‹ Les mystères de la scienceChapitre 70 sur 117 · Court, Hidoii e des Camisards, liv. I, p · texte numérisé non relu

Court, Hidoii e des Camisards, liv. I, p

« M. de Bâville, intendant de la province, ordonna à ces messieurs les docteurs de Montpellier, qu'on appelle la Faculté de médecine, de s'assembler à Uzès, où l'on avait emprisonné une quantité de petits enfants, pour examiner leur état. Conformément à cet ordre, ces médecins observèrent à leur manière la contenance de ces enfants, leurs extases, et les discours qu'ils faisaient sur-le-champ et sans dessein, ainsi que s'en exprima très-bien M. Brueys... Je ne sais si ces fameux docteurs disputèrent en latin, ni s'ils se battirent, car il y avait matière à s'échauffer ; mais je sais bien que, quoiqu'ils témoignassent être ravis en admiration de voir de jeunes personnes sans lettres prononcer des choses qu'elles n'avaient jamais apprises, et citer la sainte Ecriture fort à propos, ils décidèrent en oracles ambigus, tant parce qu'ils voulurent déférer à l'autorité de l'intendant, que parce qu'ils ne comprenaient rien eux-mêmes à ce qu'ils voyaient. Ils donnèrent à ces enfants le nom vague de fanatiques. Gela fut bientôt fait, n'étant pas difficile à faire »

Dès que les docteurs de Montpellier furent entrés dans les prisons d'Uzès pour examiner les jeunes détenus, tous ces petits prophètes se mirent à les entourer et à les prêcher, pour obtenir la conversion spirituelle des savants qui venaient tenter leur guérison physique.

Les médecins de Montpellier ne purent trouver aucune explication plausible de l'état de ces enfants. Les affections nerveuses, encore si mal connues, échappaient entièrement aux lumières des professeurs de cette école. Ce n'est que plus tard, qu'un médecin de génie, Boissier de Sauvages, appartenant à la Faculté de Montpellier, devait, dans un ouvrage célèbre, expliquer, par l'invasion de la folie ou de troubles nerveux, les singuliers phénomènes où l'on n'avait su voir, avant lui, que l'intervention du malin esprit. Cependant, comme des savants ne doivent pas rester muets, ils se tirèrent d'affaire en trouvant un mot qui avait l'air d'avoir une signification, mais qui en réalité n'exprimait rien. Ils déclarèrent donc ces enfants fanatiques, terme qui, dans la bouche de leurs ennemis, devint un des noms injurieux donnés d'abord aux prophètes etensuite aux insurgés cévenols.

Bâville relâcha les plus jeunes de ces enfants, mais il retint dans la prison les plus âgés et les plus robustes, qui furent envoyés aux galères ou condamnés au service des armes. On en vit partir, de la seule bourgade de Pompidou, deux cents pour les galères.

Dans ces crises extraordinaires, des enfants catholiques se trouvèrent saisis eux-mêmes de l'esprit prophétique, et firent les révélations les plus compromettantes pour l'Église romaine. Ces accès n'étaient même pas arrêtés par les menaces et les corrections de leurs parents, qui, ne sachant plus où donner de la tête, et craignant pour eux-mêmes, livraient ces pau-

1. De la nécessité de donner un prompt secours aux protestants des Cévennes, etc. Londres n03, chez Vaillant, m-12, p. 12 et suiv.

LES PROPHÈTES PROTESTANTS

vres petites créatures aux exorcismes, peu efficaces, des curés. Aucun catholique ancienne fut persécuté pour ce fait ; mais les catholiques convertis eurent ordre d'empêcher leurs enfants de fanatiser. Bâville publia même une ordonnance portant que les pères et mères dont les enfants fanatiseraient, seraient condamnés à des amendes et aux frais des procédures. Des dragons furent mis chez ceux qui ne purent guérir ou prévenir cette épidémie prophétique chez leurs enfants, et on les condamna, de plus, à diverses peines arbitraires. Plus de vingt paroisses du Gévaudan se virent ainsi ruinées. La chose alla si loin, que, pour se mettre à l'abri de ces mesures violentes, plusieurs dénoncèrent eux-mêmes leurs propres enfants, et les livrèrent aux intendants ou aux magistrats, en leur disant : « Les voilà, nous nous en déchargeons ; faites-leur passer vous-mêmes, s'il est possible, l'envie de prophétiser »

Mais rien n'arrêtait l'Esprit, qui souffle où il veut^ et qui, dans cette période, agitait surtout les petits enfants.

Un témoin dont la déposition a été recueillie dans le Théâtre sacré des Cévennes, Jacques Dubois, de Montpellier, nous dit :

« J'ai vu, entre autres, un enfant de quinze mois entre les mains de sa mère, à Quissac, qui parlait avec agitations et sanglots, distinctement et à voix haute, mais pourtant avec des interruptions : ce qui était cause qu'il fallait prêter l'oreille pour entendre certaines paroles. L'enfant parlait comme si Dieu eût parlé par sa bouche : Je te dis, mon enfant (c'était la formule par laquelle l'Esprit commençait toujours). Ce même enfant fut mis avec sa mère en prison, ce qui se pratiquait ordinairement en pareil cas. Je suis sûr que j'ai vu plus de soixante autres enfants, entre l'âge de trois et de douze ans, qui étaient dans un semblable état. Les discours de ces enfants tendaient toujours à exhorter puissamment à l'amendement de vie, etc. Ils prédisaient aussi plusieurs choses.

« Dansune vallée nommée la Courbe-du-Renard, proche delà Rouvière,àunebonne lieue d'Anduze, je fus chez un de mes amis, dans la maison de qui il y avait un petit garçon de six ans qui s'y était réfugié, ou plutôt caché. Cet enfant tomba, en sa présence, dans des agitations de tête et de poitrine, etc., parla à voix haute et en bon français, exhorta beaucoup à la repentance, fit aussi quelques prédictions, et dit, entre autres choses, « qu'une partie de la grande Babylone serait détruite l'an mil sept cent huit. »

Il n'était pas toujours sûr de vouloir empêcher les enfants de prophétiser ; plusieurs ont communiqué l'Esprit à ceux qui avaient entrepris de les en délivrer.

« Un bon paysan, nommé Halmède, avait un fils de douze à treize ans (au com-

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