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Autre sourcier, dont il sera question plus loio

LA BAGUETTE DIVINATOIRE

On voulait, par ces charges pitoyables, décrier l'hydroscope et amener le public à le confondre avec la tourbe de ces hommes à baguette qui amusaient les badauds de Paris, mais ne trouvaient pas de sources; on voulait qu'il fût jugé d'après ses caricatures.

D'un autre côté, un nombre immense de lettres, plus ou moins scientifiques, mais toutes également passionnées, se succédaient dans les feuilles publiques. Elles se contredisaient à tel point, les unes les autres, qu'il était impossible de se former une opinion exacte sur le résultat des expériences dont elles rendaient compte. Les journaux étaient partagés entre les bletonieiis et les antibletoniens^ et ne garantissaient ni les affirmations des uns ni les négations des autres.

Aujourd'hui, cependant, une opinion impartiale peut se faire jour à travers ces appréciations contradictoires, et voici le jugement qu'il est permis d'émettre sur le sujet de cette controverse, maintenant singulièrement oubliée.

Quand on examine, sans opinion préconçue, la conduite de Barthélémy Bleton, les expériences auxquelles il fut soumis à Paris et le succès bien constaté d'un certain nombre de ses opérations, on est conduit à voir en lui un hydroscope habile qui, par la pratique et une longue expérience, avait fini par acquérir une grande habitude de la découverte des eaux souterraines. Bleton faisait servir au succès de ses opérations les connaissances spéciales que l'étude ou la routine lui avaient procurées, dans son pays, si renommé en tout temps pour ce genre de recherches. L'abbé Paramelle et plusieurs autres hydroscopes nous ont appris, de nos jours, que l'étude exacte de la superposition et de la nature des couches du sol et des productions de la terre, l'examen de l'inclinaison des pentes, de l'existence des forêts, etc., sont des indices qui suffisent à un praticien exercé pour conjecturer, sans diablerie ni miracle, la présence des eaux souterraines '. Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que rien n'est plus commun que la présence de l'eau dans les couches inférieures du sol: presque partout se rencontrent des nappes d'eau circonscrites. Ce qui est rare, et ce que l'on recherche, ce sont les courants continus. Aussi un hydroscope a-t-il peu de chances de se tromper, en général, quand il indique, d'après des indices qui lui sont habituels, l'existence de l'eau à une profondeur indéterminée. Comme tous les hydroscopes, Bleton commettait les plus grandes erreurs sur la profondeur du sol où coulait l'eau, et sur le volume de la souice. A cet égard, les témoignages abondent, et cela dès l'origine des opérations de Bleton : « L'expérience lui a appris qu'il est fautif

\. Voy. l'ouvrage publié en 1836 par l'abbé Paramelle, l'Art de découvrir les sources, et uu autre ouvrage du même genre, dont la première édition a paru à Valence, La Science des Fontaines, par J. Dumas, 2e édit., Paris, 1857.

eu égard à la profondeur et au volume d'eau, » écrivait le prieur de la Chartreuse de Lyon, dans la même lettre où il révélait le premier le talent da jeune paysan dauphinois. De son côté, le prieur de la Chartreuse de Beaune, dans le certificat qu'il donne au jeune hydroscope, ajoute : « Il se trompe souvent sur les profondeurs ; il n'a d'autre règle, pour les désigner, que celle qu'a donnée Mgr de L***, dernier évêque de Grenoble, mais qui n'est point sûre. »

Bleton avouait lui-même, d'ailleurs, que sur ce point il ne pouvait que conjecturer, sans rien affirmer de positif. Or, ses conjectures furent rarement heureuses. Thouvenel convient que, sur plus de huit cents expériences qu'il lui fît faire en Lorraine, et dans lesquelles Bleton indiqua, sans erreur, l'existence et la direction des sources, il y en eut tout au plus quatre où elles se rencontrèrent exactement à la profondeur qu'il avait présumée. En même temps, Thouvenel nous fait connaître une circonstance analogue à celle qu'avait signalée son correspondant de Chagny, relativement au « mouvement d'épaule presque insensible » dont nous avons parlé plus haut. Thouvenel nous dit que « le rapprochement des bras et certain tour de main^ de la part du sourcier^ ne contribuaient pas peu à donner à sa baguette la première impulsion de rotation sur les sources faibles ' ».

Comme il n'est rien de plus commun, nous le répétons, que de trouver de l'eau en creusant dans le sol, les prophéties de notre hydroscope devaient se réaliser assez souvent, puisqu'il ne répondait pas de l'étendue ni de la profondeur de la couche aquifère.

Ainsi, le pâtre du Dauphiné n'était, selon nous, qu'un hydroscope né avec un instinct particuUer pour la découverte des sources, parvenu par la pratique de son art à une grande habileté, et qui dissimulait les procédés qui le dirigeaient dans ses recherches : c'était une sorte d'abbé Paramelle, moins la sincérité.

Les réflexions qui précèdent, le jugement que nous avons cru pouvoir porter sur le secret de Barthélémy Bleton, ôteront une grande partie de son intérêt au récit des expériences auxquelles cet hydroscope fat soumis dans la capitale. Nous devons pourtant les rapporter, ne fût-ce que pour essayer d'éclaircir la confusion extrême qu'elles présentent dans les relations publiées par les journaux de cette époque.

Lq Journal de Paris du 13 mai 1782 rapportait, en ces termes, les premières expériences auxquelles Bleton fut soumis.

« Nous nous hâtons de faire connaître le résultat des expériences qui ont eu lieu

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