‹ Les mystères de la mainChapitre 84 sur 203 · MALE* ET FEMELLE · texte numérisé non relu

MALE* ET FEMELLE

La main est donc partagée en deux parties : la partie mâle et la partie femelle.

La partie male se trouve au nord. La partie femelle au midi.

La ligne de tête forme la séparation entre le mâle et la femelle, le nord et le midi.

Les peuples du nord sont fatalement condamnés au travail, et c’est fatalement aussi que leur vient le pro-. grès, enfant du travail ; s’ils restaient inactifs, les intempéries des saisons, le froid, la faim les auraient bientôt anéantis. Leur appétit est double. Quand ils veulent s’arrêter, le besoin les flagelle.

Les peuples du midi ont à peine besoin d’un abri, ils ne soutirent pas du froid, et leur faim indolente est facilement apaisée. 11 leur faut double vertu pour le travail. Le ciel est si beau, la mer est si bleue, l’air si parfumé, la contemplation si douce! Et la contemplation berce l’imagination et éveille l’amour sensuel qui charme et énerve.

Et voyez : les peuples du nord ont l’industrie. Mercure; — l’art basé sur la science, Apollon; — l’ambition qui leur défend'la paresse, Jupiter.

Tout ce qui est mâle.

Les peuples du midi ont l’amour sensuel, rimaginution.

Tout ce qui est femelle.

Les hommes dü midi sont assujettis par les hommes du nord.

L’orient c’est le commencement, c’est le lever du so-

leil, c’est le point de départ de toutes choses; l’Orient donne la vie, le jour, la religion, la science, l’art, mais sans rien retenir. L’orient donne le germe et s’endort, c’est le voluptueux dans son sérail.

L’orient a donné la lumière aux gens du midi, et ceuxci l’ont trouvée belle, et ils l’ont fait rayonner splendide par les arts, la gloire, la guerre, la civilisation; et en l’activant sans cesse, à l’aide de l’enthousiasme de leur nature nerveuse, ils en ont fait une lueur éblouissante semblable à la clarté du soleil; et puis ils ont laissé s’affaiblir cette lumière, parce qu’elle leur fatiguait les yeux à la longue , et elle est devenue une torche qu’ils ont accrochée aux murs de leurs salles de débauche, et ils se sont endormis dans l’ivresse.

Et la lumière s’est éteinte.

Le pouce est tourné vers l’orient pour recevoir les aspirations et les faire mûrir par la volonté ; la ligne de vie, la ligne de tête, la ligne de cœur partent de Ifi.

Le cœur et l’idée vont à l’occident : au couchant, à l’ouest, elles vont y mourir.

L’Amérique est à l’ouest.

Dans la main, ce qui regarde l’ouest, c’est Mercure (le commerce); Mars (la lutte), la Lune (le caprice); l’imarlnation n’est' imagination que lorsqu’elle est éclairée par l’art ; autrement elle dort, comme le feu dort dans le caillou et dans l’acier, attendant le choc pour en jaillir; jus(iue-là elle n’est qu’erreur.

Ce qui vient du commerce est utile à l’Amérique; elle vit par Kl, sa puissance s’est formée par la lutte, elle

lutte contre ses forêts, contre la mer, elle s’agrandit, mais elle ne reçoit, bien qu’elle fasse, que les dernières lueurs de la civilisation. Elle peut faire luire le feu des machines, mais elle n’éclairera jamais le monde. C’est le tombeau des arts.

C’est le pays de l’égoïsme, et l’égoïsme c’est la mort du cœur.

Et quand le cœur ne bat plus, le corps, s’il continue d’agir n’est plus qu’un 'cadavre galvanisé.

Ce n’est pas l’avenir qui est à l’ouest, c’est la fin.

Et si l’Amérique, avec le temps, amenait la nuit sur le inonde, l’Orient enverrait un nouveau jour qui dissiperait la nuit.

Et le Midi se réveillerait régénéré , mais par les vertus féminines, l’imagination et l’amour. Et de nouveau, il éclairerait le Nord, qui retrouverait sa vertu mâle , la nécessité.

On a dit la jeune Amérique!

Où est sa jeunesse ? où est sa naïveté, son élan , sa tendresse? Qu’a-t-elle de jeune? elle a pris tout d’un coup les cheveux blancs de la civilisation : la corruption ! Elle a tous les vices du vieillard sceptique et desséché, et elle aspire à commander le monde. Allons donc ! c est la tête qui commande , parfois c’est le cœur, mais ce n’est jamais le bras.

Page 1