LE PACTE
À deux heures de l'après-midi le même jour, le comte de Bonctouche était le premier au rendez-vous chez la Mère Gigogne.
Cléophas et ses amis ne tardèrent pas à arriver,
Les $100 furent comptés au père Sansfaçon et le gousset du petit Pite résonna du pocket money que lui avait donné le comte.
Cléophas n’avait pas une mise des plus propres (Comme il s’était engagé à suivre le comte dans des pérégrinations mystérieuses une tenue décente étaït de rigueur.
Le comte l’envoya chez un tailleur de la rue Notre-Dame qui prit sa mesure pour un sui neuf.
Il fat entendu entre le comte
leur maître,
Le comte était reparti pour St-
Jérôme où il posa en minéralo-
giste et en géologiste experts.
Il fit connaissance avec les notables de l'endroit et eut avee eux des relations les plus agréables.
Trois mois après la mort du vicomte, il fit une excursion dans les environs du village. Sur une terre qui paraissait improductive, il découvrit du minerai de fer, des marcassites, des pyrites de cuivre et des veines d'argent,
Il expliqua aux villageois comment les Laurentides appartenaient à la formation secondaire et qu’elles devaient contenir des mines de charbon et d’anthracite aussi riches que celles de Newcastle. Bouctouche sema l'argent sur ses pas et ne tarda pas à jouir de la plus haute considération dans le village.
Caraquette qui était en pension à l'Hotel Beaulieu observait tous
et Cléophas que le départ pour |les mouvements du comte.
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Il ne desserra pas les dents sur le but de son voyage à St. Jérôme.
Sauf la renconte qu’il eut avec le comte de Bouctouche dans :a.buvette de l'Hotel, il n’attira aucuvement sur lui l'attention des gens de St. Jérôme. Il passait pour un Montréalais en villégiature, amateur de la chasse et de la pêche.
Il avait soin d’éviter le comte
dans toutes ses promenades.
Comme exécuteur testamentaire de St. Simon, il faisait tou-
: cher tous les moïs au comte de
Boactouche des sommes considérables. Il ne pouvait couper les vivres à son ennemi que loraqu’il aurait la preuve légale de la mort
i au vicomte.
Laissons maintenant Caraquette à St. Jérôme et retournons à Montréal.
Cléophas était méconnaissable daas le nouvel habillement que lai avait payé Bouctouche.
Il menait la vie à grandes guides. Il ne manquait jamais une
: course au Parc Lépine où il était
un des plus forts piliers de la roue de fortune de Baptiste. Ses palettes étaient toujours chanceuses et il réalisait dans sa journée des sommes assez rondes.
Il avait souvent occasion de rencontrer le père Sansfaçon dont la stand n’était pas loin de l’H6tel Rosco. Cinq ou six fois par jour il invitait le bonhomme à
faire un coup de dé pour la traite dans les auberges en face du Marché Bonsecours. *
Un jour Cléophas reçut une dépêche du comte de Bouctouche lui disant de partir le soir même pour Ste-Thérèse avec le petit Pite et ses malles, car ils devaient être absents de là pendant environ un mois.
Cléophas obéit à ses instructions et le soir il arrivait à Ste-Thérèse en compaguie du gamin.
Le comte les attendait avec une voiture et les conduisit à un hôtel.
Le petit Pite eut la permission d’aller visiter le viliage et le comte et Cléophas restèrent ensemble dans un salon privé de l’auberge.
Bouctouche entama Ja conversation le premier.
—Eh bien, Cléophas, le gamin est-il résigaé à son sort ?
—Le petit Piteest traité comme un coq batailleur. Depuis qu’il a étrenné son nouveau suit, il bomme toute la journée et ne songe plus à retrouver ses parents.
—Dien. Maintenant je vais vous expliquer mon plan. Vous vous rappelez que lorsque je vous vis pour la première fois, sur le quai à Montréal, je vous demandais si vous étiez capable de tatouer une image sur le corps d’un individu, Vous m’avez répondu que oni. Eh bien, ce soir avec une drogue que j’ai sur moi, nous allons endormir préfondement }
gamin que j'ai adopté. Pendant son sommeil, vous graverez sur 84 peau le dessin que voici,
Le comte tira de sa poche un portefeuille en maroquin et en sortit le morceau de peau tatoué qu’il avait enlevé du cadavre de son fils.
— Vous m'avez compris, repritil, vous savez ce que vous avez à faire pour l'argent que je vous ai promis.
—C'est parfait, monsieur.
suis à vos ordres.
—En ce cas, ce soir après ie souper, nous préparerons la drogue qui devra endormir le gamin.
Remarquez bien, Cléophas, que si vous m'êtes fidèle, je vous récompenserai en gentilhomme.
J'aurai besoin de vous plus tard.
Vous aller agir comme mon homme d'affaire dans cette partie du pays.
— Donnez moï, monsieur, n’importe quel job et vous verrez que je suis fidèle, Pour de l'argent je ferai tout.
Cléophas sortit pour visiter les auberges du village et retrouva ie comte après son souper dans l’h0tellerie.
Bouctouche avait fait entrer le petit Pite dans «a chambre et lui dit :
—Ecounte, mon petit, je t'ai donné de l’argent et pendant une semaine tu t’es amusé autant que tu as voulu. Aujourd’hui j'ai
Je
résolu de te mettre an collège, afin que tu apprennes tont ce qu’il faat pour devenir un gentilhomme. Tousles mois Cléophes ira te voir et te porteras l’argont qu’il te faudra pour payer ton instruction et t’amuser avec tes petits camarades.
Maintenant il re fait tard et tu vas te retirer dans ta chambre.
Afin que tu dormes bien, je vais te doaner un verre de vin de Port chaud. (Ça te fera ronfler comme un moine.
Le comte appela Cléophas et commanda une consommation,
Cléophas rentrs quelqnes instants après avec deux verres.
Le petit Pite après avir ba le sien sentit sa tête s’apesantir.
Le soporifique commençait à produire son effet.
L'opération du tatouage se fit dans le salon privé de l’hotel sans que l'enfant échappât à li: fluence du soporifique.
Cléophas avait travaillé artistement. Le castor et notre devise national furent gravés dans l’épiderme du petit Pite avec une ressemblance frappante.
Pendant quelques minutes après l'opération l’entant resta sous l’influence du narcotiqne.
Lor:qu’il se réveilla il ne se dou’ ât nallement de ce qui s'était passé pendant eon sommeil, Le lendemain matin le comte de
Bouetouche et Cléophas conduisi-
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rent le petit Pite au collège Ste Thérèse.
Le directeur lui fit subir un court examen et le jugea digne
de commencer ses éléments latins,
L’anné scolaire du gamin fut payée d’avance par le comte.
Cléophas reçut l’ordre de son maître de ne pas s'éloigner du village avant quelques semaines afin de surveiller la conduite du nouveau collégien.
Le comte avait retourné près de la comtesse à St Jérôme.
Un soir se promeaant dans ea cour il ramassa une lettre mal orthographiée qui fut pour lui un monde de révélations.
L’épître était datée de l'Hôtel Payette et signée Bénoni.
tait engagé. Un gros monsiet
te donnait des grosse gage. J’ai trouvé de ouvrage ché monsieur michelle Lefève. Je travaille à faire du vinègre toute la journée.
Le docteur il ma dit que si je travaillais come ga ben longtemps je deviendraia époitriné parceque l'odeur du vinègre attak les pômons. Je charche de l’emploie ailleurs. Mon paire m’a dit que t’'avai gagné assé d’argant pour te poser un œile de vaisselle ce qui t'ambelli beaucoup. Il m’a dit auesi que t’étais pas restée marquée par la picotte. J’iraite voir à la prochaine excussion qui se fera pour les élections de Chaplo. (a me coutera rien. Lesse moé assavoir ton adresse pour
Voici ce que contenait le papier | que j’aie te voir à Singe Erôme.
en question :
‘ Montréal, 15 août 1879
“ Chère belle tourte d’or,
“Tu sais qu'après ma bataille avec Cléophas le Recordeur m’a condané a pensioner pendent uns mois a l’Hôtelle payettes. J'ai soufère ben de la misère dan cette hotel. YŸ a pas de gaz dans les chambres a coucher. Le déjeuné se sert de bonheurs et puis on mauje rien qué du equelé, J'ai penser à toi ben des fois. (Chère belle gueule en sortant de ché Payette, je me sui rendut toute drette ché ton paire, le vieu Canttatson. Il m’a dit ouese que t’é-
Cher peti ciel noir, je t’aimerai toujours, toute ma vie, je t’embrasse,
Ton ami,
6 Bénonr. ”
“ Posse Cripromms. — Un de mes amis me dit qu'à Singe Erôme y a un monsieur Oaraquette qui charche un homme de confiance si tu le connais parle lui pour moi. Je suis pas chérant
our les gages.