‹ Les mystères de la scienceChapitre 68 sur 117 · Fléchiei", ouvrage cité · texte numérisé non relu

Fléchiei", ouvrage cité

dépendance de Saint-Léger, la fermière du châtelain exhorte un beau jour son mari à ne plus s'occuper des choses de ce monde, mais à faire pénitence, pour prévenir le jugement dernier, qui doit arriver dans trois mois. En toute autre circonstance le brave fermier eût peut-être été glorieux d'avoir une femme prophétesse, mais il craignait les dragons de FoUeville, dont un détachement battait la campagne dans les environs. 11 ferma brusquement sa porte et avertit le châtelain de ce qui lui arrivait. Celui-ci accourut, et la nouvelle prédicante lui donna la représentation qui va suivre :

« Elle se coucha sur du foin, tout de son long à la renverse, battit des pieds ef des mains, cria miséricorde ! annonça le jugement dernier dans trois mois ; puis s'agitant, comme pour exciter l'esprit prophétique, elle prédit qu'à la fin de février tomberait partout une grosse grêle, que les incrédules iraient errants sur les montagnes, qu'une étoile tomberait du ciel et sur Rome, et que les fidèles régneraient avec Jésus-Christ l'espace de mille ans sur la terre... Tout à coup elle se mit à passer en revue les habitants du village de l'un et de l'autre sexe : — « La » demoiselle... n'a jamais fait d'autres péchés que de se faire catholique. Sa » voisine... a bien faitd'autres péchés que celui d'aller à la messe. Tel sera sauvé... » tel sera damné... tel se convertira... » Déclarant que c'étaient là des oracles du Saint-Esprit, qu'elle avait reçu, non pas tout entier, mais de la grosseur d'un grain de froment ))

Ces sortes d'accusations se renouvelèrent souvent chez les inspirés, et Gabriel Astier en donna lui-même l'exemple à Saint-Cierge, dans les Boutières. Ce jour-là il était assisté d'un autre prophète, nommé Pierre Regnaud ; tous deux, montés sur une estrade, scrutaient les reins et les cœurs des assistants. « Mon frère, demandait Gabriel à Pierre, qui était prosterné devant lui, la face sur ses genoux, qui es*-ce qui vous a fait de la peine ? » Pierre répondait : « C'est un tel..., grand pécheur. C'est une telle..., grande pécheresse. »

Quoique le moins pardonnable, à leurs yeux, fût le crime de papisme et d'apostasie, les prophètes ne se privaient pas de dénoncer d'autres fautes. On raconte qu'une vieille qu'ils avaient accusée d'impureté, s'en alla trouver Astier dans une maison où se tenait une assemblée religieuse. Elle arriva au moment où il commençait la prière, et l'apostrophant de la manière la plus vive, lui demanda s'il était vrai qu'elle se fut laissé séduire par son valet. Gabriel ayant répondu affirmativement, elle se jeta sur lui, comme une furie, et le saisit par les cheveux, pour le traîner, avec l'aide de sa fille, devant le juge de Lavoulte. Les assistants intervinrent, et ce ne fut pas sans peine qu'ils parvinrent à l'arracher aux mains de ces deux femmes.

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