‹ Les mystères de la vie futureChapitre 4 sur 32 · L'IMMORTALITÉ DE L'ASIE · texte numérisé non relu

L'IMMORTALITÉ DE L'ASIE

La eroyance à la vie future ne saurait être impunément affaiblie, défigurée ou contredite, car en détruisant ainsi les eraintes ou les espérances de l'humanité, on rend la vie présente non-seulement mauvaise, mais Insupportable et presque odieuse. C'est l'affaiblissement, l'oubli, la négation totale de cette salutaire croyance, qui a rendu l'honnêteté si rare, les nations si difficiles à gouverner, la France si lente à se relever de ses ruines.

C'est donc pour nous un devoir civil autant que religieux, un devoir en quelque sorte tout français, restaurer dans nos âmes ce dogme consolateur. Je vous ai invités à commencer celte étude capitale en vous repliant sur vous-mêmes et en analysant le principe qui sent, qui pense et qui agit en vous.

L'origine, la nature et l'excellence de notre âme

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noua persuadent déjà son immortalité. Notre âme est une parole de Dieu, cette parole n'a été pi retirée ni contredite ; elle est, donc elle sera. Notre âme est une substance simple, indissoluble, et par conséquent placée au-dessus de la mort, qui ne frappe et ne dissout que là où il y a composition et agrégation : elle est, donc elle sera, Notre âme est supérieure au corps par la pensée qui s'en échappe et par la volonté qui la gouverne, Mais le corps frappé et dissous par la mort ne périt pas, il ne fait que changer de forme ; l'âme, à plus forte raison, n'a rien à craindre ifun coup qui n'est pas fait pour elle : elle est, donc elle sera. Ici la prison, ailleurs la liberté!

Si l'origine, la nature et l'excellence de notre âme nous persuadent déjà son immortalité, l'étude de sa destinée nous la démontre jusqu'à l'évidence. Seul parmi tous les êtres de l'univers, l'homme n'atteint pas son but dans la vie présente. Les nobles instincts qui l'animent ne trouvent pas ici-bas leur satisfaction, Il a soif de savoir, et toutes les sciences trompent sa curiosité; il a soif d'aimer, et l'homme, la famille, la patrie, l'humanité, trompent toutes ses sympathies ; il a soif de vivre tQujpurs et toujours heureux, et sa vie s'écoule à courir après le bonheur, il se plaint en mourant de ne l'avoir jamais connu, et ses derniers vœux sont encore pour lui, Cherchons-le donc dans la vie future, puisque la vie présente n'a pu nous Foffrir. Ici le rêve de l'âme, ailleurs son réveil 1

Je vous l'ai donc déclaré, au nom de l'humanité, vous êtes immortels! C'est l'humanité qui le souhaite, qui le demande, qui l'attend, parce qu'elle est malheureuse.

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Je viens vous le déclarer une seconde fois au nom de Dieu : Vous êtes immortels 1 C'est Dieu qui le promet parce qu'il est juste.

La justice pas plus que le bonheur ne saurait habiter ce monde, c'est donc dans un monde meilleur qu'il faut l'attendre.

La justice n'est pas de ce monde, vous en serez assez convaincus en étudiant, à la lumière de la philosophie, les différentes sanctions imparfaites que le monde peut offrir à la loi morale.

La justice n'est pas de ce monde, vous en serez encore mieux persuadés en étudiant, à la lumière de l'histoire, le spectacle que le monde nous donne et les scandales dont il étale le triomphe.

Tel est le sujet et le partage de cette conférence.

I. Il y a au fond de notre conscience un instinct aussi invincible que celui du bonheur, mais d'une nature plus noble et plus élevée : c'est l'instinct de la justice. Cet instinct vous honore; faites-le parler bien haut, c'est une grâce que de le posséder, de le garder, de ne jamais le laisser s'affaiblir ni s'éteindre. C'est plus qu'une grâce, c'est déjà une béatitude. Notre- Seigneur Jésus-Christ le déclare nettement : « Bienheureux ceux qui ont faim et sojf de la justice : Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam (1). » Cette faim, cette soif de la justice est admirablement nommée. Il y a dans notre âme non-seulement le sentiment, mais le désir, non-seulement le désir, mais le besoin, nonseulement le besoin, mais l'ardeur, l'ardeur vive, gé-

(1) Matth.y v, 6.

néreuse, insatiable, l'ardeur d'une faim que rien n'apaise, l'ardeur d'une soif que rien n'étanche : c'est la plus noble de toutes les passions. Écoutez-la. Elle vous crie du fond de votre conscience qu'il est juste que le méchant soit puni et l'homme de bien récompensé ; qu'il doit y avoir entre la vertu et la récompense, entre le vice et le châtiment, une proportion exacte, assurée, permanente; que si cette proportion est troublée, il faut la rétablir ; que l'intrigue doit être dévoilée, l'envie confondue, la calomnie réduite au silence, le vice dépouillé des honneurs qu'il usurpe, la vertu comblée des biens qu'elle mérite, et tout l'univers jugé sur cette loi universelle. Tel est le cri de votre conscience. Ce cri, vous l'élevez jusqu'à Dieu, et c'est Dieuiuimême que vous interpellez en lui rappelant ses attributs essentiels. Vous lui dites : « Seigneur, je vous adjure, si vous existez, montrez-vous, vengezmoi, rendez justice à l'humanité. Je veux une justice propice aux bons et sévère aux méchants; une justice qui voie tout, qui entende tout, qui punisse et qui récompense tout ; une justice qui ne fléchisse ni aux temps, ni aux circonstances, ni aux. personnes ; une justice telle aujourd'hui qu'elle était hier, telle demain qu'elle est aujourd'hui; une justice sans haine ni faveur, sans aveuglement, sans passion, sans regret; une justice qui juge sans exemption, sans réserve et sans retour. »

Voilà la justice dont nous avons faim et soif. Cette faim s'augmente à mesure que le monde vieillit, cette soif s'allume chaque jour davantage dans l'âme de l'humanité éplorée et souffrante. Il y a six mille ans que nous cherchons cette justice dans le monde et six

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mille ans qu'elle en est absente. Nos recherches dureront autant que le monde, mais le monde dût-il durer encore des siècles de siècles multipliés par des millions de siècles, cette justice exacte * proportionnelle, universelle, demeurera encore plus introuvable que le mouvement perpétuel, For potable et la pierre phiïosophale. Vous aurez beau retourner le monde du haut en bas, volts ne pourrez y trouver que quatre sanctions, la sanction naturelle, la sanction légale, la sanction de l'opinion publiqtie, la sanction de la conscience. Eh bien I soit qu'on les sépare, soit qu'on les réunisse, ces quatre sortes de sanctions seront toujours insuffisantes.

Tout acte entraîne avec soi une sanction naturelle, mais cette sanction iï'est pas proportionnée au mérite ou au démérite de l'homme et elle ne s'applique pas à tous les hommes sans exception^ On appelle sanction naturelle la punition otf la récompense que l'on trouve dans les conséquences de sa conduite. Quand la débauche a épuisé les forces, éteint l'intelligence, ruiné le corps et l'àme, on voit dans ce misérable état la punition naturelle du crime ; au contraire, la vie sobre se prolonge davantage, et f'exerciee honnête et légitime de nos facultés les conserve et les affermit. N'allez pas toutefois fonder là:dessus une espérance que l'expérience ne trompera jamais. Un tempérament robuste résiste à l'abus des plaisirs, et malgré le dérèglement des mœurs, fa force, la grâce, les charmes de l'esprit $e conservent quelquefois jusque dans les dernières années d'une vieillesse dissolue : où est alors le châtiment? Je vois d'honnêtes jetmes gens frappés dans leur fleur et desséchés

avant le soir plus vite que l'herbe des champs : ouest la récompense de cette innocence conservée ? Je vois des hommes s'obstiner au travail et épuiser leur santé (larjs les veilles. Mais leurs peines demeurent stériles, tant de peines et tant d'efforts ne leur valent pas le moindre de ces fruits que l'homme bien doué sème, cultive et récolte, comme sans y prendre garde, avec une facilité incroyable : où est la récompense de ce travail héroïque et malheureux ?

La sanction des lois humaines est plus incomplète encore. D'abord elle punit et ne récompense pas. Ensuite, parmi les fautes que nous commettons envers Dieu, le prochain et nous-mêmes, en manquant à la piété envers Dieu, à la justice envers le prochain, au respect que nous devons nous-mêmes à notre corps et à notre àme, il n'y a que les fautes contre la justice qui soient signalées et reprises par les lois. Ajoutez à cela que si la loi est défectueuse, son application est toujours incertaine; le juge se trompe- quelquefois en frappant l'innocent, plus souvent en épargnant le coupable. Enfin le bénéfice des circonstances atténuantes est réclamé, appliqué à tant de forfaits si publics, si affreux, si obstinément renouvelés, que les lois les mieux faites semblent quelquefois s'évanouir, et que l'excès du crime appelle et commande l'excès de l'indulgence.

La sanction sociale vous satisfera encore moins ; à qui la demanderez-vous? Est-ce à l'opinion publique? Est-ee à l'autorité? Mais l'opinion est téméraire et changeante; les jugements qu'elle rend sont passionnés et variables ; les mérites qu'elle apprécie sont apparents. Qu'acclame-t-elle, grand Dieu? La fortune,

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le plaisir, la vengeance, le succès. Que condamnet-elle? La modestie parce qu'elle se cache, l'honneur parce qu'il ne transige pas, la résignation parce qu'elle se tait, l'échec immérité parce qu'il n'y a ni gloire ni profit à courtiser la disgrâce et le malheur. L'opinion publique accueille, répète, accrédite ce qu'il y a de plus invraisemblable. On la mène avec des mots. Les charlatans l'exploitent, les niais la servent, les honnêtes gens en sont les principales victimes. Elle déprécie le bien, elle croit le mal, elle va dans sa crédulité jusqu'aux dernières limites de l'absurde. Elle égare et pervertit jusqu'à vos amis, vos parents, et surtout vos obligés pour les dispenser de la reconnaissance qui leur pèse. Alcibiade disait avec une cruelle vérité : « Quand il s'agit de ma vie, je ne me fierais pas même à ma mère, de peur que par distraction elle ne mit dans l'urne une boule noire au lieu d'une boule blanche. » Un homme d'esprit disait de nos jours du peuple de Paris, si semblable à celui de la frivole Athènes: «Si l'on m'accusait d'avoir volé les deux tours de Notre-Dame, je commencerais par m'enfuir au lieu de me justifier. Car je serais bien sûr d'être pendu avant d'avoir pu vider mes poches.» Voilà l'opinion. N'attendez d'elle quelque justice qu'après votre mort. Elle vous la rendra peut-être le jour où vous n'en aurez plus besoin, et où elle ne redoutera plus d'être offusquée dans ses jalousies ou accablée dans ses bassesses par l'ombre importune de votre mérite.Jusque-là,il faut soupçonner la vertu, chercher l'endroit faible, l'inventer quand on ne le découvre pas, ajouter les soupçons aux soupçons, calomnier sans pudeur, sans mesure, sans fin, et surtout ne

jamais pardonner, non pas les injures qu'on a reçues, mais celles qu'on a faites. Que de justes méconnus ! que d'hypocrites honorésl que de caractères, d'actions, de vices sur lesquels l'opinion prend le change et se trompe du tout au tout 1 L'autorité est profondément incapable d'honorer le mérite, tout le mérite, rien que le mérite. On la surprend, on la circonvient, on l'abuse. Elle croit aisément ceux qui la flattent, rarement ceux qui la servent. L'intrigue se pare des dehors du zèle et du dévouement ; l'honneur, le talent, la vertu, avec la fière modestie qui les distingue, passent facilement pour être arrogants et ne tardent guère à devenir suspects. Il faut beaucoup de bonne volonté et de grandeur d'âme à celui qui gouverne pour échapper à la flatterie, aimer la vérité, et aller chercher dans l'obscurité qui leur plaît les nobles caractères et les nobles actions. 0 pauvre société humaine I non, tu n'es pas faite pour rendre la justice exacte, complète, proportionnée au mérite ou au démérite de l'homme. Les Titus et les saint Louis ont été trompés. Que sera-ce quand le sceptre sera tombé aux mains de la faiblesse? Que sera-ce quand le glaive de la justice sera dans la main du crime et que les juges seront des bourreaux?

Il reste une autre sanction, la sanction intérieure, la sanction de la conscience. Pour le juste, la satisfaction d'avoir bien fait; pour le méchant, la honte d'avoir mal fait. Cette sanction ne manque jamais, elle est toujours juste, mais aussi toujours variable et relative. Il y a des âmes sensibles qui goûtent dans la vertu d'ineffables consolations ou que le souvenir d'un crime accable de remords; mais combien d'autres qui

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pratiquent leurs devoirs tous les jours de leur vie avec une insensibilité froide ou qui s'abandonnent au vice avec d'affreux calculs ! Quelque douce que soit la satisfaction de la bonne conscience, elle diminue et W& mousse par l'habitude ; elle passe conlmeune impression ordinaire dans l'usage commun delà vie; elle crée dans l'âme un état qui n'est plus pour elle une récompense proportionnée à son mérite, tant la vertu lui est familière, tant elle se trouve par là dans son naturel. Pénétrez dans la conscience du méchant. À mesure qu'il multiplie ses crimes, il en affaiblit Fhorîeur et finit par s'y accoutumer. Ce n'est pltïs, comme après la première faute, une nuit agitée, des yeux hagards, une âme bourrelée de remords, des furies attachées à ses pas, des ombres qui se montrent, des voix qui parlent, des tombeaux qui s'ouvrent, du sang répandu partout. La première émotion s'est calmée et Tendurcissement commence. Phte On devient coupable, plus on s'enfonce dans l'ignominie, H n'y a plus fierf là : plus de larmes dans les yeux, de fibres dans le cœur, de frémissements sourds, de terreurs secrètes, de pensées de retour et de repentir. Plus de principes', plus d'honneur, pfffs de rérn'ofds. L'âme est un tombeau. Tout est mort, tout est fini. VoiFà le crime impuni et tranquille. Le critoïneï est séparé de l'ordre moral. Il vit, il jouit, il triomphe; l'insolence du dehors égale la paix du dedans. Et cet homme, ce Néron, oubliant qu'il est l'assassin dé son frère,de ses maîtres, de sa mère, l'auteur' de l'incendie de Rome, le persécuteur et le bôùtréau du genre humain, ne songera plus, quand il sera contraint de mettre fin à sa vie, qu'à son talent pou? fa ntusique et pour le théâtre. Il

mourra en sériant ; Quel musicien va mourir ! Qualis artifex pereo I

La sanction terrestre de la loi inorale est donc insuffisante, incomplète, inefficace. On ne la trouve ni dans les suites naturelles de nos actions, ni dans l'opinion, ni dans l'autorité, ni dans la conscience. ]pjs il y a plus. Quand même toutes ces sanctions diverses seraient complètes, efficaces, suffisantes, toujours proportionnées au mérite ou ail démérite de l'homme ; quand même chaque action trouverai sa peina ou sa récompense dans ses suites naturelles; quand même les lois atteindraient tous les coupables et les punk raient tous ; quand même l'opinion, toujours éclairée au lieu d'être presque toujours aveugle* n'aurait que de l'estime et des louanges pour les honnêtes gens, que (Ju mépris et des flétrissures pour les méchants; quand même la société découvrirait, signalerait, couronnerait toutes les nobles actions et tous les nobles talents ; quand même enfin, pour comble de miracle, la conscience, toujours droite, toujours sensible,paierait chaque jour au juste le tribut de sa généreuse sa^ tisfaction et livrerait chaque jour le méchant aux fouets vengeurs d'un remords que rien n'étouffe, eh bien ! il y aurait encore sur cette terre, malgré tous ces juge-^ ments rendus avec tant de persévérance et d'unani^ mité, des dettes que ni l'opinion, ni la patrie, ni la cons^ cience, ne pourraient acquitter, des traits de lâcheté sans châtiment, des traits de courage et d'héroïsme sans récompense et sans couronnes. G?est une lâcheté de s'oter la vie par le suicide, car on déserte le poste où la Providence nous a mis. Où est le châtiment ? C'est un trait de eourage et d'héroïsme que d'offrir

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son sang pour la patrie et pour la religion. Où est la récompense? La conscience n'aura pour ces lâches et ces héros ni châtiment, ni récompense, si elle ne se réveille pas au delà de la tombe, pour les uns avec tous ses remords, pour les autres avec toutes ses satisfactions. Que peut l'opinion pour ceux qui ne sont plus ? Souvent leur mémoire est plus déchirée encore que leur vie. Aujourd'hui, on les exalte; demain, on les livre à la contradiction; plus tard, on les traînera aux gémonies. Que de statues qu'une génération élève et qu'une autre renverse ! Que de jugements rendus et réformés, sans être plus équitables, et qui sont encore à réviser par l'histoire, ne fût-ce que sur l'acte qui a mis fin à l'existence, où les uns voient un trait de folie, les autres un trait de sagesse, plusieurs un affreux calcul, quelques-uns un sublime sacrifice. Mais non, je veux que l'on s'accorde sur le mérite d'un grand holocauste et que toute la société le loue d'une voix unanime. Quel fruit en revient-il ici-bas à ce héros et à ce martyr? Les larmes de tout un peuple paient-elles le sang répandu pour lui ? Les vaines décorations d'un tombeau sont-elles un habit de gloire durable et immortel? Jamais avonsnous mieux senti l'impuissance de l'homme et de la société à rendre une justice parfaite qu'en présence de ces tombeaux élevés depuis trois ans, par nos mains, sur les champs de bataille qui ont bu le sang de nos soldats ? Qu'avons-nous fait pour tant de malheur, de courage et d'héroïsme ? Qu'aurions-nous pu faire pour le célébrer? Je ne vois partout qu'une pierre modeste où l'on n'a pas même pu graver les noms {Jes héros, parce qu'on ne pouvait ni les connaître ni les compter.

Cette pierre ne recouvre pas même dans tous les lieux les victimes déjà oubliées de la guerre étrangère et de la guerre civile. La Lorraine, la Champagne, l'Alsace, la Bourgogne, la Franche-Comté, F0rléanais,leMaine, l'Anjou, l'Ile-de-France, la Normandie, la Flandre, plus de quinze provinces gémissent, aussi bien que Paris, d'être réduites à de pieuses larmes, à d'inutiles éloges, à des souvenirs imparfaits. Quel spectacle navrant 1 Ce spectacle ne nous accuse pas, car la société française a épuisé son admiration pour vanter tous les mérites, mais il nous instruit en nous démontrant qu'au delà d'une admiration si stérile et d'une reconnaissance si imparfaite, il doit y avoir une autre justice que celle de la terre. Oui, il doit y avoir un tribunal infaillible qui révise les jugements de l'opinion, rectifie les lois, venge la conscience. Oui, notre âme doit attendre au delà du tombeau son juge, son arrêt et sa destinée. Notre âme est immortelle.

II. Cette doctrine que je vous prêche n'est pas de la philosophie abstraite et sans application, c'est de l'histoire. Une maîtresse impérieuse, l'expérience, nous force bien de reconnaître l'impuissance de l'homme à rendre la justice. Depuis que les siècles se forment, s'élèvent, déclinent, changent de nom, quel est le coin privilégié du monde où le règne de la justice ait été je ne dis pas perpétué, mais seulement établi? Les païens conviennent dans leurs traditions que la déesse de la justice a quitté la terre le jour où l'âge d'or y a cessé :

Ultima cœlestûm terras Astrea reliquit.

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C'est au sortir du paradis terrestre, dont l'âge d?or n?est qu'un souvenir caché sous les voiles de la fable, que Caïn fit voir au monde la première action tragique; mais Gain, le premier coupable, sait déjà étouffer ses remords, la première ville est bâtie par ce méchant, et ce méchant y trouve un refuge conlre l'horreur du genre humain.

Je demande justice contre tous les Caïns qui ont tué leurs frères, contre tous les Judas qui ont livré leurs maîtres, contre tous les Tibères et tous les Nérons qui se sont fait un indigne jeu de la vie de leurs sujets, contre tous les Séjans qui ont flatté Tibère dans ses rancunes, contre tous les Gromwels qui ont dévoré tranquillement les fruits de leur usurpation triomphante et qui ont vécu en paix avec le monde entier sur le trône usurpé par leur scélératesse. Où est le châtiment des bourreaux?

Je demande justice pour tous les Abels immolés dans leur innocence, pour les saints, les justes, les prophètes de l'Ancien Testament qui ont erré dans les déserts, qui ont été poursuivis, sciés en deux, mis à mort par le glaive; justice pour les apôtres et les martyrs du Nouveau Testament qui ont livré leur tête plutôt que leur conscience sur tous les échafauds de l'iniquité humaine ; justice pour' tous les missionnaires de la vérité que l'erreur persécute encore aujourd'hui sur tous les rivages, et qui paient de leur sang leur courage, leur dévouement et leurs vertus. Où a-t-on vu dans l'histoire la récompense des martyrs?

Justice contre le crime prospère et triomphant I II n'a cessé de prospérer et de triompher avec la der-

nière insolence. Du haut en bas de la société ancienne et moderne,depuis les Aehabs et les Jézabels de village, qui volent le champ du potier et qui s'engraissent par l'usure de la substance du pauvre, jusqu'aux Athalies, aux Hérodes, aux Antiochus, qui usurpent les cou-*ronnes, dévorent des États, agrandissent démesuré*ment leur domaine et font douter, par le spectacle de cette gloire et de go bonheur, s'il y a encore d'autre droit que la force, d'autre loi que la victoire. Où a-t-on vu dans l'histoire le châtiment de l'envieux, du calomniateur, du superbe, de Pavare, du voluptueux, du voleur et de l'hypocrite?

Justice pour la vertu ignorée et malheureuse, soit qu'on la relègue dans l'humble cabane du pauvre, soit qu'on la chasse du milieu du faste et de la grandeur ! Justice î justice ! L'envie attaque la vertu de toutes parts, la calomnie la poursuit, le monde la dédaigne, on l'oublie, on l'outrage, on la foule aux pieds ; la mort arrive sur les pas de l'injure, et la vertu, méconnue jusque dans la tombe, est ensevelie par l'ingratitude dans un éternel oubli. Où a-t-on vu dans l'histoire la récompense de la modestie, de la pauvreté, de la résignation, de la douceur et du silence ?

Les peuples passent, les iniquités demeurent, et la justice est toujours absente. Athènes et Sparte sont passées, mais Godrus, qui a sauvé Athènes en mourant pour elle, n?a point reçu le prix de son héroïsme ; Lycurgue, qui a donné des lois à Sparte, est mort aveugle et malheureux ; Solon s'exile ; Aristide est banni parce qu'il est juste; Socrate est condamné à boire la ciguë parce qu'il enseigne la morale, qu'il

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honore la patrie et que l'oracle de Delphes l'a déclaré le plus sage des mortels. Carthage et Rome sont passées, mais Rome n'a point sauvé Régulus, quoiqu'elle eût été singulièrement grandie par la fidélité que ce Romain garde à son serment ; mais Garthage n'a pas été touchée de cette fidélité magnanime, et on le crucifie parce qu'il refuse d'être parjure. L'antiquité passe tout entière, ses monuments s'écroulent, mais le souvenir des jugements iniques, des vertus méconnues, des sacrifices généreusement offerts, des vies prodiguées pour la patrie, demeure debout. Point de juge, point de palme, point d'arrêt définitif au bout de toutes ces annales, fussent-elles les plus longues et les plus glorieuses des temps anciens.

Les peuples modernes se sont vantés d'avoir mieux connu, pratiqué et rendu la justice, comme si leur histoire était autre chose que la lutte perpétuelle entre le droit et la force, entre l'honnêteté et l'intrigue, entre la faiblesse abandonnée par la trahison et l'usurpation couronnée parla victoire. Frédégonde achève tranquillement dans son lit une vie toute souillée de crimes, et l'on ne sait ce qu'il y a de plus extraordinaire dans l'histoire de Cromwel, ou des attentats auxquels il a attaché son nom, ou de cette longue tranquillité de son protectorat, qui, quoi qu'en dise Bossuet, n'a pas étonné l'univers. Mais saint Louis meurt sur la terre étrangère, Jean le Bon dans sa prison de Londres, Henri IV sous le couteau de Ravaillac,Charles Ier sur l'échafaud de Whitehall, Jeanne d'Arc dans les flammes d'un bûcher. Il ne sert donc à rien ici-bas d'aimer les peuples, d'en être appelé le père et de les sauver ! Golbert, à son lit de mort, se

reproche d'avoir servi un roi qui l'oublie, et Luxembourg, qui a tapissé pour ce prince les voûtes de Notre-Dame avec cent drapeaux enlevés à l'ennemi, reconnaît enfin que les rois de la terre ne tiennent aucun compte de tout le sang répandu pour eux. Une sert donc à rien ni aux hommes d'État ni aux héros d'aimer leur maître et de tout sacrifier pour lui ! Homère et Job, les plus grands poètes de l'antiquité, avaient connu la maladie, la misère et l'oubli; mais la fortune n'a pas fait aux poètes des temps modernes des destins meilleurs: Milton est devenu aveugle comme le vieil Homère, Dante a mangé le pain amer de l'exil, le Tasse est mort sans avoir reçu la couronne, Paris a oublié et méconnu Corneille dans sa vieillesse, un regard de Louis XIV a ôté à Racine la faveur et la vie. 0 génie de l'homme, tu as beau prendre la lyre et rendre le monde attentif à tes chants, tu ne conjureras ni l'envie ni la haine. Orphée a fait pleurer les lions, mais ses semblables l'ont déchiré et mis en pièces. Les prodiges de l'éloquence n'ont sauvé ni Gicéron de l'exil ni Démosthènes de la servitude. L'histoire des sciences, des arts et des lettres est, depuis le commencement,l'histoire du génie incompris, et du talent malheureux. Poète, orateur, philosophe, c'est assez que tu serves la vérité pour n^obteuir jamais justice. Et si jamais l'échafaud se dresse, voici Roucher et Ghénier qui y montent avec Lavoisier et Malesherbes. Le nom de Buffon est un crime, et celui qui le porte paie de son sang la gloire paternelle.

Mais je vois que j'ai déjà ouvert les annales de la révolution^ la révolution n'a-t-elle pas pris le nom de la justice ? Ah ! quelle usurpation sacrilège ! Jamais

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les injustices, ont-elles été plus pajeus#s et pendant plus triomphantes?

La révolution avait promis d# faire redescendra }a justice sur la terre et de rendre à chacun selon ses mérites. Ouvrez les yeux et voyez.

Qui a-t-ou vu monter au Capitole ? Quj a.-t-0ij vu monter à Péchafaud ?

Au Capitule, les citoyens, indignes qui tua lenteurs frères au nom du s^lut public et qui allaient \& lendemain, la vpix flore, Ja tête haute, }es mains {ejptes de sang, déclarer à la face du splei) qu'ils avaient saiiyé la France en la uoyant dans le sang (les Français ;

Je jure que tel jour j'ai sauyé la patrie.

A l'échafaud, le plus vertueux et le plus paternel dps rois, dont uu roulement de tambour a couvert la pa.role quand U déclarait qu'il mourait innoceut,et que la religion lui disait avec fant d'autorité et de confiance: « Fils c|e sgjut Louis, montez au ciel | ?

Ce tambour impje ft*| pas cessé (Je rouler sur nos têtes, et la voix de la justice es,t eucore étouffée,

ka yqjx de Ja justice est étpuffée par le sophisme, le menspnge ef la calomnie : témoins Ges journaux, ces reyues,, ces livres qui ont entrepris de pervertir l'hstoire, d'égarer Je pfluple, 4' excuser, (Je justifier, de glorifier 1§ parricide, en sorte que depuis quatrevingts ans, le 21 janvier nous ramène chaque aquée l'apologie (Je l'assassinat et que les génératious actuelles se façonnent encore une fois à redresser réchafaud. Voilà les crimes de la plume et de la parole : où est le châtiment?

DÉMONTBÉË PAR LA NOTION Dtf LA JUSTICE. 71

La voix de la justice est étouffée par l'impiété et le blasphème, témoins ces prêtres poursuivis par les huées de la foule, eux qui viennent de se montrerles meilleurs amis de la patrie ; ces frères des Écoles chrétiennes dont on suspecte renseignement et dont on raille le modeste habit,eux qui sont allés ramasser nos soldats sous les balles ; ces sœurs de Charité, ces petites sœurs des Pauvres, à qui on envie nos refuges et nos hospices, elles qui viennent de retourner de leurs mains délicates le lit de nos blessés, de remplacer leurs" mères absentes, de soigner chacun d'eux comme une mère tendre soigne son fils unique, de leur fermer les yeux avec tant de douceur, de les ensevelir avec tant de piété, souvent sans les connaître, jamais sans les pleurer. Voilà le dévouemenl : ouest la récompense ?

La voix de la justice est étouffée non-seulement par la guerre étrangère, mais par la guerre civile, dans ce siècle qui s'était promis de ne plus faire éclater la poudré qu'en signe de réjouissance. Paris a vu des spectacles que nos ancêtres n'avaient pas connusdans les- jours les plus mauvais de la Terreur. Il a vu des religieux, des soldats, des magistrats,etàleur tête un grand pontife, entassés pêle-mêle dans une prison sous le titre d'otages. Cette captivité a duré sept semaines; Ni les injures ni les calomnies iront été épargnées à ces nobles victimes. Eh bien ! la Commune de Paris ne leur a pas fait plus de grâce que les tyrans de la Corée n'en ont fait à nos missionnaires, et si ceux du Japon viennent de retirer leurs édits contre les chrétiens, ce n'est pas de cette Commune impie qu'ils eh ont reçu l'exemple. Les jours de Néron sont

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revenus en plein xixe siècle. Le christianisme naissant n'était pas plus odieux aux Romains corrompus qu'il ne l'est devenu, après dix-huit siècles de bienfaits, à ce Paris égaré et perverti. Les otages sont tombés sous les balles en priant pour leurs bourreaux. Voilà le dernier holocauste offert, après tant d'autres, au monstre de la révolution. Le sang coule toujours. Le sang offert par les successeurs de saint Denis n'est jamais le dernier versé. Qui dira ce qu'il vaut ? Qui le paiera ce qu'il coûte ? Quand la conscience publique se retrouve, vous détestez tous les crimes, vous élevez des monuments expiatoires, vousgravezsur des tables de marbre les noms des victimes, vous les proposez à l'admiration de la postérité. Voilà jusqu'où va la justice des hommes quand les hommes la rendent. Mais cette justice n'est pas unanime. Que de criminels qui regrettent la Commune et qui en attendent le retour 1 Que de lâches qui lui vendraient leur honneur et leurs biens pour garder leur vie ! Que de complices parmi les gens qui se disent honnêtes ou qui font semblant de l'être ? Et fussions-nous tous sincèrement repentants ou complètement innocents devant ce nouveau martyre, la vie donnée pour la patrie et pour la religion par ces victimes du devoir n'en est pas moins un sacrifice sans compensation et sans récompense, dont vous sentez à ' peine toute la grandeur, sans pouvoir en offrir le prix. Voilà le véritable héroïsme : où est la véritable gloire? Grâce à Dieu, l'héroïsme est toujours de ce monde ; la justice, jamais 1

Le voix de la justice a été étouffée partout dans le monde contemporain : en Gochinchine, dans les sup-

plices de nos martyrs; au Mexique, dans la sanglante trahison de Queretaro; aux Etats-Unis, dansles rigueurs que le Nord victorieux a déployées contre le Sud et dans la guerre d'extermination qu'il prépare contre les Indiens. La Turquie a encore dans les mains le sang des Maronites, et l'âme de laPologne rend son dernier soupir dans la résignation de l'exil. Le Danemark, à moitié dévoré, n'est plus que le débris d'un royaume; la Saxe n'en est plus que l'ombre, et le Hanovre n'en a pas même conservé le nom. L'Autriche chancelle encore sur ses bases, à peine remise de la bataille perdue par la force du droitcontrele droit delà force. L'aigle d'un nouvel empire étend partout ses serres triomphantes. Il chasse des bords du Rhin et des montagnes des Vosges cette vaillante jeunesse d'Alsace et de Lorraine, à qui la politique n'a laissé que le choix entre la douleur de quitter la terre natale et la honte de renoncer à la France et de porter les armes contre elle. Justice, Seigneur, justice 1 Ils viennent chercher dans nos villes, dans nos collèges, dans nos régiments, une terre hospitalière. Ils ont pu dire aux os de leurs ancêtres : Levez-vous, suivez-nous dans un climat lointain, venez partager nos destins dans cette Algérie qui est encore un pays pour nous, car la Méditerranée qui la sépare de notre continent est un lac français. Ils ont emporté le souvenir, l'image, les os de leurs pères; mais ils ont laissé derrière eux le champ qu'ils aimaient; ils ont laissé au foyer une vieille mère qui les pleure; ils ont attendu jusqu'au dernier jour, jusqu'à la dernière heure, pour franchir la frontière nouvelle, voulant jouir jusqu'à la fin de l'air natal, de la vue de leur clocher et des embrassements de leur

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mère. Je tous salue du haut de cette chaire, nobles exilés. Soyez les bienvenus. Vous en êtes la preuve vivante, le patriotisme est toujours de ce monde, la justice jamais!.

Terre sacrée de la justice et de l'honneur, si tu as jamais existé quelque part, où es-tu, dis-le nous, et qu'es-tu devenue dans cet immense naufrage de la société contemporaine? Ne la cherchez plus au delà des Pyrénées, le vol et l'assassinat ont souillé l'Espagne ; la guerre civile la désole ; le trouble, la confusion, l'anarchie, la couvrent de ténèbres; l'Espagne, la terre des preux, est devenue méconnaissable. Ne la cherchez plus dans cette Suisse autrefois si fière de ses traditions. Elle exile ses évêques, c'est-à-dire ses meilleurs citoyens, et l'asile de tous les révolutionnaires ne peut plus supporter la vue de l'honneur, du droit, de l'éloquence et de la charité. Ne la cherchez plus au delà des monts, dans cette Italie dont le nom signifie ruse, trahison, injustice, spoliation du faible, triomphe de l'audace, de l'ambition et de l'impiété. Là, je vois s'écrouler un trône, et c'est celui qu'avaient élevé de concert et Constantin et Gh arlemagne; c'est celui auprès duquel l'épée de la France a veillé pendant tant de siècles, et que l'ombre de son drapeau eut suffi encore à protéger, c'est celui du vicaire de Jésus-Christ. Et à la même place, sur ses ruines augustes, de l'autre côté du Tibre, en face du Vatican, au

Quirinal, unautre s'élève Jen'achève pas, mais je

regarde Pie IX et je m'écrie: Grâce à Dieu, la sainteté est toujours de ce monde, mais la justice jamais î jamais !

Il faut donc en prendre notre parti. Il faut répéter,

pour tous les peuples et pour tous les temps, ces graves paroles du Sage : J'ai vu sous le soleil V impiété au lieu du jugement, et V iniquité au lieu de la justice. J'ai dit dans mon cœur: Dieu paiera le juste et Vinjuste, et alors ce sera le temps du rétablissement de toute chose (1). Non, mon Dieu, non, vous ne voyez pas cependant du même œil l'amitié et la trahison, la générosité et l'avarice, l'irrévérence et le respect, la piété et le blasphème. Non, vous ne laisserez pas s'évanouir, au sortir de ce monde, dans un commun néant, ceux qui volent et ceux qui sont volés, ceux qui tuent et ceux qu'on immole, ceux qui ont abusé de la vie et ceux qui Font donnée pour leur patrie et pour leur religion. Non, vous n'avez pas borné nos jours à cette vie présente, car les impies vous provoquent et vous insultent, leur succès ne fait que s'accroître, et ceux qui ont faim et soif de la justice vous croiraient d'intelligence avec eux. Mais il y a par delà les jours un jour béni où tous les hommes entreront, innocents et coupables, les uns dans la demeure lumineuse promise à leurs vertus, les autres dans la prison creusée parleurs vices. Ici-bas, partout le devoir, nulle part la récompense ; partout le crime, nulle part le châtiment. Partout des mérites oubliés, des sacrifices méconnus, des larmes que la main des anges ne saurait elle-même essuyer dans les yeux des mères, un sang pur, un sang précieux, le sang des héros et des martyrs que le monde entier ne rachèterait pas. Il y a six mille ans que ces mérites s'accumulent, que ces sacrifices se renouvellent, que ces larmes tombent sans être es-

(1) Ecoles., i, 14.

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suyées, que ce sang coule sans être payé dans la vie présente. La révolution, loin de ramener la justice, Fa rendue encore mille fois plus imparfaite et plus rare. La justice est toujours exilée de la terre. Le juge est toujours absent au bout de la carrière, et nulle main ici-bas n'a cueilli la vraie palme. 0 justice, découvrez-vous enfin au delà du tombeau. Recevez-moi, mon Dieu, et ouvrez-moi votre sein pour me venger. Disons-le pour expliquer les injustices du monde et pour absoudre la justice de Dieu, disons-le bien haut, c'est notre consolation de le croire, ce sera notre espérance de le redire plus haut que jamais à l'heure de notre mort : ici le combat, ailleurs la couronne.

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