DOUZIÈME CONFÉRENCE
Entre la cité des élus et la cité des damnés, il existe une cité intermédiaire et provisoire que l'Église nomme le purgatoire. Cette cité s'ouvre, après le jugement particulier, aux âmes séparées du corps qui ont encore quelque souillure à expier. Elle sera fermée au jugement général, car la consommation de toute chose doit s'achever pour ne finir jamais dans la cité des réprouvés, qui est l'enfer, ou dans la cité des élus, qui est le ciel.
J'ai commencé l'exposition de la doctrine de l'Église sur le purgatoire. Cette doctrine se réduit à deux points. Il est de foi que le purgatoire existe : il est de foi que les âmes qui y sont détenues sont soulagées par les suffrages des vivants et surtout par l'oblation du saint sacrifice delà messe. Ainsi l'a défini le saint concile de Trente.
Rien de plus facile à établir et à comprendre que l'existence du purgatoire. Il n'y a pas dans l'ordre
de la foi de dogme mieux démontré ; il n'y a pas dans l'ordre de la raison de vérité plus sensible à l'esprit ni plus consolante pour le cœur.
Le dogme du purgatoire a pour lui toutes les traditions et toutes les autorités : les poètes et les philosophes de l'antiquité païenne, les justes et les patriarches de la loi de nature, les prophètes et les héros de la loi de crainte, les apôtres et les docteurs de la loi de grâce, la mythologie, la Bible, l'Évangile, l'histoire, tous les monuments de l'architecture, de la peinture et de la poésie jusqu'à Luther. Mais Luther, le premier qui ait troublé le concert harmonieux de ces témoignages,n'a pu échapper ni à lacontradiction ni au ridicule, et les docteurs modernes du protestantisme ont puni leur maître d'avoir démenti tout l'univers en démentant à leur tour son audace et sa déraison.
La raison, au défaut de la foi, eût inventé le purtoire. Elle suffit à persuader à l'esprit qu'il faut être pur et digne pour paraître devant le plus pur et le plus digne de tous les juges, et que, si nous ne faisons pas en ce monde une pénitence complète avant de mourir, il nous sera imposé dans l'autre pour chaque offense une punition, pour chaque tort une réparation, pour chaque souillure une purification. Elle suffit à persuader au cœur tout ce qu'il y a de consolant dans une telle doctrine, puisque le purgatoire est une transaction entre la justice et la miséricorde de Dieu, et que l'homme fixé par la mort dans la voie droite, ne fût-ce qu'au dernier soupir, a dans les souffrances du purgatoire de quoi éclairer sa foi, aiguiser- son espérance, purifier son amour et se rendre enfin digne de voir Dieu face à face.
J'aborde le second point de la doctrine catholique : il est de foi que les âmes détenues dans le purgatoire sont soulagées par les suffrages des vivants et surtout par l'oblation du saint sacrifice de la messe. Pour mettre cette vérité en lumière, je vous propose trois questions : Pouvons-nous soulager les âmes du purgatoire ? Gomment sont-elies soulagées ? Pourquoi leur devons-nous ce soulagement ? En trois mots : le soulagement des âmes du purgatoire est facile, efficace, équitable.