi divine et faire le bonheur des hommes, en les conduisant selon leurs instincts, avec l’indulgence ou la rigueur, et surtout en refusant aux méchants et aux esprits faux la lumière, qui, possédée par eux, devient erreur.
Nous n’examinerons pas ici s’ils avaient raison ou tort; mais nous croyons que le christianisme , en rendant aux hommes une égalité par le fait impossible, établissait des démarcations bien plus justes, des classes bien plus distinctes, en laissant chacun prendre sa place par son mérite, sans employer les épreuves de l’initiation.
Donnez aux hommes la science et la vérité, les élus en profiteront seuls et en feront une force, les autres fermeront les yeux pour ne pas les voir.
N’en avons-nous pas l’exemple dans nos collèges, dans nos écoles publiques? La leçon est la même pour tous, il n’y en a qu’un petit nombre qui en profite ; pour les autres, elle est perdue et le sera toujours.
On obéira bien plus à la volonté divine en donnant la science à tous, et Dieu nous l’enseigne par analogie, en répandant également sur les bons et sur les méchants,
sur les inintelligents et sur les forts , la lumière de son beau soleil.
Notre conviction, à nous, est que la science ne saurait être trop répandue, et que Ton ne saurait jamais la présenter d’une manière assez claire. Nous chercherons donc surtout à nous faire comprendre.
SANCTA KABBALA
L’origine de la kabbale se perd dans la nuit des temps. Est-elle venue de l’inde? est-elle venue de l’Égypte? On l’ignore; mais il est certain' que les Égyptiens et les Indiens la connaissaient. Pytbagore en rapport;^, les notions en Grèce, au retour de ses voyages en Orient, alors pays de la lumière.
On se demande en vain si la première révélation fut divine ou si elle fut le fruit de l’inspiration.
Dans le premier âge tous les peuples furent pasteurs, et, parmi ces pasteurs, naquirent comme toujours des hommes supérieurs tourmentés par leur génie. Leur imagination, épurée par la solitude, exaltée par le silence et la fraîcheur des nuits, après la dévorante chaleur du jour, cherchait dans le spectacle des deux, toujours purs et toujours brillants d’étoiles, une pâture à la mélancolie poétique de leur nature contemplative. Ils eurent des constellations bien-aimées qu’ils suivaient plus volontiers dans leurs cours, et en les voyant briller et dispcraître
comme les deux grands astres, le soleil et la lune, ils comprirent cette magnificence de rouages qui faisait marcher tous les mondes d’un mouvement uniforme et régulier. L’ordre parfait, toujours résultat et témoignage d’une puissance, les conduisit à chercher les causes par l’étude des effets. Leur esprit, charmé par ce travail nonchalant, s’élança à la poursuite de ces horizons, qui fuient à mesure que l’on s’avance, tout en étalant dans leur fuite des richesses inépuisables et toujours nouvelles aux yeux du voyageur.
Plus purs, plus primitifs, plus impressionnables que nous, ils ressentirent l’influence nerveuse des astres et en étudièrent le mystère ; par leurs aspirations ardentes, ils acquirent une certaine puissance qui doubla leurs forces en leur donnant la conviction : le pouvoir magnétique de l’homme leur fut révélé. Dès lors prenant pour guide, comme tous les rêveurs sublimes, l’analogie entre les choses visibles et invisibles, ils devinèrent un monde supérieur, tandis que la germination, les tremblements de terre et les éruptions volcaniques leur révélaient une sève inférieure, une vie ténébreuse, un mystérieux travail.
Ainsi, d’une part la voûte étoilée des deux charmait leurs yeux et les attirait, et, de l’autre, ces grondements souterrains, ces excavations ténébreuses parlaient aux imaginations moins pures et disposées à la tristesse, et leur inspirait une vague impression de terreur.
La terre engloutissait les dépouilles des morts; mais en voyant la graine qu’ils semaient sortir verdoyante et parfumée, et se parer des plus belles couleurs, ils en
conclurent que le cadavre inerte enfoui sous les gazons devait, en rendant la matière aux atomes, exhaler son âme immortelle, comme la fleur ^sortie de la terre exhale, lorsque la nuit arrive, ses senteurs vers le ciel.
A partir de là, ils comprirent les mystères du monde magique et devinèrent trois mondes liés ensemble par une chaîne unique placée dans la main d’un seul Dieu.
L’oracle d’Apollon admet un Dieu incréé, né de luimême, lequel habite au sein du feu Ether, Dieu placé à la tête de toute hiérarchie.
Dans les mystères de la religion des Grecs, le prêtre, adressant la parole à l’initié, lui disait :
Admire le Maître de l’univers; il est un, il existe partout.
600 ans avant Jésus-Christ, Pythagore, avec l’initiation aux mystères antiques, avait reçu des prêtres égyptiens l’idée d’un Dieu tout puissant. Un fragment des œuvres d’un de ses disciples, Ocellus de Lucanie, en donne la preuve. Ce fragment conservé par Stobée, dit : L’harmonie conserve le monde et Dieu est l’auteur de cette harmonie. Suivant plus tard les préceptes de Pythagore , Platon a dit : Le Dieu que je vous annonce est un Dieu unique, immuable, infini'. Antisthène a dit: Plusieurs divinités sont adorées parmi les nations; mais la nature n’en , indique qu’une seules Anaxagore a dit : C’est le Dieu unique qui a ordonné la matière et produit