‹ Les mystères de Montréal [microforme]Chapitre 16 sur 41 · L'ENTERREMENT SECRET · texte numérisé non relu

L'ENTERREMENT SECRET

En sortant de l’auberge de la Mère Gigogne, le comte de Bouetouche se dirigea vers le Carré Jacques-Cartier.

Il monta dans une voiture de louage et ordonna au cocher de diriger sa course vers Hochelaga

Chemin faisant il fit arrêter la voiture chez un médecin.

Il resta quelques minutes dans le bureau du docteur et sortit tenant à la main une fiole soigneusement envaloppée.

Vers sept henres et demie le comte était rendu chez lui.

La comtesse qui n’avait pu s’expliquer le départ de son mari pour Montréal, pendant que son fils était sur les 7 1anches, était en proie à la douleur la plus cuisante. Elle n’avait près d’elle aucune amie qui pût lui prodiguer des consolations. |

Ursule, qui avait le cœur tendre, pleurait à chaudes larmes. Ce fut Ursule qui ensevelit le vicomte et l’exposa dans le salon.

Le comte en entrant, s’adressa à sa femme et lui dit :

—Ta as trop pleuré, ma chère.

Les larmes t’affaiblissent. Entre dans ta chambre, essaie de pren-

la mort de uo're fils ne causera pas la perte de notre fortune.

Je suis revenu de Montréal avec un plan pour réparer le malheur qui nous est arrivé.

La comtesse pleura quelques instante dans lo gilet de son mari et alla ensuite es jeter sur son lit en sanglotant.

Le comte entra ensuite dans la chambre mortuaire.

Il alla vers le “ beaudet”” sur lequel reposait les restes inanimés do son fils,

Il souleva le linceul et contemplu les traits de lenfant qui avaient gardé leur placidité.

Il remonta dans sa voiture et se rendit à la gare du chemin de fer du Nord.

Il était arrivé juste à temps pour prendre le train de St-Jérôme.

Il baïssa ensuite la tête et sem bla plongé dans d’amères réflexions.

Tont-à-coup il se redressa et, 5 croisant les bras, il commença le monologue suivant :

“ Comte de Bouctouche, ce cadavre n’est-il pas le dernier lien qui s’attache aux millions de St- Simon ? M’avouerai-je vaincu aujourd’hui ? (Caraquette, viendras tu demain m’arracher à mon opulence ? Oh! non. Non, jsmais ! Le comte de Bouctouche est encore vivant ! Il vivra pour

me donner les moyens d’écraser l'infâme OCaraquette. J'irai d> vant les tribunaux où l’on m’acousera d’avoir substitué .un enfant étranger à l’héritier défunt des StSimon. Caraquette sera confondu, car le nouveau vicomte portera toujours à la même place le signe au moyen duquel on pourra le reconnaître. La comtesse pourrrait se réveiller, hâ tonse-nous de donner à l'artiste chargé de tatoner mon nouvel en.

fant le model de son travail.”

Le comte ferma à double tour la porte du salon et tira les rideaux de manière à se dérober aux regards d’un espion, si par hasard il y en avait eu au dehors.

Il sortit de sa poche un couteau à la lame très aiguisée.

El e’approck;. du lit mortuaire,

enleva le linceul, et retourna le cadavre sur le ventre.

Il enleva délicatement du corps inanimé de son fils, avec l’aide du

couteau, un grand lamheau de chair.

Sur ce lambeau était l’empreinte du castor avec les mots :

Travaille et Concorde.

A minuit le comte de Bouctouche s’assura que la comtesse et Ursule dormait profondément ; aucun regard ne l’épiait.

[1 rentra dans la salle funêbre, enveloppa le cadavre dans une vieille, draperie, et, le mettant

sous son bras, il sortit de la maison.

La lune dont la lumière était voilée par un nuage, ne paraissait pas.

L'heure était propice pour l’accomplissement du crime.

Le comte remonta à pied la route qui suit la rivière dau Nord dans les pittoresque méandres qu’elle décrit au pied des Laurentides,

Il mercha environ deux mille portant toujours dans 8es bras son funèbre fardeau.

Tout à coup un murmure lointain sembla rompre le silence de la nuit.

C'était la chute Sanderson qui faisait entendre ses sinistres grondements.

Le comte en arrivant près des rochers où l’eau brouillonnante tombait en cascades, s'arrêta et sembla réfléchir.

Allait-il confié à l’abîme le cadavre du vicomte de Bouctouche, ou allait:il lui donner une sépulture mystérieuse dans la forêt ?

Il avait oublié d'apporter avec lui une bêche ou une pelle pour creuser uae fosse.

Il aila dans la cour d’une métairie et y prit une pelle de fer avec laquelle il creuse la terre.

Lorsque la fosse fut assez pro.

fonde, il y déposa le cadavre de son fils.

Après l'avoir comblée il y mit un tapis de mougee.

Pour avoir un point de repère

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dans le cas où il lui prendrait fan-| pour s‘accoter l'estomac avec üne taisie de montrer à la comtesse la |absinthe. Pendant qu’il s’es-

tombe du vicomte de Bonctouche, il grava dans l'écorce d’un bouleau, à la tête de la fosse, ses initiales entrelacées.

Après avoir rapporté la pelle à la métairie, le comte reprit le chemin de sa résidbnce.

Il pouvait 6tre alors quatre heures du matin.

Les coqs de leur voix stridente et glauque déchiraient les brames précurseurs de l’aurore.

Le comte étant entré chez lui ferma à clé la porte du salon où son fils avait été exposé et eutun entretien secret avec sa femme.

Lorequ’il sortit de l’apparte-

ment sa figure rayonna de satisfaction, il avait évidemment triomphé des scrupules de la comtesse.

Il vit qu’il n’avait pas de temps à perdre, pour rencontrer à Montréal dans l’après-midi Cléophas, le père Sansfaçon et le petit Pite à qui il avait donné rendez-vous chez la mère Gigogne. Le seul train à destination pour Montréal partait à sept heures du matin.

Le comte fit subir à 8a toilette une métamorphose complète, car il lai importait de ne pas être reconvu en route .pur Caraquette.

En arrivant à la gare du chemin de fer, comme il devait attendre une dizaine de minutes, il} entra dans l’Hotel do Besulien

guyait la bouche après avoir pris son coup, il pâlit et parut décontenancé.

Dans la chambre voisine un individu à barbe rousse était assis dans une bergère et tirait une touche dans une vieille pipe cernée bourrée avec du bon tabac canadien.

Cetindividu lançait sur lui sous ses sourcils fauves des regards À percer un madrier de six pouces.

Un seul homme au monde pouvait le fixer avec des regards aussi terribles. L’individu à barbe rousse était Caraquette.

—Oui, c’est moi, dit Caraquette en 8e levant et lançant sur son ennemi des regards chargés d’éclairs.

Je vous suivrai jusqu’en enfer, s’il le faut, pour vous empêcher de voler l’héritage des St Simon.

Prenez garde à vous ? comte de Bouctonche, votre mauvais génie est attaché à vos pas.

—C’en « t trop, misérable, reprit le comte. Je vais te châtier sur l’heure.

Bouctouches’élançe comme un | tigre sur Caraquette. (Celui-ci |commença à sparrer et essuya

l’attaque avec sang froid.

—Pas de train dans ma maison, dit le propriétaire de l’hôtel en empoignaut Bouctouche d’une main solide et en l’envoyant rouler sur le plancher de la barre.

Au moment où Bouctouche se|la c'mpagne serait fixé à une relcvait pour foncer de nouveau | date ultérieure.

sur Caraquette, le conducteur du

Le comte savait que Uaraquette

train entra dans la buvette et cria :|l’attendait à St Jérome.

all cboard ! all aboard !

Le comte, Cléophas et le petit

Le comte prit son chapeau, cou-| Pite prirent des chambres à l’hô-

rut de suite à la gare et monta dans le train. Pendant que le sifflet de la locomotive annonçait que le convoi était en mouvement,

tel Rasco, Rus St Paul, en attendant le voyage.

Cléophas et Ti-Pite se la cou-

lèrent douce pendant cinq ou six

Caraquette passa sa tôte dans une |joure, en attendant les ordres de

des fenêtres du char et cria : “Je t'attends ici, Bouctouche. Sois sans inquiétude, je saurai bien ce que tu vas faire à Montréal. ”

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