Court, Histoire des Camisards, t. I, p
mencement de 1702) qui recevait des inspirations. Halmède, appréhendant la persécution, alla au curé : « Monsieur le curé, lui dit- il, mon fils prophétise, je vous en avertis, et ne prétendez pas me venir ruiner pour cela. — J'ai médité sur ces choses-là, répondit le curé, croyez-moi, faites jeûner votre fils, vous verrez que c'est un bon remède. » Le père obéit, mais l'enfant continua de prophétiser comme à l'ordinaire, et Halmède en donna avis au curé. « Eh bien, dit celui-ci, faites autre chose : au moment que votre petit garçon tombera dans les agitations qui sont le prélude de ses harangues, donnez-lui de bons coups de bâton ; si c'est un fourbe, vous le saurez bientôt. » Le père obéit encore ; mais si ce mauvais traitement interrompait quelquefois l'opération, par une raison secrète du bon plaisir de Dieu, l'enfant était pourtant visité de l'Esprit plus fréquemment qu'à l'ordinaire ; il aurait fallu le battre jusqu'à la mort...
« Revenons à notre curé. Il se trouva dans un grand embarras quand le paysan assura que les coups donnés à l'enfant ne rebutaient pas l'Esprit, et il pensa en lui-même qu'apparremment le petit garçon était ensorcelé. Dans cette imagination de son cerveau creux, il eut recours aux charmes. Il conseilla au père de se munir d'une peau de serpent et de la mettre sur l'enfant, dans le temps qu'il prophétiserait. Halmède voulut obéir pour la troisième fois. (Les peaux de serpent se trouvent communément dans le pays, et les bonnes gens s'en servent pour beaucoup de choses.) Comme son fils parlait sous l'opération du Saint-Esprit, il approcha de lui avec sa peau de serpent, belle et bien choisie, pour la lui mettre sur la tête. Mais à cet instant même l'enfant, se sentant agité avec une violence extraordinaire, haussa sa voix en criant, et se mit à censurer fortement son père. Il révéla tout haut, en présence de diverses personnes, ce qui avait été dit et fait avec le curé, ajoutant menace sur menace, d'une façon terrible, contre les pécheurs endurcis. Le père, frappé comme d'un coup de foudre, versa des larmes de repentance ; et Dieu voulut que, peu de jours après, il reçut lui-même les dons de révélations et de prédication »
Jean Vernet, de Bois-Ghâtel, dans le Vivarais, a fait cette déclaration :
« Les premières personnes que j'ai vues dans l'inspiration étaient ma mère, mon frère, mes deux soeurs et une cousine germaine. Il y a présentement treize ans pour le moins que ma mère a reçu les grâces, et elle les a toujours eues depuis ce temps-là jusqu'à mon départ de Montpellier, vers le mois de mai 1702; et j'ai appris de diverses personnes, qui l'ont vue il n'y a pas longtemps, qu'elle est toujours dans le même état. Il y a onze ans qu'elle est détenue en prison. Mes sœurs reçurent le don quelque temps après que ma mère l'eut reçu, l'une à l'âge de dixneuf ans, l'autre de onze. Elles sont mortes en mon absence. Les plus grandes agitations de ma mère étaient de la poitrine, ce qui lui faisait faire de grands sanglots. Elle ne parlait que français pendant l'inspiration, ce qui me causa une grande surprise la première fois que je l'entendis, car jamais elle n'avait essayé de dire un mot en ce langage , ni ne l'a jamais fait depuis, de ma connaissance, et je suis assuré qu'elle ne l'aurait pu faire quand elle aurait voulu.., »
1. Théâtre sacré des Cévennes, p. 80-82. Déposition d'Abraham Mazel.
LES PROPHÈTES PROTESTANTS
L'inspiration se communiquait donc à des familles entières ; on en a vu d'ailleurs un grand nombre d'exemples.
Le même témoin continue :
« Environ un an avant mon départ, deux de mes amis (Antoine Coste et Louis Talon) et moi allâmes visiter Pierre Jaquet, notre ami commun, au moulin de l'Ève, proche de Vernou. Comme nous étions ensemble, une fille de la maison vint appeler sa mère, qui était avec nous, et lui dit : « Ma mère, venez voir l'enfant. » Ensuite de quoi, la mère elle-même nous appela, en nous disant que nous vinssions voir le petit enfant, qui parlait. Elle ajouta qu'il ne fallait pas nous épouvanter, et que ce miracle était déjà arrivé. Aussitôt nous courûmes tous : l'enfant, âgé de treize à quatorze mois, était emmaillotté dans le berceau, et il n'avait encore jamais parlé de lui-même, ni marché. Quand j'entrai avec mes amis, l'enfant parlait distinctement en français d'une voix assez haute, vu son âge, en sorte qu'il était aisé de l'entendre par toute la chambre. 11 exhortait, comme les autres que j'avais vus dans l'inspiration, à faire des actes de repentance, mais je ne fis pas assez d'attention à ce qu'il dit, pour me souvenir d'aucune circonstance . La chambre où était cet enfant se remplit; il y avait pour le moins vingt personnes, et nous étions tous priant et pleurant autour du berceau. Après que l'extase eut cessé, je vis l'enfant dans son ordinaire. Sa mère nous dit qu'il avait eu des agitations de corps au commencement de l'inspiration; mais je ne remarquai pas cela quand j'entrai. C'était une chose difficile à reconnaître, parce qu'il était enveloppé de ses langes. J'ai beaucoup ouï parlé d'un autre petit enfant à la mamelle, qui parlait aussi à Dieu, dans le Dauphiné. J'ai assisté à une petite assemblée dans une cave, auprès de Bois-Châtel, où une jeune fille dit dans l'inspiration, après avoir parlé déjà assez longtemps : «Je t'assure, mon enfant, qu'il y a des gens qui ont « dessein de vous surprendre ; il faut vous retirer bientôt » (ou quelque chose de semblable) ; et, quand elle fut revenue à elle-même , elle continua de dire qu'il fallait se retirer'promptement. En effet, les soldats vinrent visiter la maison aussitôt après'. »
Ce don de prévision ou de seconde vue, très fréquent chez les prophètes, se trouve signalé dans la déposition de Jean Cabanel, d'Anduze :
« Je partis d'Anduze , dit ce témoin, au mois de juin 1702, pour aller à Genève. Étant dans mon pays, j'ai assisté à trois assemblées, dans l'une desquelles un jeune homme qui parlait dans l'extase prononça ces paroles: « Jeté dis, mon enfant, que «vous devez vous retirer d'ici, je te dis que vous êtes vendus. » Mais comme on n'obéit pas assez promptement, et qu'on demeura encore environ une heure dans l'assemblée, la bourgeoisie d'Anduze en armes tomba sur nous, et il y en eut quinze qui furent faits prisonniers^. »
Dans une maison, k Arbousse, où se tenait une assemblée, arrive un
1. Théâtre sacré des Cévennes, p. 139-141. Déposition de Jean Veruet.