‹ Les mystères de la scienceChapitre 30 sur 117 · Pilet de Lamenardière. La dérnonomanie de Loudun, p · texte numérisé non relu

Pilet de Lamenardière. La dérnonomanie de Loudun, p

Le 20 juin 1633, un prêtre de Saint-Jacques de Touars^ ayant désiré faire l'épreuve de la divination de la pensée par la religieuse, dit tout bas à l'exorciste de faire apporter par la possédée cinq feuilles de rosier. L'exorciste commada à Glaire de Sazilly d'obéir.

« La religieuse sortit et alla dans le jardin, d'où elle apporta premièrement un souci et quelques autres herbes, et les présenta à la grille avec des cris immodérés, disant au sieur de Morans: « Est-ce là, mon père, ce que vous demandez? Je no <( suis pas diable pour savoir vos intentions. » A quoi il repartit simplement: Oberf/as (obéis). Elle s'en retourna au jardin ; et après plusieurs commandements réitérés, elle présenta à la grille une petite branche de rosier où il y avait six feuilles. L'exorciste lui dit: Obedias punctualiter sub pœna maledictionis (obéis ponctuellement sous peine de malédiction) : elle arracha une des six feuilles et lui présenta la branche en lui disant : « Je vois bien que vous n'en voulez que cinq, l'autre n'était <( pas du nombre. » Le prieur resta tellement satisfait et pénétré de ce qu'il voyait, qu'il sortit les larmes aux yeux. On dressa un i)rocès-verbal de ce fait '. »

On trouve, rapportés dans le même ouvrage, plusieurs cas analogues. La sœur Claire s'agenouille au commandement mental de son exorciste : elle devine le jour où le chevalier de Méré s'est confessé pour la dernière fois, et répète des mots que l'exorciste seul a entendus, etc.

Élisabeth Bastard, qui figura aux exorcismes faits devant Gaston d'Orléans, obéissait aussi aux ordres donnés mentalement par son exorciste.

« Il est arrivé plusieurs fois que les exorcistes ont appelé secrètement cette même religieuse (Élisabeth Bastard), quelquefois mentalement et de la seule pensée, d'autres fois à voix basse, mais sans être entendus de personne du monde. Cette fille se sentait alors intérieurement attirée aux lieux où on l'appelait, et, se doutant de ce qui était, s'est couchée par terre pour résister à son inclination, et néanmoins en ces occasions elle obéit ordinairement »

Le même fait se passa dans les exorcismes faits en présence de Gaston d'Orléans: Obedias ad mentem principis^ dit l'exorciste ; et la possédée vient baiser la main droite du prince, qui déclare que telle était sa pensée ^

Ce dernier genre de faits, c'est-à-dire la suggestion ou pénétration des pensées^ paraissait impossible à Aubin, qui craignait trop d'être forcé de croire à la démonomanie des religieuses. Il ne cite qu'un seul cas de suggestion, le dernier de ceux que nous venons de rapporter, et qui se passa le 10 mai 1635, au couvent des Ursulines, en présence de Gaston d'Orléans.

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