‹ Les mystères de MontréalChapitre 13 sur 33 · LE PACTE · texte numérisé non relu

LE PACTE

A deux heureB de l'aprè3-midi le même jour, le comte de Boactouche était le premier au rendez vous chez la Mère Gigogne.

Cléophas et ses amis ne tardèrent pas à arriver.

Les $100 furent compté3 au père Sansfaçon et le gousset du petit Pite résonna du pock9t money que lui avait donné le comte.

Cléophas n'avait pas une mise des plus propres. Comme il s'était engagé à suivre le comte dans des pérégrinations mystérieuses une tenue décente éta!t de rigueur.

Le comte l'envoya chez un tailleur de la rue Noire-Dame qui prit ea mesure pour un suit neuf.

Il fat entendu entre le comte

la campagne serait fixé à une date ultérieure.

Le comte savait que Caraquette l'attendait à St Jérôme.

Le comte, Cléophas et le petit Pite prirent des chambres à l'hôtel Easco, Rae St Paul, en attendant le voyage.

Cléophas et Ti Pite se la coulèrent douce pendant cinq ou six jour*, en attendant les ordres de leur maître.

Le conte était reparti ponr St- Jérôme où il po3a en minéralogiste et en géologiste experts.

Il fit connaissance avec les notables de l'endroit et eut avec eux des relations les plus agréables.

Trois mois après la mort da vicomte, il fit une excursion dans les environs du ,village. Sur une terre qui paraissait improductive, il découvrit da minerai de fer, des marcassites, des pyrites de cuivre et des veines d'argent.

Il expliqua aux villageois comment les Laurentides appartenaient à la formation secondaire et qu'elles devaient contenir des mines de charbon et d'anthracite auasi riches que celles de Newcastle. Bouctoache sema l'argent sur ses pas et ne tarda pas à joaii de la plus haute considération dans le village.

Caraquette qui était en pension à l'Hôtel Bjaulieu observait toas

et Cléophas que le départ poar les mouvements du comte.

Il ne desserra pa9 les dents sur le bat de son voyage à St. Jérôme.

Sauf la renconte qu'il eut avec le comte de B )uctouche dans la buvette de l'Hôtel, il n'attira aucunement sur lui l'attention des gens de 8t. Jérôme. Il passait pour un Montréalais eu villégiature, amateur de la chasse et de la pe3he.

Il avait soin d'éviter le comte dans toutes ses promenades.

Comme exécuteur testamentaire de St. Simon, il faisait toucher touî les mois au comte de Bo ictouche des sommes considérables. Il ne pouvait couper les vivreB à son ennemi que lorsqu'il aurait la preuve légale de la mort du vicomte.

Laissons maintenant Caraquette à St. Jérôme et retournons à Montréal.

Cléophas était méconnaissable daas le nouvel habillement que lui avait payé B:>uctouch3.

Il menait la vie à grandes guides. Il ne manquait jamais une course au Parc Lépine où il était un dos plas forts piliers de la rouo do fortune do Baptiste. S 33 pa ottes étaient toujours ehanceubub et il réalidait dans sa journée des Bomuioe usdez rondos.

Il avait souvent occasioi do rencontrer lo père S irnfaçon dont la stand n'était pas loin de l'IIÔ telI£>s:o. Cinq ou six lois par jour il iuvi;ait le bonhomme à

faire un coup de dé pour la traite dans les auberges en face du Marché Bonsecours. I

Un jour Cléophas reçut une dépêche du comte de Bouctouche lui disant de partir le soir même pour Ste-Thérese avec le petit Pite et ses mallee, car ils devaient être absents de là pendant environ un mois.

Cléophas obéit à ses instructions et le soir il arrivait à Ste-Thérèae en compagnie du gamin.

Le comte les attendait avec une voiture et les conduisit à un hôtel.

Lo petit Pite eut la permission d'aller visiter le village et le comte et Cléophas restèrent ensemble dans un salon privé de l'auberge.

Bouctouche entama la conversation le premier.

— Eh bien, Cléophas, le gamin est-il résigné à son sort î

— Le petit Pite est traité comme un coq batailleur. Depuis qu'il a étrenné soi noiveau suit, il bomme toute la journée et ne songe plus à retrouver bob parents.

— Bion. Maintenant je vais vous expliquer mon plan. V voua rappelez que lor. [HéJ8 vous vis pour la première fjis, si quai à Montréal, je vous demandais si vous étiez g tatouer une image sur le oorpfl d'an individu. Vous m'avoz répondu que oui. Eh bien, ce eoir avec une drogue qno j'ai sur un allons endormir préfondemant 1

gamin que j'ai adopté. Pendant son sommeil, vous graverez sur sa peau le dessin que voici.

Le comte tira de sa poche un portefeuille en maroquin et en sortit le morceau de peau tatoué qu'il avait enlevé du cadavre de son fils.

— Vous m'avez comprit», repritil, vous savez ce que vous avez à jfaire pour l'argent que je vous ai promis.

— C'est parfait, monsieur. Je suis à vos ordres.

— En ce cas, ce soir après le souper, nous préparerons la drogue qui devra endormir le gamin.

Remarquez bien, Cléophas, que si vous m'êtes fidèle, je vous récompenserai en gentilhomme.

J'aurai besoin de vous plus tard.

Vous aller agir comme mon homme d'affaire dans cette partie du pays.

— Donnez moi, monsieur, n'importe quel job et vous verrez que je suis fidèle. Pour de l'argent je ferai tout.

Cléophas sortit pour visiter les auberges du village et retrouva le comte après son souper dans l'hôtellerie.

Bouctouche avait fait entrer le petit Pite dans sa chambre et lui dit:

— Ecoute, mon petit, je t'ai donné de^ l'argent et pendant une semaine tu t'es amuse autant que tu as voulu. Aujourd'hui j'ai

résolu de te mettre au collège, afin que tu apprennes tout ce qu'il faut pour devenir un gentilhomme. Tous les mois Cléophas ira te voir et te porteras l'argent qu'il te faudra pour payer ton instruction et t'amuser avec tes petits camarades.

Maintenant il se fait tard et tu vas te retirer dans ta chambre.

Afin que tu dormes bien, je vais te donner un verre de vin de Port chaud. Ça te fera ronfler comme un moine.

Le comte appela Cléophas et commanda une consommation.

Cléophas rentra quelque3 instants après avec deux verres.

Le petit Pite après avoir bu le sien sentit sa tête s'apesantir.

Le soporifique commençait à produire son effet.

L'opération du tatouage se fit dans le salon privé de l'hôtel sans que l'enfant échappât à l'itfiuenco du soporifique.

Cléophas avait travaillé artistement. Le castor et notre devise national furent gravés dans l'épiderme du petit Pite avec une ressemblance frappante.

Pendant quelques minutes ap-è3 l'opération l'enfant resta sous l'influence du narcotique.

Lorc qu'il se réveilla il ne se doutât nullement de ce qui s'était pa8eé pendant eon sommeil. Le lendemain matin le comte de Bouctouche et Cléophas conduisi-

rent le petit Pite au collège Ste Thérèse.

Le directeur lui fit subir un court examen et le jugea digne de commencer ses éléments latins.

L'armé scolaire du gamin fut payée d'avance par le comte.

Cléophas reçut Tordre de son maître de ne pas s'éloigner du village avant quelques semaines afin de surveiller la conduite du nouveau collégien.

Le comte avait retourné près de la comtesse à St Jérôme.

Un soir se promenant dans sa cour il ramassa une lettre mal orthographiée qui fat pour lui un monde de révélations.

L'épître était datée de Tllôtel Payette et signée Béuoni.

Voici ce que contenait le papier en question :

" Montréal, 15 août 1879 44 Chère belle tourte d'or,

" Tu sais qu'après ma bataille avec Cléophas le Recordeur m'a coudané a penaioner pendent uns mois a J'Ilôtelle payettes. J'ai sou f ère ben de la mi? ère dan cette hôtel. Y a pas de gaz dans les chambres a couchor. Le déjeuné se sert de bonheurs et puis ou manjo rien que du (pelé. J'ai penser à toi ben des lois. Chère belle gueule en sortant de ché Payette, je me sui reodat toute drette ché ton paire, le vieu Cantiatson. Il m'a dit ouise qne t'é-

tait engagé. Un gros monsieu te donnait des grosse gage. J'ai trouvé de l'ouvrage ché monsieur michelle Lefève. Je travaille À faire du vinègre toute la journée.

Le docteur il ma dit que si je travaillais corne ça ben longtemps je deviendrais époitriné parceque l'odeur du vinègre attak les pômons. Je charche de l'emploie ailleurs. Mon paire m'a dit que t'avai gagné assé d'argant pour te poser un œile de vaisselle ce qui t'ambelli beaucoup II m'a dit aucsi que t' et ai 3 pas restée marquée par la picotte. J'irai te voir à la prochaine excu3ëion qui se fera pour les élections de Chaplo. Ça me coûtera rien. Lesae moé assavoir ton adresse pour que j'aie te voir à Singe Erôme.

Chrr peti ciel noir, je t'aimerai toujours, toute ma vie, je t'embrasse.

44 Ton ami,

44 BÉxoxi. "

44 Pofsh Criptomme. — Un de mes amis me dit q uge

Erôme y a un monsieur Caraquette qui charche un homm« couiiance si tu le connais parle lui pour moi. Je suis pas chérant pour les gages.

" Bf] m

Le comte en lisant le nom «le

Caraquette fit un soubresaut Son ennemi avait évidemment nu plan pour détruire l'œuvre à la-

quelle il avait consacré tout son temps depuis deux semaines. Il s'agissait de le circonvenir. Pour cela la première chose qu'il fit, fut de tirer les vers du nez de sa servante.

Ursule interrogée par le comte avoua qu'elle était fiancés à Bénoni, que ce dernier avait été injustement condamné par le Record» et qu'il avait purgé une sentence d'emprisonnement. Elle avoua aussi qu'elle avait rencontré un ho urne portant un chapeau de castor gris et qu'il lui avait dit qu'il donnerait une place lucrative à sou amant.

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