‹ Les mystères de LondresChapitre 84 sur 104 · JURONS ASSORTIS · texte numérisé non relu

JURONS ASSORTIS

En comptant les officiers, le nombre des marins anglais attaqués sur le pont de la Cérès était double à peu près de celui des assaillants ; mais la moitié d'entre eux était sans armes. Cependant, la première surprise passée, ils se défendirent vigoureusement. Le lieutenant Naper jeta dans les batteries le cri de : Tout le monde sur le poni! Mais ce cri lui-même donna l'éveil aux assaillants, qui étaient en ce moment les plus forts. Profitant de leur premier élan, ils rompirent la ligne des marins du roi et parvinrent à fermer les écoulilles. Dès lors tout espoir de secours était enlevé aux Anglais, qui firent retraite et se formèrent sur le gaillard d'avant, au pied du mât de misaine.

— Rendez- vous! cria Fergus, dont la valeur calme et brillante contrastait grandement avec la frénésie de ses compagnons.

Les Anglais répondirent par des injures. Fergus cria : En avani ! et s'élança le premier. La mêlée recommença, mais non plus bruyante comme la première fois. Les deux troupes avaient épuisé leurs munitions. On se battait maintenant corps à corps et en silence. Le seul bruit qui se fit entendre encore sur le pont élait le grincement de l'acier contre l'acier et la voix aiguë de Maudlin Wolf qui excitait les combattants. L'avantage restait aux assaillants. Bientôt le lieutenant Naper tomba, blessé à mort par Fergus. Ce qui restait d'Anglais mit aussitôt bas les armes.

On vit alors quelque chose d'étrange et de grotesque : la farce après le drame. Un matelot anglais, qui n'avait pu se joindre à temps au gros de ses compagnons, courait le long du plat-bord avec une extrême vitesse, à laquelle aidait la longueur inusitée de ses jambes. Le nègre chauve Absalon lui donnait une chasse très-active, et le menaçait du coutelas qui avait dépecé le kanguroo. Ce n'était pas tout : Maudlin Wolf courait, les cheveux au vent. Ces trois personnages étaient si occupés, l'un à fuir, les autres à le poursuivre, qu'ils ne s'aperçurent

lin aucune façon de la cessation des hostilités. Ils couraient, ils couraient, le nègre brandissant son couteau, lu reine Mab jappant et le matelot txécut int une foule de passes habiles pour éviter ses acharnés persécuteurs. Et^ tout en fuyant, le matelot disait d'une -voix grave, entrecoupée pourtant par la perte périodique de son souffle :

— Je suis des vôtres, Dieu me damne ! nègre stupide, honnête garçon que vous devez être. Je suis un homme de la Famille^ madami>, virago maudite! Écoutez, moricaud, Satan et sa queue!

— Courage, Absalon ! criait Maudlin épuisée.

— Tonnerre du ciel! reprenait le matelot qui sentait le nègre sur ses talons. Moricaud, animal sans raison, mon camarade, n'écoutez pas cette furie maudite. Dieu me punisse! je n'en puis plus!

— Nous le tenons! dit Maudlin.

Le matelot fit encore quelques pas et tomba tout de son long en murmurant dévotement :

— Je recommande mon âme à Dieu, trou de l'enfer! car je suis un homme mort; que je sois damné sans miséricorde!

Par bonheur pour l'honnête Paddy O'Chrane, il était tout près de Randal Graham, qui le reconnut sur-le-champ à l'invocation pieuse qu'il lançait en mourant vers le ciel. Randal le protégea contre le nègre, qui s'était relevé furieux et n'en voulait point démordre. Paddy haletait et enfilait des myriades de blasphèmes d'une voix plaintive et défaillante.

— Merci, monsieur. Du diable si votre nom me revient! dit-il en adressant à Randal un regard de cord aie reconnaissance ; il y avait tant de coquins sur le Cwnberland^ triple misère! Que le diable nous emporte! les voilà qui foulent aux pieds le pavillon d'Angleterre! Ah! les scélérats éhontés, ce sont de- dignes cœurs!

Fergus venait en effet de couper la drisse, et les couleurs d'Angleterre étaient tombées à ses pieds. Sa physionomie, à cette heure du premier triomphe,. était calme et recueillie. L'éclair de ses espoirs iutiuK's rayonnait autour de son front, resplendissant de jeunesse et de beauté. Il mit le pied sur l'écusson écarlelé du Royaume-Uni, jeta au loin, dans le vide, un implacable regaid de défi et murmura des paroles qui n'arrivèrent point aux oreilles de ses compagnons. Puis, tr;\nchant à l'aide de son poignard le troisième quartier drs armes

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I"ip I^'upairi'. Fauh^. S^ Jacauùf. 3S.

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