CINQUIÈME CONFÉRENCE
Le dogme de la vie future est établi, de la manière la plus irréfutable, par trois ordres de preuves qui donnent à la raison humaine une satisfaction complète.
Nous avons trouvé le premier ordre de preuves dans l'étude de l'âme humaine. La nature, Forigine, Fexcellence de notre âme, nous disent assez qu'elle est immortelle ; sa destinée nous le démontre avec évidence. Notre âme sera, parce qu'elle est. Elle sera dans un autre monde, parce qu'elle ne peut pas atteindre sa fin dans le monde présent. Ici le rêve du bonheur, ailleurs son ivresse.
Le second ordre de preuves nous fait remonter de Fhomme à Dieu, pour demander à Dieu lui-même, dans une autre vie, cette justice exacte, mesurée, proportionnelle, dont notre âme est altérée, mais que toutes les sanctions de la vie présente, isolées ou
réunies, n'ont pu lui offrir ni dans l'opinion, ni dans la loi, ni dans la conscience, ni dans la suite naturelle de nos actions. Ici le combat, ailleurs la couronne.
Les témoignages des hommes forment un troisième ordre de preuves non moins sensibles et non moins convaincantes. Nous avons entendu répéter de siècle en siècle et de peuple en peuple le cri que l'humanité pousse vers le bonheur et vers la justice. Nous avons constaté l'universalité de ce témoignage dans les temps anciens et dans les temps modernes. La civilisation et la barbarie, la gentilité et le judaïsme, déposent, avec une égale conviction et une égale persévérance, dans cette vaste enquête ouverte sur les espérances que l'humanité a mises dans un autre monde.
Cette unanimité ne saurait s'expliquer ni par l'autorité d'une école ou d'une religion nationale, car la croyance à la vie future est indépendante de toute étude, supérieure à toute école, antérieure à l'établissement même de l'idolâtrie ; ni par l'intérêt des passions humaines, car les passions ont au contraire tout intérêt à la contredire; ni par l'expérience des sens, car les sens, bien loin de nous affirmer l'immortalité de l'âme, ne nous affirment pas même son existence. Il faut donc voir dans cette unanimité non pas la surprise, l'erreur ou l'entraînement, mais la marque authentique de la vérité même. Ici l'exil de l'humanité, ailleurs sa patrie.
Toutes les voix se réunissent ainsi, au ciel et sur la terre, pour nous dire avec un admirable concert:Notre âme est immortelle. Vous voulez savoir davantage, vous demandez avec une curiosité bien naturelle : Quelle est cette vie future qui nous attend ? Après
la certitude de la vie future, il vous faut la notion de la vie future. Or il y a deux réponses à cette question : l'une est embarrassée, incertaine, contradictoire et ridicule, c'est celle de l'incrédulité ; l'autre nette, claire, complète, facile à retenir, c'est celle de la religion. Examinons aujourd'hui la première réponse. Je l'intitule la fausse notion de la vie future. Ici je me trouve en face de deux sortes d'adversaires : les uns se disent les interprètes de la science, les autres les défenseurs de la foi. Les uns donnent pour titres à leurs livres : la Vie future selon la science, les autres affirment dans leurs journaux et leurs revues qu'ils viennent rendre au monde la foi à la vie future. Leur science, hélas ! est bien courte, leur foi est plus courte encore. Ce n'est pas de la science, mais de l'ignorance ; ce n'est pas de la foi, mais de la superstition. Ignorance et superstition, voilà les deux mots qui caractérisent le mieux la fausse notion de la vie future.
I. La raison humaine, abandonnée à ses propres forces, a beau avoir les motifs les plus graves, les plus décisifs, les plus pressants, pour croire et professer le dogme de l'immortalité de l'âme : une fois qu'elle se sépare de la révélation, ou elle doute, ou elle invente, et nous n'avons plus de la vie future ou qu'une notion vague, confuse, incertaine, ou qu'une affirmation aussi pleine d'audace que de mensonge.
Je vous ai cité les anciens, et j'ai invoqué leur témoignage dans la grande enquête que nous avons faite sur les croyances de l'humanité. Or, les mêmes hommes, dès qu'il s'agit de définir et de préciser cette
croyance, hésitent, se troublent, se contredisent, deviennent sceptiques.
Le génie le plus vaste que l'antiquité grecque ait produit, Aristote, qui a écrit avec tant d'autorité, de grandeur et d'exactitude sur la politique et sur l'éloquence, sur la poésie et sur l'histoire naturelle, parle de l'âme de telle sorte que sa propre croyance est restée un problème. Ceux qui l'ont commenté avec le plus de sagacité se demandent encore si l'âme est à ses yeux une force personnelle, et s'il admet pour elle une forme quelconque dans la vie future.
Le génie le plus universel de l'ancienne Rome, Cicéron, qui fut tout à la fois, dans le siècle d'Auguste, le prince des orateurs,des critiques et des philosophes, a déclaré que la philosophie doit s'incliner devant la croyance unanime des peuples. Eh bien! tournez la page, cette vie des âmes justes qu'il vient do peindre n'est peut-être qu'un songe, peut-être cette croyance est-elle un préjugé. Peut-être, toujours peut-être !
Ce peut-être, César même ne le prononce plus. En plein siècle d'Auguste, en plein sénat, il entreprend de justifier Gatilina, qui avait voulu incendier Rome ; il propose une amnistie pour ce grand coupable, déclarant que la mort est la fin de toutes les peines et qu'après la mort il ne peut y avoir ni soucis, ni joies, ni peines, ni récompenses.
Ce peut-être ne peut pas même consoler les derniers partisans delà république, après les sanglantes journées de Pharsale, de Philippes et de Munda. Brutus déchire ses entrailles en maudissantles dieux ; Gaton d'Utique se donne la mort en lisant le Phédon, et la lecture de ce beau traité n'est pas assez forte sur son
âme pour lui faire supporter la vie présente ni espérer la vie future. Virgile laisse échapper l'expression du doute au milieu des larmes de sa piété. Quand il nous montre le vieux Priam égorgé par Pyrrhus aux pieds des autels domestiques, il lève vers le ciel un regard désespéré et se demande s'il y a un autre monde pour réparer de telles injustices :
Si qua est cœlo pietas quee talia curet.
Tacite, le plus grave des historiens, après avoir célébré les vertus et les exploits d'Agricola, déclare qu'il ne saurait dire si la grande âme de ce héros n'est pas morte tout entière. Enfin, jusque dans le second siècle de l'ère chrétienne, le dernier des sages du paganisme, le philosophe couronné qui a, par ses vertus naturelles, emporté l'admiration de plusieurs docteurs de l'Église, Marc- Aurèle, hésite tellement sur la vie future qu'il finit par n'y plus croire, en accusant les dieux de ne pas l'avoir suffisamment révélée. Il écrit dans ses Pensées : « Gomment se fait-il que les dieux, qui ont si bien ordonné toute chose et avec tant de bonté pour les hommes, aient négligé ce seul point ? Gomment se fait-il que les gens de bien, d'une vertu véritable, qui ont eu pendant leur vie une sorte de commerce avec la divinité, qui se sont fait aimer d'elle par leur piété, ne revivent pas après la mort et soient éteints pour jamais ! »
Vous le voyez, le doute aboutit ici à la négation, et c'est le dernier mot de Rome païenne dans la bouche du dernier et du plus illustre de ses philosophes.
C'est aussi le dernier mot d'Athènes dans la dernière et la plus grave de ses assemblées. Quand saint Paul
parut devant l'aréopage, on l'écouta d'abord avec intérêt. Il se concilia, par un exorde plein d'à-propos, l'attention de son illustre auditoire, montra l'autel que les Athéniens avaient élevé au Dieu inconnu, déclara qu'il en était le prêtre et l'oracle, cita Euripide sur l'origine de l'homme et se mit enfin à réciter, dans un magnifique langage, tout le symbole de la foi chrétienne. Mais, arrivé à la vie future, à la résurrection des morts et au jugement dernier, on l'interrompt, on éclate de rire. «Nous vous entendrons une autre fois. » C'est ainsi que l'apôtre fut congédié par les sceptiques et les épicuriens de la Grèce. La dernière sentence que l'aréopage ait prononcée dans le monde est une sentence de raillerie contre le dogme de la vie future. C'est sur cette sentence que l'aréopage se ferme, qu'Athènes tombe dans l'oubli, et que la plus brillante civilisation de l'antiquité descend tout entière dans le tombeau : tant il est vrai que la raison humaine, eût-elle pour temple l'aréopage d'Athènes ou le sénat de Rome, pour organes Aristote, Cicéron, Virgile, César, Brutus, Caton, Tacite ou Marc-Aurèle, bégaie, babultie, hésite, doute et finit par nier ce dogme fondamental. A plus forte raison est-elle incapable d'en conserver la notion, et les peuples qui la gardent si obstinément ne doivent rien, non, rien à la science, rien si ce n'est les doutes qui les troublent et les nuages qui pèsent sur leurs esprits.
L'orgueil humain a une autre forme. Quand il est las de douter, il invente et il donne à ses inventions la même étiquette qu'à son scepticisme : la science, toujours la science ! Cette seconde forme de l'orgueil, parée toujours du même titre, n'a pas beaucoup
changé de doctrine depuis six mille ans ; les modernes l'ont empruntée aux anciens ; mais ils la reproduisent avec un peu moins de charmes, d'agréments et surtout de vraisemblance. Cette doctrine, c'est la métempsycose.
La doctrine de la métempsycose est singulièrement chère à la curiosité de l'esprit humain. On la trouve j dans l'Inde, dans la Chine, en Egypte, en Grèce, en Italie, dans toutes les religions et dans toutes les écoles de l'antiquité. Pythagore lui a donné l'autorité de son nom,, Platon l'enseigne dans sa République, Virgile l'a embellie encore dans la description qu'il faitduLéthé et des âmes errantes sur les bords de ce fleuve. D'après ce dogme, l'âme en sortant de notre corps passe dans un autre corps et recommence une nouvelle vie. Si dans la première épreuve elle a bien usé de sa liberté, elle obtient en partage, pour la seconde, un corps mieux organisé; si elle a abusé des dons de la Providence, elle descend de quelques échelons dans la hiérarchie, et la seconde épreuve est moins glorieuse que la première.
Les anciens avaient composé une fable charmante pour expliquer la métempsycose. Comme personne ne se souvient d'avoir vécu il y a deux ou trois mille ans, il fallait bien rendre compte de ce défaut de mémoire. Ils avaient donc imaginé un vaste fleuve où- l'on buvait l'oubli de la vie passée jusqu'à ce qu'il n'en restât plus la moindre trace, et quand la dernière réminiscence était effacée, l'âme purifiée et renouvelée par ces eaux salutaires recommençait sa carrière icibas. Platon nous introduit dans une vaste plaine où les âmes des morts sont appelées à choisir leur
condition nouvelle. Le choix reste libre : mais chacun apporte ici ses goûts et ses passions. Ainsi Agamemnon est changé en aigle, Ajax devient un lion, et Thersite, qui a amusé les Grecs par ses bouffonneries, est exilé dans le corps d'un singe. Virgile, plus poëte encore que Platon, offre à ses héros des corps plus dignes de leur grande âme. Il voit Rome par avance dans les héros de la Grèce, et salue les Fabricius, les Gaton, les Marcellus, dans ces ombres qui achèvent de boire Feau du Léthé pour recommencer, en l'honneur du Gapitole, leur vie magnanime. Pythagore s'était sans doute laissé un peu distraire sur les bords de ce fleuve mystérieux,' car il n'avait pas tout à fait oublié la vie passée; il se refusait, par délicatesse de conscience, de toucher aux fèves ou à certains autres légumes, craignant d'y trouver quelque âme de ses amis, et un jour qu'il vit un bouclier dans un temple, il déclara qu'il le reconnaissait pour être celui qu'il avait porté au siège de Troie.
Ne rions pas trop des anciens, car les modernes, avec toute leur science, sont encore un peu plus insensés, une fois qu'ils veulent entrer dans le domaine de la vie future. Ils renoncent, il est vrai, à envoyer , au sortir de ce monde, notre âme dans le corps des bêtes ou à l'enfermer dans la grossière enveloppe d'une fève. Leur système est mieux ordonné, et la gradation est irréprochable, mais la folie n'en est que plus grande sous des apparences plus scientifiques. A leurs yeux, tous les êtres de la nature forment comme un grand cercle, dont la fin touche au commencement, et qui les relie en une seule famille : la famille universelle des mondes. Ce cercle
immense commence et finit par le soleil. L'âme née du soleil descend d'abord sous une forme assez grossière dans l'air et dans l'eau, là elle anime la plante ; elle se développe ensuite dans l'animal sous l'action de la lumière ; elle passe d'animal en animal,, mais toujours d'un moins parfait dans un plus parfait, pour aboutir à l'homme. Après la métempsycose terrestre commence la métempsycose céleste, l'être surhumain se spiritualise toujours davantage et finit par rentrer dans le soleil d'où il est sorti. . Voilà la métempsycose moderne. Ce système s'appelle la vie future selon la science (1). Or, cette science suppose tout et ne prouve rien.
Cette science suppose une vie antérieure, mais ni le corps, ni l'âme, ni la pensée, ni la sensibilité, ni la volonté, ni la mémoire, n'en ont gardé la m oindre trace. De bonne foi, où, quand et comment vous souvenez-vous d'avoir existé ? Je vous demande une preuve, une ombre de preuve, un soupçon ; vous n'avez rien, moins que rien à m'offrir,etvous appelez cela de la science ! Science soit, mais une science qui ne sait rien !
Votre science prétend que cette existence antérieure est nécessaire pour expliquer les inégalités de la vie présente, et que nous sommes, dès ce monde, punis ou récompensés pour les fautes ou les vertus de notre vie ,passée. Mais, de grâce, soyez donc conséquents, avec vous-mêmes. Vous nous contestez chaque jour
(1) Ce système, inauguré par M. Jean Reynaud, Terre et Ciel, continué par M. Figuier, le Lendemain de la mort, a été perfectionné par M. Flammarion, Dieu dans la nature.
les peines de la vie future pour servir de châtiment aux fautes que nous commettons chaque jour et dont nous sommes très-responsables, et voilà que vous m'imputez une vie passée dont je n'ai ni connaissance ni souvenir, pour nous expliquer la vie présente. Vous doublez le mystère et vous dites: c'est de la lumière; vous accusez Dieu d'être trop sévère, et vous lui prêtez la rigueur d'un tyran.
Votre science affirme que l'épreuve de la vie recommencera pour nous dans un autre monde. Qu'est-ce que Fhistoire en sait? Rien, moins que rien.*Les mathématiques ? Encore moins. La physique? Toujours de moins en moins. La théologie? Elle vous condamne. La philosophie ? Elle vous déclare, d'accord avec la religion, que la vie présente est le temps de l'épreuve et que la vie future est le temps de la justice. Avec la métempsycose vous renversez tout. Du temps de l'épreuve vous faites le temps de la justice pour une vie passée dont nous n'avons pas le moindre souvenir; et du temps de la justice vous faites le temps de l'épreuve pour une seconde vie future dont nous n'avons pas la moindre notion.
Ici les habiles nous arrêtent et nous disent : « Vous oubliez l'astronomie. C'est là qu'est toute la vérité et toute la grandeur du système, c'est par là que la science laisse bien loin derrière elle toute la philosophie des anciens et des modernes. Notre science s'appuie sur les découvertes récentes de l'astronomie pour placer dans les astres cet autre monde où nous allons recommencer indéfiniment les épreuves du bien et du mal. »
J'arrête à mon tour les habiles et je leur demande
en quoi ces récentes découvertes peuvent autoriser la doctrine de la réincarnation des âmes. Parlons d'abord de la lune ; la lune est notre voisine, et le chemin qui mène jusqu'à elle est assez court. Il est communément reçu qu'on y a découvert des montagnes. Ce ne sont que pics abrupts, crevasses profondes, rocs décharnés. La géologie de la lune est déjà fort connue. Elle a des déserts de sable, des plaines couvertes d'alluvions, des cratères mal éteints et aussi grands que l'Etna. Mais pour tourmenter notre curiosité sans la satisfaire, point d'atmosphère, point de liquides, point de gaz, et par conséquent point d'habitants, ou du moins s'il y en a eu, ils sont morts, enterrés et réduits à l'état fossile. Allons, mon âme, résigne-toi à ne pas aller recommencer ta vie dans la lune, car tu n'y trouverais point de corps, la science est obligée d'en convenir, elle avoue que dans l'état actuel de la lune, l'homme réincarné n'y pourrait pas vivre.
A défaut de la lune, voici Mars, Vénus, Jupiter. Mais on en sait sur eux beaucoup moins long que sur la lune, dont on sait si peu de chose. Mars ressemble à la terre pour la figure, Vénus étincelle de clartés, Jupiter est quinze cents fois plus grand que notre planète ; les mois, si quelqu'un les compte, y sont des années; les fleurs, s'il y a des fleurs, y vivent des siècles ; les habitants, s'il y a des habitants, ne se doutent pas même que nous existons. Saturne,. Uranus, Neptune, plus éloignés encore, ne sont pour, nous que des points lumineux. Au delà, vous n'avez plus de noms, pas même des lueurs, mais des espaces, des profondeurs, des mystères, des énigmes toujours plus profondes, plus incompréhensibles et plus
incommensurables. Un seul de ces mondes est-il habité ? L'astronomie l'ignore. Est-il seulement habitable? Elle n'ose pas l'affirmer. Et cependant la métempsycose, se substituant à l'astronomie, déclare que ces mondes sont habitables, ce n'est pas assez, qu'ils sont habités, c'est encore trop peu, que c'est nous qui les habiterons à notre tour en nous réincarnant après notre mort. Des preuves, point 1 Des vraisemblances, pas davantage! Des conjectures échafaudées sur des conjectures, des hypothèses sur des hypothèses, et au bout le Credo à signer, la vie future selon la science !
Eh bien ! j'accorde tout à la science : l'existence antérieure de l'âme, malgré la raison et la justice; la vie qui recommence pour elle, quand même cette vie ne lui est ni due ni promise; toutes les planètes pour la recommencer, quand même ces planètes ne seraient ni habitées ni habitables; toutes les réincarnations possibles dans la lune, dans Mars et dans Vénus, dans Jupiter et dans Saturne ; des millions et des millions d'années occupées à ce voyage, et le voyage toujours à refaire. Mais enfin il fautfinir. Cette ascension d'étoile en étoile, dont se compose notre vie future, doit-elle se prolonger à l'infini? Alors la vie n'a plus debut.Ou bien, après plusieurs migrations et plusieurs épreuves, notre destinée sera-t-elle fixée ? Alors pourquoi cent épreuves au lieu de dix, et pourquoi deux au lieu d'une seule? Vous voilà ramenés fatalement au dogme chrétien, ou condamnés à refuser à votre vie tout but et à Dieu toute sagesse et toute raison.
C'est là le défaut capital de la métempsycose. Outre qu'elle n'a pour elle ni preuve ni autorités,
elle enlève à l'ordre moral toute sanction, elle livre l'homme à la dépravation de son âme, et elle fait de Dieu le jouet de sa créature.
Pourquoi l'homme qui a refusé de pratiquer dans le premier cycle de sa vie la piété, la justice et l'honneur, serait-il plus religieux, plus équitable et plus digne dans le second? Si Dieu lui doit une seconde épreuve, de quel droit pourrait-il lui refuser la troisième? Après la centième comme après la troisième, son esprit peut être toujours aveugle, son cœur toujours ingrat, sa volonté toujours pervertie, et Dieu serait condamné à lui rendre, de monde en monde et d'étoile en étoile, le moyen de l'offenser toujours 1 A chaque heure marquée pour sa transformation, le pécheur lèverait la tête avec orgueil et dirait à Dieu: Je ne t'ai pas encore servi; mais qu'importe, mon heure n'est pas venue, donne-moi une autre vie dans une autre étoile ; et là, le front encore plus haut, la langue plus libre, il s'écrierait encore : « Nonserviam! Je ne te serrai jamais f » Il monte, il monte toujours, il passe ainsi de Jupiter à Vénus, de Vénus à Saturne, il achève ce voyage immense de circumnavigation dans les temps et les mondes, et quand les soleils viennent à lui manquer, du fond de la dernière planète où il s'est obstiné à crier à Dieu : Non serviam l il crierait encore : « Ce n'est pas assez, fais-nous d'autres soleils et d'autres mondes, car, si tues las de m'attendre, je ne suis pas las de me réincarner, de te blasphémer et de te maudire. »
Voilà pour le méchant la conclusion donnée à tout l'ordre moral dans le système de la réincarnation des
âmes. Quelle absurdité ! Mais autant cette conclusion flatte le méchant et lui assure l'impunité, autant elle désespérerait le juste par la perspective d'une nouvelle épreuve et d'une nouvelle lutte. Ainsi tous les termes sont renversés. Jusqu'ici les hommes se plaignaient des fatigues de la vie, et la philosophie répondait: «Il faut bien mériter le repos par le travail. » Mais voici une doctrine qui ne nous promet que le travail, encore le travail, toujours le travail. Je lis dans la Revue des Deux-Mondes ces mots signés par une femme trop célèbre, le 1er mars 1871, entre la guerre étrangère et la guerre civile : « La mort, qui interrompt notre tâche ici-bas, n'est pas une dispense de recommencer ailleurs. Il serait commode, en vérité, d'aller s'asseoir au septième ciel pour avoir vécu une fois (1). » Quoi ! nous n'aurions vécu que pour recommencer à vivre ! Quoi 1 ces soldats qui venaient de donner leur sang à Reichshoffen, à Forbach, à Héricourt, n'avaient pas acheté le repos 1 Quoi I ces martyrs dont la Commune signait l'arrestation ne devaient pas avoir assez vécu en vivant dans les cachots et en mourant sous la balle. Ah ! vous n'avez donc connu de la vie que les plaisirs et les jouissances, si vous trouvez que ce n'est pas assez d'avoir vécu une fois 1 Étourdissez-vous dans le mal, livrez-vous à vos passions, tâchez de vous persuader que Dieu vous doit, à vous, méchants, à vous, corrupteurs des peuples, à vous, empoisonneurs publics, une seconde épreuve et une seconde vie, mais ne raillez pas nos espérances, ne venez pas nous enlever nos consola-
(1) Madame George Sand.
tions. Oui, c'est assez d'avoir vécu une fois, je le déclare au nom du pauvre qui n'a pas eu sa part dans la vie présente, au nom de l'ouvrier qui mange son pain à la sueur de son front, au nom de la mère qui a élevé ses enfants dans la crainte de Dieu comme au nom de la mère qui les a pleures et ensevelis dans le tombeau ; je le déclare au nom des victimes de toutes les oppressions et des martyrs de tous les dévouements, c'est assez d'une épreuve, assez d'une lutte, assez d'une vie. Arrière, arrière cette science qui veut m'en imposer une autre ! Non, la vie future ne sera , pas une épreuve, mais un jugement : mon âme le demande, Dieu me l'a promis, l'humanité l'attend. Je le proclame avec le poète :
Et, certain du retour de l'éternelle aurore, Sur les mondes détruits je l'attendrais encore.
II. Dans toutes les époques de décadence morale et religieuse, il n'y a rien de plus commun que de voir la superstition prendre la place de la foi et l'esprit hébété qui ne croit plus au catéchisme s'éprendre d'erreurs, de pratiques, disons le mot, de jongleries aussi affligeantes pour le sens commun que pour la religion.
Une école s'est formée de nos jours pour expliquer, je devrais dire exploiter, la notion de la vie future. D'abord elle se dit profondément religieuse, et c'est par là qu'elle gagne les âmes simples; ensuite elle se croit sincèrement arrivée à une doctrine bien supérieure à la doctrine chrétienne, et c'en est assez pour se faire des adeptes parmi les gens que l'idée du progrès charme et entraîne ; enfin elle nie le dogme de
l'enfer, et il n'y a rien qui plaise davantage à la lâcheté de nos mœurs.
Cette école a des revues et des journaux qui se vantent d'avoir remis en vogue le dogme de la vie future. Ces revues, ces journaux, ont des lecteurs qui s'imaginent avoir recouvré la foi perdue. On se croit illuminé par les grandes découvertes de la science moderne, et l'on fait honneur à des charlatans de toute l'instruction que l'on a reçue de son curé, tandis qu'on ne leur doit que les niaiseries qu'on y mêle et par lesquelles on la défigure.
Cette école n'a pas seulement des revues et des journaux, elle a encore des pratiques superstitieuses. Ce n'est pas seulement une école, c'est une secte. L'école croit à la métempsycose, la secte évoque les âmes échappées des corps. C'est la doctrine de la réincarnation des âmes mise en action, c'est le spiritisme.
Les titres de ces journaux et de ces revues sont faits pour affriander la curiosité publique. Lisez-les : Y Éternité dévoilée et le Monde occulte (1), le Monde spirituel (2), les Études d'outre-tombe (3). N'y a-t-il pas là de quoi charmer la légèreté française, tenir l'attention en éveil, et l'avidité que nous avons pour les nouvelles n'est-elle pas doublée quand il s'agit de nous donner des nouvelles de l'autre monde t
Les pratiques sont plus curieuses encore que ces revues et ces journaux. Ce sont d'abord les pratiques du magnétisme. Un homme fort, robuste, bien nourri,
(i) Par M. H. Delaage. (3) Par M. Flammarion.
(2) Par M. de Caudenberjr.
bien vêtu, chez qui le fluide s'entretient et se dégage avec abondance et facilité, dans une atmosphère bien chaude, mais dans une chambre peu éclairée, après avoir choisi sa saison, son jour, son heure, son auditoire, endort par des gestes fascinateurs et des passes magnétiques quelque patient, peut-être quelque compère, ordinairement une femme, un enfant, un sujet nerveux, ou, comme l'on dit, un sujet lucide, c'està-dire un instrument sans volonté et sans conscience. Voilà le sujet par lequel il se dit en communication avec le monde invisible et qui nous dira ce qui se passe de l'autre côté de la vie.
Mais les passes magnétiques ne réussissent pas toujours, et les sujets les plus lucides sont parfois rebelles. Au lieu de cet intermédia ire toujours incertain, le spirite a jugé plus prudent et plus sûr de parler lui-même, sous le nom des gens de l'autre monde. Il appelle un esprit dan s le pied d'une table ou dans l'aiguille qui tourne sur un quart de cercle entre les vingt-quatre lettres de l'alphabet et les dix chiffres nécessaires au calcul. Il pose les mains sur la table, il la presse, il l'entraîne, il l'adjure, il lui demande de frapper, et elle frappe ; il déclare qu'il interprétera ses coups, et, donnant un sens à chaque coup, il lui dicte communément ce qu'il a dans l'esprit, car il s'en sert avec un peu plus de peine, mais avec autant de docilité, que d'une plume ou d'un crayon. Un guéridon est plus commode. L'aiguille s'anime sous la pression de la main avec une facilité merveilleuse, elle choisit, elle amène, elle dispose l'un après l'autre les chiffres et les lettres que le spirite appelle dans sa pensée, elle compose ainsi des mots et des dates et
elle dicte des réponses, au nom des morts, il est vrai, mais au gré du vivant qui la guide. Vous n'avez ni vu ni entendu de mort, mais ce vivant vous affirme que les morts ont parlé par le pied de cette table ou par la pointe de cette aiguille. Gardez- vous bien d'en douter et surtout d'en rire.
Le vrai médium a quelque chose de plus solennel. N'ayant devant lui ni guéridon, ni quart de cercle, ni patient, il se dresse sur un trépied, il parle, il évoque, on tremble autour de sa personne. Les uns ont affirmé qu'ils avaient entendu quelque soupir, et déjà ils n'en doutent pas, c'est un soupir de l'autre monde ; d'autres ont affirmé qu'ils ont vu apparaître quelque flamme, et déjà on n'en doute plus, c'est quelque lueur du paradis ; plusieurs ont affirmé que le médium a paru s'élever en l'air ou qu'il s'est tenu sur un orteil. N'affirmons rien, mais pour peu que l'affirmation persiste, il nous restera cette fois le soupçon très-fondé que Satan est pour quelque chose dans tout ce pouvoir et tous ces prestiges.
Voilà le mystère dn magnétisme, des tables tournantes, des esprits frappeurs et des médium. On le sait maintenant, les magnétiseurs. avaient des compères. On a compté plus de têtes vraiment tournées que de tables vraiment tournantes. Pour quelques esprits frappeurs peut-être sortis de l'autre monde, les esprits frappés se sont multipliés dans ce monde-ci avec une incroyable facilité, et tout cet appareil moitié scientifique, moitié superstitieux, que des médium venus d'Amérique ont déployé sur nos théâtres et jusque dans les cours, n'a abouti qu'à démontrer deux choses, à savoir que la raison publique baisse en ce
monde et que le démon y revient de temps en temps pour achever de troubler et de perdre les âmes.
Mais il faut apprécier enfin les révélations que la superstition moderne a faites à notre siècle. Je ne vous parle pas des secrets de la vie présente que la crédulité publique est allée demander aux magnétiseurs. Lire des lettres dans la poche d'un autre, parler des langues que l'on ne connaît pas, donner aux gens des nouvelles de leur famille, dire au juste ce que pense et fait à l'heure même votre père, votre femme ou votre ami, dont vous êtes séparé par une grande distance, c'est tantôt le don de seconde vue, tantôt le hasard, quelquefois le démon, qui fournit une réponse heureuse ; mais les réponses équivoques, incertaines, complètement fausses, sont comptées pour rien, et le magnétisme passe toujours pour un oracle.
Le triomphe des spiritesest bien plus sûr que celui des magnétiseurs, car le spirite parle surtout de la vie future, et personne n'en reviendra pour le contredire.
Il évoque deux sortes de personnages, des saints et des impies, et nombre de gens qui croient à peine aux anges et aux démons se persuadent que ces saints, ces impies, obéissant avec une docilité surprenante, viennent à l'appel du premier médium pour raconter et peindre ce qu'il faut craindre ou espérer dans un autre monde.
Regardez d'un peu plus près, comparez les réponses, vous reconnaîtrez presque toujours qu'il n'y a ici ni magie ni évocation, mais que le guéridon parle au lieu et place de celui qui le tient. Le person-
nage évoqué varie en effet ses réponses selon la doctrine, la croyance et les sentiments du spirite qui l'interroge, et vous n'entendez que le spirite sous le nom de Voltaire, de Fénelon pii de saint Vincent de Paul.
Voltaire a été interrogea plusieurs reprises sur son sort éternel : qu'a-t-il dit ? Trois choses fort contradictoires.
Un spirite très-catholique évoque l'esprit de Volf taire,et Voltaire déclare qu'il est mort bon catholique et qu'il est sauvé.
Un autre spirite, mais protestant, évoque le même Voltaire et lui demande comment il est mort : Voltaire cette fois affirme qu'il est mort en bon luthérien, mais qu'il est encore sauvé.
Voici un troisième spirite, mais voltairien : a celui-là Voltaire fcît l'aveu qu'il est sorti de ce monde parfait voltairien, mais qu'il est toujours sauvé (1).
Où est la vérité?
Devine si tu peux et choisis si tu l'oses.
Où est la vérité? Mais la voici, elle me semble aussi claire que le jour et tout à fait décisive contre toutes les jongleries et les superstitions. Rapprochez ces trois déclarations, qu'en concluez-vous? C'est que Voltaire n'a ni parlé ni apparu, et que loi -spirites prêtent leurs sentiments, leurs espérances, leurs doctrines aux gens dont ils évoquent le nom.
Saint Vincent de Paul, Fénelon, les martyrs, les
(1) Voir la Vie future, conférences de l'Oratoire, par le P. LESCOEUR, p. 24 et suiv.
apôtres, ont leur rôle dans toutes ces évolutions superstitieuses.
Saint Vincent de Paul est naturellement plein de charité; mais, interrogé sur le ciel, il ne sait pas trop qu'en dire, et c'est à peine s'il croit y être pour toujours.
Fénelon est naturellement plein de douceur et de tolérance, mais, interrogé sur l'enfer, il s'étonne que l'on s'en fasse encore une si fausse idée dans l'Église en ce temps de raison et de progrès.
Les martyrs et les apôtres parlent aussi en hommes de progrès. Jésus-Christ reconnaît qu'il n'a opéré qu'une rédemption incomplète, le Saint-Esprit fait entendre qu'il n'est pas autre chose que le fluide magnétique, Dieu le Père enfin annonce qu'il perfectionne l'homme en ce monde et qu'il le rendra heureux dans l'autre, si le genre humain veut se laisser sauver par les spirites.
Et voilà les évocations par lesquelles des savants connus prétendent démontrer et rétablir la croyance à l'immortalité de l'âme !
Voilà les révélations qu'ils viennent nous faire sur la vie future I
Voilà avec quelles pratiques ils entendent garder le caractère et le titre de chrétien 1
Voilà ce qu'ils appellent leur foi, et ce que la raison déclare avec TÉglise la plus niaise et la plus absurde des superstitions.
Vous avez vu, dans ces deux tableaux, toute la science et toute la foi des esprits dévoyés par la fausse notion de la vie future : une science qui ne sait rien, à force de vouloir tout expliquer ; une foi qui croit tout, excepté ce qu'elle doit croire.
Le fond de cette science et de ces superstitions est toujours le même. C'est la doctrine de la métempsycose substituée à la doctrine chrétienne, et ce qui vous abuse, c'est l'idée incomplète et erronée que vous vous êtes faite de la miséricorde de Dieu. Vous lui demandez au delà de cette vie une nouvelle épreuve, et vous ne faites pas attention que vous avez en ce monde toutes les épreuves possibles que l'àme humaine puisse traverser, dût-elle être éprouvée pendant des milliers de siècles et vivre dans des millions de mondes. Quel est, dites-moi, l'horizon que vous trouveriez ailleurs, et la grâce que vous n'ayez pas reçue ? Est-ce l'horizon borné de l'enfance, où il est si doux et si facile de croire ? Mais vous l'avez connu dans toute sa sérénité et tout son azur. Est-ce l'horizon plus étendu de la jeunesse, avec ses orages et ses coups de tonnerre ? Mais vous ayez eu la fougue, l'ivresse et les remords des passions. Est-ce l'horizon mieux défini de l'âge mûr, avec une part dans le travail du monde et dans le gouvernement de la société? Mais vous avez administré vos affaires, vous entrez dans les affaires publiques, vous comptez par votre vote dans la commune, dans la province et dans l'État. Est-ce l'horizon de la vieillesse, mêlé des dernières lueurs de la vie présente et des premiers rayons de la vie future ? Attendez un peu, vos genoux commencent à fléchir, vos cheveux blanchissent, vos épaules se courbent, la tombe s'apprête, et déjà tout se décolore autour de vous pour vous avertir de ce dernier changement. Dieu vous a parlé sur les genoux de votre mère : c'était la grâce de la première heure. Dieu vous a visité parmi les troubles de votre âme,
quand votre cœur, déchiré par les passions, se plaignait d'avoir été trompé : c'était la grâce de la troisième heure. Dieu est revenu auprès de vous quand le sol tremblait sous vos pas et que l'édifice de votre fortune s'écroulait dans l'abîme des révolutions : c'était la grâce de la sixième heure. La neuvième heure va sonner, et Dieu sera encore là avec sa grâce. Il y sera le jour où vous entrerez dans votre lit pour n'en plus sortir; le jour où le médecin vous dira : Tout est fini. Au jour, à l'heure, à la minute où votre âme sortira de votre corps avec votre dernière pensée et votre dernier souffle, il y sera pour vous demander le souffle qui s'échappe, le bénir, le sanctifier, et l'emporter au ciel.
Voilà les épreuves variées et les changements perpétuels qui s'opèrent dans la vie. Voilà la métempsycose chrétienne avec toutes ses sollicitations au bien et à la vertu renouvelées dans tous les âges, offertes tous les jours, enchaînées l'une à l'autre dans le merveilleux tissu qui co mpose notre existence. Nous avons beau rêver, combiner, demander une autre preuve dans un autre monde. Que ferons-nous, sinon de naître, de grandir, de décliner et de mourir? Nous avons beau demander à Dieu d'autres grâces pour le mieux connaître et le mieux aimer. Que ferat — il, sinon de nous proposer encore, toujours et jusqu'à la fin, cette grâce de tous les âges et de toutes les heures par laquelle il nous sollicite aujourd'hui? Allons! nous avons passé par tous les mondes de la pensée, mille fois plus nombreux que toutes les étoiles dont nous rêvons l'ascension indéfinie. Nous avons obtenu de Dieu, dans le retour soudain cle la
fortune comme dans le passage des différents âges, autant de traits de prévenance, de miséricorde et d'amour qu'il nous en ferait sous un autre ciel et dans une autre vie. C'est bien vainement qu'il nous donnerait mille ans encore, nous n'y serions pas plus sensibles à la grâce. C'est bien vainement qu'il déploierait pendant mille ans encore toutes les ruses de sa bonté, il ne gagnerait rien de plus sur notre cœur. C'est assez, ô mon âme, c'est assez et pour Dieu et pour toi 1 L'enfance, la jeunesse, la maturité, la vieillesse, la mort, renferment toutes les réincarnations désirables et possibles. Heureux le mourant qui se jette dans les bras du Seigneur au sortir du dernier monde ! Deux fois heureux l'homme qui le salue du milieu de son âge mûr I Trois fois heureux le jeune homme qui s'est élancé vers lui avec toute la vivacité de ses passions généreuses en les mettant sous le frein ! Quatre fois heureux l'enfant qui l'a connu, adoré, servi, glorifié toute sa vie avec le souvenir, la langue et la piété de sa mère !