MAIN DE M. D’ARPENTIGNY
Nous donnons ici la description de la main de M. d’Arpentigny, faite au moyen de son système. Nous expliquerons ses goûts et ses aptitudes en appliquant à l’inventeur les préceptes de sa méthode.
Nous aurions pu aller beaucoup plus loin en consultant la chiromancie, mais chaque chose doit venir à sa place.
A la suite de notre article sur la chiromancie, nous donnerons de même la description de la main de M. Constant (Eliphas Lévi) en employant aloi’s les deux systèmes.
La main de M. d’Arpentigny se fait surtout remarquer par sa beauté peu commune : ses doigts longs et très-pointus lui donnent une élégance extx»ême, et, grâce à la logique (seconde phalange du pouce) et au nœud philosophique (la causalité) ils lui procurent les qualités utiles de leur race. Nous n’avons pas besoin de parler des inspirations du professeur, la découverte de son système en donne la preuve. Attiré par ses doigts pointus vers l’amour de la forme, il nourrit le culte du beau dans l’art, la poésie, les œuvres d’imagination; son goût est fin, délicat, mais entraîné par son attrait pour ce qui flatte l’œil et l’oreille, il en arrive parfois à la recherche. Bien qu’il soit retenu sans cesse par sa grande logique qui lui donne aussi l’estime de la vérité et de la simplicité, la nature des doigts pointus reprend de temps en temps le dessus. Il parle bien, il écrit d’une manière charmante et spirituelle, son style ne reste jamais terre à teiie, et s’élève même parfois à des inspirations brillantes, mais qui ne sont plus en rapport avec le siècle, tristement matériel où nous vivons.
11 fait peu de cas de sa noblesse, il est simple ; et cependant il recherche la haute société, dont il a les belles manières. Toute sa personne rayonne d’aristocratie native, et il a en horreur les gens vulgaires. Sa conversation est charmante, toujours très-instructive, et pailletée, par intervalles, de mots brillants, mais sans prétention.
Les doigts pointus le porteraient vers la religion, mais le nœud philosophique le rend essentiellement douteur ;
il a des aspirations qu’il combat sans cesse et quelquefois même avec amertume; on dirait qu’il se reproche des élans secrets, dont il ne veut pas se rendre compte.
Avec les doigts pointus seulement, il eût eu des inspirations de son système, mais vagues, fugitives, et ne l’eût certainement pas appliqué; le nœud philosophique, qui donne la recherche des causes, lui a expliqué ce que lui murmurait son imagination, et la logique est venue l’encourager et faire ses convictions profondes.
Malgré ses doigts pointus, sa modestie est charmante, et il s’étonne presque lorsqu’on lui dit qu’il a trouvé une grande chose.
Mais le nœud philosophique, très-utile sans doute, a aussi de graves inconvénients. 11 rend, on le sait, indépendant, et l’amour de l’indépendance qu’il inspire, assez mal apprécié dans la carrière militaire, l’empêcha de s’élever jusqu’au grade où l’appelait son intelligence supérieure.
Ses doigts rendus lisses par l’absence du nœud d’ordre matériel, en lui donnant largement toutes les qualités de l’artiste, n’ont pu naturellement lui conseiller le rangement et l’économie dont ils ont horreur. Mais en s’élargissant par la base, ils lui ont apporté le goût des plai- • sirs sensuels, et lui ont fait la vie aussi supportable que possible, en l’engageant à se baisser pour ramasser u,ne à une, et sans choix trop sévère, toutes les fleurs qui se trouvent sur le chemin de la vie.
Les mains molles ont ajouté à ses goûts sensuels l’attrait de la paresse intelligente.
M. d’Arpentigny est paresseux avec délices, et de là peut-être cette indifférence pour les succès dans le monde, pour la grande réputation qui aurait dû lui revenir ; de là ce dégoût pour ces démarches, pour ces controverses, pour ces luttes académiques réservées à Hout inventeur.
Son chemin était tracé en plein soleil, il a préféré marcher à l’ombre ; et, sans sa première phalange du pouce assez large qui lui donne un certain entêtement, peut-être eût-il laissé là son système, autant par horreur du tracas et des intrigues que par mépris de l’humanité.
M. d’Arpentigny avait donc tout ce qui fait l’inventeur: les doigts pointus qui reçoivent les inspirations célestes, la causalité, la grande douteuse qui les discute et les examine, et la logique qui les adopte enfin, en jugeant froidement ce qu’il y a de vrai dans les élans des doigts pointus et dans les doutes de la causalité. Ses doigts longs, par la minutie qu’ils donnent, ont servi à ses études, en lui faisant suivre son système avec soin, et jusque dans les plus petits détails.
Mais ce qui est une qualité pour trouver un système peut devenir un défaut pour l’exposer et le faire comprendre. M. d’Arpentigny manquant de l’ordre de classe-ment des doigts carrés et aussi de l’ordre matériel placé à la seconde phalange des doigts, s’est laissé aller aux charmes de la description., aux charmes des citations, aux charmes de la science. Entraîné par son esprit philosophique, il a trouvé à chaque pas des sujets de réflexions
admirables, intéressantes à un haut degré pour le lecteur, et peut-être aussi pour lui-même, car il perd souvent de vue son point de départ auquel il ne revient qu’à regret comme à une chose trop positive, pour se livrer de nouveau à toutes les fantaisies de sa belle imagination. Son pouce pointu aussi, forme assez rare, et qui augmente encore la puissance de ses intuitions, est assez long pour lui donner une certaine force de résistance, mais pas assez pour le faire triompher de l’indifférence philosophique, par laquelle il se laisse dominer trôs-volontiei-s. Cela seul empêcha notre inventeur de se faire chef de secte ; il s’est fait de sa science une bague scintillante, mais il n’a jamais pensé à s’en faire une couronne. Avec une logique qui l’emporte de beaucoup sur les tendances de la volonté^ avec un nœud philosophique qui dépouille de leur riche manteau brodé toutes les grandeurs du monde, il en est venu tout naturellement à reconnaître que la science est trop noble, trop grande et trop hère pour la mettre au service de l’ambition.
11 n’en arrivera que plus estimable à la postérité.
Selon nous, et nous croyons en cela être dans le vrai, les signes de la chirognomonie, c’est-à-dire la forme des mains, sont transmis par l’hérédité, tandis que ceux de la chiromancie viennent des influences militantes des astres et du cerveau; et c’est pour cela que ces deux
sciences ne peuvent être séparées, et s’expliquent, ou plutôt se complètent l’une par l’autre.
Nous cherchons partout des appuis et des preuves, et nous les prenons surtout chez les gens forts. Qu’on nous permette donc de citer encore ici un passage de la Chimie nouvelle, par M. Lucas.
En lumière, tout est analogie, puisque la lumière est
l’électricité.
M. Lucas, recherchant la raison qui fait que la lumière se décompose en passant à travers un prisme en sept couleurs connues, rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet, dit en se servant d’une comparaison vulgaire dans le chapitre Angulaison ' :
« Sept voyageurs se présentent au bureau d’un chemin de fer, possédant 10 francs chacun pour toute fortune : supposons que sur la ligne à parcourir, l’unité de distance coûte 1 franc , si le premier voyageur ne va qu’à l’unité de distance, il n’aura que 1 franc à payer, de sorte qu’il lui restera 9 francs; si le second voyageur ne va qu’à deux unités de distance, il lui restera 8 francs, et ainsi de suite. En lin de compte, il arrivera que chaque voyageur demeurera d’autant plus riche qu’il aura moins de chemin à faire sur la ligne du chemin de fer.
« N’est -ce pas ce qui se passe à l’égard du rayon lumineux, auquel on fait traverser un prisme de verre?
« Le rouge représente évidemment la plus grande richesse du mouvement, c’est donc lui qui a passé dans le prisme vers la partie comprise sous la plus petite épais
1 , Chimie nouvelle, page 59.
seur. Pour ne pas rappeler les couleurs intermédiaires, > le violet sera la partie du rayon lumineux qui aura subi la perte la plus considérable. Faut -il s’étonner après cela que le violet soit le représentant du repos , des fixations chimiques, comme le rouge est l’agent le plus actif des mutations et des revirements de mouvement ? »
INe pourrions-nous pas appliquer cette explication h notre système? la lumière et l’électricité sont un seul principe : le son c’est la lumière qui vibre dans l’oreille comme elle vibre aussi dans l’œil; le spectre solaire, septénaire de près devient ternaire à distance comme nous l’avons déjà vu à la page hO de ce livre.
L’électricité en pénétrant dans les doigts par l’aspir, a toute sa force en arrivant au premier nœud des doigts: le monde divin, et répondrait au rouge qui représente la plus grande richesse de mouvement; à la seconde phalange, monde abstractif ou naturel, elle répondrait au jaune; le bleu répondrait au monde matériel.
Cela est au moins probable, puisque tout est analogie dans la nature.
M. Lucas ajoute plus loin :
« Le mouvement, en traversant la substance sous une différentiation de matière résistante , doit éprouver une perte dans sa puissance proportionnelle à la résistance qui lui est opposée. »
Ainsi le fluide doit perdre de la puissance et de la richesse en passant d’un monde à l’autre.
iSS
l’homme , PLANTE PERFECTIONNÉE.
Laissons errer notre fantaisie. On trouve quelquefois la vérité dans les rêves. Nous nous sommes parfois demandé en nous basant sur les lois de l’analogie, si l’iiomme n’est pas une plante perfectionnée. La chimie nous apprend que les pointes attirent l’électricité. Ainsi les plantes boivent la lumière par leurs aspérités, les feuilles par leurs duvets. L’homme offre aussi partout des pointes: les cils, les cheveux, le nez, les mains, les pieds , et en cela il est semblable à la plante. Ne renferme-t-il pas comme elle un principe materiel ou résistant, sujet a s’évaporer sous telle ou telle influence de lumière et destiné à rayonner au dehors? Et la respiration des trois corps n’aurait-elle pas de l’analogie avec l’ox3'’gene, l’hydrogène et l’azote, obéissant ainsi a 1 universelle harmonie du ternaire, loi immuable de la création?
Et maintenant, pourquoi la plante, qui aspire l’ox3^gène dans le jour, exhale-t-elle l’hydrogène pendant la nuit? Aurait-elle, comme l’homme, un temps ‘de sommeil pendant lequel son principe noble, son mens relatif deviendrait inerte. Les plantes qui baissent tristement leur tête pendant l’orage, qui épanouissent leurs feuilles à l’éclat du soleil, les plantes qui, dans les chambres, tournent leurs branches et leurs rameaux vers la lumièie, quils semblent adorer, et qui dépérissent et meurent si on les laisse longtemps privées de l’air extérieur; les plantes qui ont des affections et des antipathies; les plantes mâles et femelles qui se cherchent, s unissent, se fécon-
dent, et quelquefois, comme les figuiers sauvages en Calabre, se réunissent si étroitement ensemble qu’on ne peut les séparer; ne trahiÿsent-elles pas un instinct, une sorte d’intelligence qui les rattache à l’humanité?
N’ont-elles pas aussi un corps sidéral et un corps matériel, puisqu’elles portent comme nous la signature des astres? Le corps sidéral est le lien qui réunit toute la nature, et l’homme tient surtout à la nature par son corps sidéral.
Dans la nature, le soleil qui, en tournant sur les prairies, embaume l’atmosphère de salutaires parfums, fait élever des marais bourbeux des vapeurs pestilentielles ; et cependant c’qst toujours le même soleil. La lumière est toujours aussi belle, aussi pure, mais là elle apporte la santé et ici elle cause la fièvre.
Selon nous, il en est de même du corps humain.
La même lumière, en pénétrant dans le cerveau, devient mens; en pénétrant dans les parties organiques et matérielles, elle devient corps sidéral et corps matériel.
Et alors, selon que les émanations qu’elle fait élever des uns et des autres seraient plus ou moins puissantes, l’homme sera plus ou moins moralement fort, plus ou moins sain, plus ou moins parfait.
Si le mens se laisse enivrer par les exhalaisons du corps matériel, il deviendra inerte, appesanti, et comme dans l’ivresse.
Si les émanations salutaires du mens dominent les brouillards des corps sidéral et matériel, l’homme s’approchera de la perfection, il s’élèvera vers un monde supérieur.
Le corps sidéral coimnimique directement avec la lumière astrale, qui est la créa/rme des formes, la source de la nature, et par conséquen(;e la nature elle-même, et il faut remarquer que, comme tout est harmonie, les organes de la génération ou de la création chez l’homme et chez la femme appartiennent au corps sidéral.
Le corps sidéral, avons nous dit, est commun à tous les êtres. L’homme i^eul a un mens dû à la perfection de sou cerveau, destiné à élaborer la pensée.
Là seulement la lumière est divine.
Le mens élève l’homme au-dessus de tous les êtres, et l’empêche de communiquer avec eux. (Ce mens est une exception. ) C’est le palais du roi où le peuple ne pénètre pas.
8i le roi veut connaître le peuple, il faut qu’il sorte de son palais et se mêle avec lui.
Si l’homme veut se mettre en rapport parfait avec la nature entière, il faut qu’il endorme le mens. C’est seulement par la partie commune à tous les êtres qu’il peut se trouver en harmonie avec tous les êtres, et l’instinct est l’harmonie de la nature entière. Aussi les animaux pressentent-ils les tempêtes, les tremblements de terre, les grands cataclysmes. (On a dit des chiens qu’ils voient les fantômes, et cela se peut.) Aussi lesvo^-ants sortent-ils tous de la classe du peuple, et sont-ils très-simples pour la plupart, et parfois idiots. Aussi les somnambules sontils obligés de laisser enivrer leur mens pour lire dans la lumière astrale. 11 y a eu des hommes supérieurs qui ont lu dans cette lumière, mais il leur a fallu, comme
Paracelse et Apollonius de Thyane, employer des moyens particuliers; il leur a fallu engourdir leur mens, en le— gardant fixement et constamment un seul point, en se préoccupant d’une seule idée, en arrêtant, en un mot, l’action de l’intelligence par un eflort violent de leur volonté.
Ges gens ont fait souvent de miraculeuses découvertes, parce que, ne perdant la conscience de leur être que momentanément et par un effet de leur vouloir, ils se rappelaient, en revenant à eux, tout ce qu’ils avaient aperçu dans la contemplation des secrets de la nature, où l’absorption de leur mens leur avait permis de lire.
Les poètes, les penseurs, marchent les yeux troublés, noyés, instinctivement, sans rien voir, sans rien sentir, ni le froid, ni le vent, ni la pluie, et il leur vient des impressions de la nature au diapason de laquelle ils accordent leur être, impressions que leur mens utilisera plus tard plus ou moins heureusement, selon l’énergie de leur organisation ; le plus souvent ils lisent ainsi dans la lumière astrale ce que de grands génies y ont écrit avant eux. D’autres trouvent, comme IIolTmann et EdgardPoë, en enchaînant le mens par l’ivresse, et ces gens-lii, dans leurs rêves, prédisent souvent l’avenir.
Disons toutefois que ces sortes de révélations ne se tout qu’aux hommes d’élite, qui, se servant de l’ivresse comme un moyen, épurent continuellement, dans le commerce de la vie, leur corps sidéral, en donnant au mens, par leurs hal)itudes laborieuses, l’omnipotence sur le corps. Le coiq s sidéral, ainsi dégagé de ses vapeurs impures,
les met en communication sympathique avec ce que la nature a de plus noble et de plus beau, tandis que les hommes que l’instinct domine se mettront en rapport avec les parties les plus abjectes : les uns verront des paysages sublimes, les autres verront du fumiêr et de la boue.
Ainsi toujours et partout notre destinée dépend de noLis-inême.
La respiration du mens sera-t-elle plus ou moins forte que la respiration matérielle? Là est toute la question; là est notre bon et notre mauvais ange, paradis ou enfer!
Toutefois, lorsque les trois corps respirent également, il y a équilibre et harmonie, et par conséquent sagesse, raison et santé I
Mais cela est -il toujours possible dans notre vie de combats et d’épreuves ?
Tout excès, môme dans le bien, est un désordre : telle esl la loi humaine.
Llti non obutî.
Les brahmes, les anachorètes, qui annihilent à l’aide des mortifications les instincts matériels appellent en eux , par les élans d’un pieux enthousiasme, une surabondance de lumière astrale épurée qui enivre leur mens, l’exalte et les jette dans des extases délicieuses, remplies d'un ineffable bonheur; mais le corps s’étiole, devient faible et maladif, parce qu’il n’est pas fait pour supporter les joies du ciel, et qu’il s’y brise, comme
éclate un vase d’argile sous l’effervescence d’une trop généreuse liqueur.
Si les corps matériels sont plus puissants que le mens, si au moyen de la débauche et de l’orgie, ils accumulent un foyer de lumière astrale qu’ils i^erver tissent par leur contact, l’ivresse qui en résulte, agit sur le mens par l’action du grand sympathique, l’endort, le paralyse, et une fois maîtres, les esclaves en arrivent à des hallucinations, non pas pures et heureuses comme les extases, mais irritantes et douloureuses ; et de cette ivresse furieuse naissent les colères, les haines, les jalousies, les rires altérés de sang, et les superstitions dégradantes et ridicules comme celles des joueurs qui attachent leur réussite à telle ou telle momerie, à telle pratique ridicule qu’un fou seul pourrait concevoir.
En bien ou en mal , l’enivrement de la lumière peut conduire à l’exaltation ou à la folie.
Car le feu éclaire, mais il brûle aussi.
Et maintenant, est-ce pour conserver cet équilibre que la Providence donne souvent, dans un temps de leur vie, à ceux qu’elle destine à devenir de profonds penseurs, des occasions de jeter une pâture de plaisirs des sens à leurs corps matériels, comme le Virgile du Dante pour arriver aux Champs-Elysées, jette des poignées de terre à dévorer aux gueules béantes de Cerbère?