‹ Les mystères de New York William CobbChapitre 16 sur 31 · LES DERNIERS PATRIOTES · texte numérisé non relu

LES DERNIERS PATRIOTES

Les Européens, habitués à vivre au milieu de centres civilisés, dans ces villes dont les fondations reposent sur la longue histoire du passé, ont peine à évoquer dans leur imagination les perspectives sans fin d’un monde encore inexploré.

Les Alpes donnent une faible idée des montagnes Rocheuses; les Rochy Mountains forment l’amoncellement le plus grandiose que la nature ait entassé en un jour de convulsions. Ce sont blocs sur blocs, masses sur masses, pics se dressant sur d’autres pics, plateaux superposés à d’autres plateaux, et, courant à travers les grandeurs colossales, des vallons, des défilés, des sentiers que jamais pied humain n’a foulés... gouffres dont la sonde n’a point touché le fond, torrents bondissant à travers les crêtes et se précipitant avec un bruit terrible dans des abîmes aux parois de rochers gigantesques.

11 y a vingt ans, il fallait au voyageur un courage à toute épreuve pour qu’il osât s’aventurer à travers ces solitudes. Tout à craindre : l’homme et le fauve : rhomme plus dangereux encore que la. bête féroce. A

l’est, les Pawnies, les Delawares, les Chayennes ; à l’ouest, les Timpabaches, lesNavajoes, les Serpents, les Nez-Percés, les Moquis...

C’est-à-dire les anciens maîtres du pays, les tribus indiennes, rugissant de colère à mesure que s’approchaient les civilisés s’ouvrant une route à coups de travail et de volonté, les proscrits de la sauvagerie, se blottissant derrière les buissons, rampant au bord des lacs et défendant pied à pied, par l’assassinat, ce terrain qui leur appartenait, et dont chaque jour quelque nouvelle parcelle leur était arrachée.

En une belle nuit de juin 185..., le stagecoach (1) roulait, tressautant et bondissant, sur la route à peine frayée qui du mont Wahsatch traversait la rivière Verte, contournait Grand-River et, pénétrant à travers les Rocky Mountains, conduisait le pionnier aventureux jusqu’à Denver, ou plutôt jusqu’aux huttes qui devaient, quelques années plus tard, faire place à l’une des plus remarquables cités du Grand- Ouest.

L’obscurité était profonde, le silence complet. On entendait seulement le pas retentissant des six chevaux, lancés au galop, et le fouet du conducteur, claquant vigoureusement.

Cinq voyageurs occupaient l’intérieur de la voiture, et, comme il était minuit et que déjà depuis plus de vingt heures ils supportaient les fatigues de cet infernal voyage, ils avaient finalement succombé au sommeil.

Tout à coup les chevaux firent un écart brusque; la voiture, s’arrêtant subitement, tourna sur ellemême, comme si elle eût été sur le point de se renverser.

(1) Diligence qui faisait alors le service des iransports.

En même temps la voix du postillon criait à pleins poumons :

— Alerte ! aux armes ! les Indiens !

Et à peine avait- il proféré ce cri d’alarme que plusieurs détonations éclataient... les balles frappaient la carcasse du stage , dont les carreaux volaient en éclats... et le conducteur, frappé à mort, tombait les liras en avant, sur le sol, où sa tcte se fracassait.

— Damnation ! Aux armes !

Ces cris partaient de l’intérieur, où les voyageurs, réveillés en sursaut, saisissaient leurs carabines... Mais la résistance était-elle possible?...

Les Indiens — car c’étaient eux — surgissaient des bords de la route comme des ombres fantastiques. Quel était leur nombre ? C’est ce'qu’il était impossible de définir.

Selon leur habitude, ils avaient d’abord tiré au conducteur, puis, la carabine à l’épaule, ils s’avancaient sur le véhicule.

Des cinq voyageurs de l’intérieur, deux seulement se préparaient à vendre chèrement leur vie. Les trois autres, après le premier cri, arraché par la surprise et la terreur, s’étaient jetés au fond de la voiture, inertes comme des masses sans vie.

Mais les deux hommes courageux semblaient prêts à lutter jusqu’au bout.

Peut-être savaient-ils que la guerre des Indiens est une lutte à mort où l’Européen vaincu ne peut attendre ni pitié ni merci. Le scalp, la torture, le meurtre lent et féroce, les Indiens emploient tout contre leurs ennemis.

— Adams, dit l’un des deux voyageurs, ne vautil pas mieux tenter de sauter hors de la voiture et de nous échapper à travers les défilés ?...

— Impossible ! répondit l’autre. Nous serions traqués et pris en un clin d’œil...

• . lo.

— Alors, garde à nous, et que le diable nous sauve!...

Les Indiens s’étaient divisés en deux groupes. L’un s’avançait vqts les chevaux, évidemment pour couper les traits ; l’autre tournait autour de la voituro pour la cerner...

— Aux chevaux, Samuel ! cria à son compagnon celui qu’on avait appelé Adams...

Les deux amis étaient munis de ces carabines à deux canons qui peuvent tirer douze coups sans être rechargées, système Henry.

Et, au moment où l’un des Indiens portait la main sur les guides, les décharges crépitèrent. Il y eut un multiple hurlement de rage, et plusieurs corps tombèrent.

L’Américain avait visé juste.

En même temps, Adams posait le canon de sa carabine sur le crâne d’un Indien qui avait bondi sur la voiture, et un cadavre roulait sur la route ensanglantée.

Tous se ruèrent vers la voiture. .. Ce fut en quelque sorte une lutte corps à corps. A travers les carreaux défoncés, les deux assiégés tiraient, tiraient sans relâche...

Les Indiens avaient rejeté leurs fusils comme inutiles, et, lo tomahawk à la main, le poignard dentelé dans la bouche, ils s’efforçaient de frapper l’ennemi, qu’ils assourdissaient de leurs clameurs.

Déjà Adams avait été atteint; une plaie béante s’ouvrait à son épaule... il avait laissé échapper «a carabine...

Samuel, alerte et vigoureux, se multipliait... 'son arme paraissait aux crénaux de cette citadelle improvisée et, sans relâche, sans fatigue apparente, il tirait...

Mais il était évident q.uo la lutte louchait; à 9a fin...

Deux Indiens avait bondi sur le faîte de la toiture et, à coups de hache, crevaient la carcasse supérieure, tandis que la porte cédait sous les efforts de ces sauvages... Encore une minute, et les deux amis périssaient, écrasés sous le nombre...

Mais voici que, tout à coup, un coup do feu éclate... Ce n’est pas Samuel, ce n’est pas Adams qui a tiré... ^t cependant un Indien pousse un cri rauque et roule du haut de la voiture sur la terre...

Puis la voiture s’ébranle sous un puissant effort. .. Elle roule en avant avec une rapidité, vertigineuse.

Il n’y a pas à douter... Ce sont les six chevaux qui l’entraînent. Les Indiens hurlent, ressaisissent leurs carabines, envoient une nouvelle décharge... Mais ils ont mal ajusté; les roues dévorent l’espace; les chevaux galopent. On entend les claquements du fouet, qui font écho aux décharges de la mousqueterie.

En avant ! en avant !

Quelques minutes se passent... on n’entend plus que le galop et le fouet...

Adams et Samuel se prennent les mains dans l’obscurité, car la lanterne a été brisée dans le combat.

Ils sont sauvés, mais par qui ?

Tout à coup la voiture s’arrête. C’est une station... un relais... le fort Casdwick.

Et, du siège du conducteur, un homme se laisse tomber à terre, tandis qu’un autre saute du faîte sur le sol, et tous deux, ouvrant la porte de l’intérieur :

* — Eh bien ! gentlemen, demande une voix, je crois que vous l’avez échappé belle...

Les deux sauveurs du stage ne sont autres que les frères jumeaux d’Antioch, Michaël et Mark ILardwin.

ÏII

LA HAINE D’üN ENFANT.

Le fort Casdwick était, à proprement parler, une .simple hutte bâtie de planches et qui servait de poste à une demi-douzaine de soldats, chargés de protéger les voyageurs et qui avaient grand’peine à se protéger eux-mêmes contre des attaques-incessantes.

Aussi ne furent-ils nullement surpris quand, aux premiers mots, ils apprirent ce qui s’était passé, et encore était-on contraint de reconnaître que les voyageurs s’en étaient tirés à meilleur marché que bien d’autres. Adams seul était blessé, et encore l’arme n’avait-elle pas pénétré profondément. Un instant apres, on tirait de la voiture les trois voyageurs qui n’avaient pas donné signedeviependantle combat, braves gens qui ne demandaient qu’à passer inaperçus et dont nous ne nous préoccuperons pas autrement...

Adams avait été étendu sur un lit improvisé à la hâte ; il avait toute sa connaissance et semblait n’attacher qu’une médiocre importance à l’incident. Samuel, en homme habile, avait promptement

pansé sa blessure, qui, examen fait, devait nécessiter à peine quelques jours de soins.

Pendant ce temps, Mark et Michaël étaient chaudement félicités de leur intervention courageuse.

— Rien de plus simple, répondait Michaël ; nous suivions à pied la même ropte que le stage... et nous avons entendu les coups de feu : nous avons aussitôt compris ce dont il s’agissait, et en deux coups de carabine, avec un peu d’agilité et de présence d’esprit, nous avons changé la face des choses... Mais, s’écria-t-il tout à coup, où donc est John ?...

Il faut dire que, dans le tumulte, nul n’avait remarqué le fils de Michaël, petit gars aux cheveux noirs, agile, ardent, qui avait, lui aussi, rempli son rôle dans la bagarre, puis s’était accroché derrière la voiture, tandis qu’elle roulait vers Casdwick au grand galop de ses six chevaux.

— Je l’ai vu, il y a cinq minutes à peine, répondit. Mark. Donc, nous pouvons être tranquilles, il ne lui est rien arrivé.

lisse levèrent, chargèrent leurs carabines et se disposèrent à sortir.

Mais au même instant, la porte s’ouvrit, et John, le visage sanglant, les vêtements en désordre, s’élança dans l’intérieur ; puis, jetant sur le sol un fardeau qui chargeait ses épaules.

— Me voilà, dit-il avec un éclat de rire.

— Qu’est-cc que tout cela ? s’écria Mark en examinant le paquet que John avait jeté sur le sol.

— N’y touchez pas : c’est à moi ! fit John en s’élançant vers lui.

Mark le repoussa avec une certaine brusquerie : et détachant vivement l’enveloppe, il en tira une quantité de plumes, de verroteries, d’anneaux ; la plupart de ces objets étaient sanglants.

— Où as-tu pris cela ? demanda Mark avec colère.

— Eh bien ! aux Indiens, parbleu ! Puisqu’ils étaient morts, fallait peut-être leur laisser tout cela !

Il y eut un moment de silence.

Michaël saisit les mains de son fils : les ongles étaient rouges do sang, et c’était de ce sang que l’enfant s’était inconsciemment barbouillé le visage...

John, immobile, le regardait : ses yeux noirs et brillants allaient de l’un à l’autre avec une expression de colère et de défi.

— John ! dit enfin Michaël d’une voix sourde, il est mal de dépouiller les morts...

Puis, il ramassa vivement le paquet, ouvrit a porte, et jeta le tout aù dehors avec un mouvement de dégoût.

John fit un bond et s’élança vers la porte avec un cri de rage ; mais, d’un tour de main, Michaël l’avait envoyé à l’autre coin de la pièce :

— Ecoute-mdi, John ; tu as commis une mauvaise action, et je te défends de toucher à tout cela...

Mais le boy ne se tenait pas pour battu : il criait, il trépignait convulsivement, et, en fin de compte, il courut de nouveau vers la porte... Mark le saisit par le bras pour le retenir. Alors, dans un paroxysme de fureur, John s’attacha à son père, qu’il frappait de ses petits poings crispés.

La scène devenait à la fois odieuse et pénible.

Pour en finir, Michaël saisit le gamin par le milieu du corps, et en un clin d’œil, lui attacha les bras et les jambes au moyen d’une courroie ; puis, ainsi lié, il le jeta sur un des lits de camp. •

L’enfant se tordait et proférait des imprécations

d’autant plus horribles qu’elles sortaient de ses lèvres juvéniles...

— Mauvais caractère, camarades, dit Samuel, en s’adressant aux deux frères. Cependant vous me paraissez bien sévères...

— Cela nous regarde, fit sèchement Mark.

— Certes, et je ne prétends pas vous blâmer... Allons! tais-toi, ajouta Samuel en se tournant vers l’enfant, qui, furieux, se répandait en cris aigus, cherchant à briser ses liens.

John obéit tout à coup ; il se tint coi, seulement ses yeux irrités suivaient les mouvements de son père et de son oncle.

Ce que Michaël et Mark n’avaient pas le loisir d’expliquer, c’est que. John avait déjà donné de nombreuses preuves de son esprit de quasi-férocité: il semblait qu’il n’y eût chez cet enfant aucune notion. de bonté native ni môme d’humanité ; il n’avait d’autres instincts que ceux du vol. Son intrépidité même avait quelque chose c|e farouche. C’est Sans frissonner que ses mains d’enfèmt s’étaient acharnées à ces cadavres encore chauds... c’est sans frémir qu’il avait arraché aux doigts et aux oreilles des morts ces quelques ornements dont l’éclat l’avait séduit...

Cependant, grâce à son silence provisoire, la conversation s’était établie entre les divers personnages qui venaient d’échapper aux embûches dressées par les Indiens.

Ceux qui n’avaient pas combattu n’étaient pas les moins ardents à retracer les péripéties de la lutte...

Adams, les yeux à demi fermés, se reposait et ne prenait aucune part à l’entretien. Satôte pâle se détachait sous la couverture brune où on l’avait étendu.

Saüiuel était grand et mince : c’était un homme

de quarante ans environ, qui paraissait doué d’une énergie peu commune. Ses traits fins avaient quelque chose d’anguleux, qui leur ôtait tout caractère sympathique ; ce qui frappait avant tout en lui, c’était son regard à la fois aigu et railleur, son œil gris et mobile qui semblait vouloir pénétrer de force dans la pensée d’autrui... il se nommait Samuel Tillinghast. .. >» ,

Son compagnon n’était autre qu’ Adams Macy.

Ils étaient venus, comme tant d’autres, chercher fortune dans les régions de l’Ouest ; mais la malechanee s’était attachée à eux, et, au moment où nous les avons rencontrés dans le stage-coach , ils retournaient à Denver, persuadés que le mieux pour eux était de regagner au plus tôt New-York.

— Et vous voyagez à pied ? demanda Samuel aux frères Hardwin.

— Oui, dit Michaël, et bien nous en a pris, puisque nous avons été assez heureux pour vous tirer d’un mauvais pas...

— Vous voyagez à pied, répéta Samuel, et vous n’avez pour armes que ces mauvaises carabines sans justesse et sans portée...

Et il souleva de la main la carabine de Michaël, dont le système démodé excita le sourire des voyageurs.

— Avouez, reprit Michaël, que, si vieille qu’elle soit, cette arme a bien fait son service.

— Mais vous n’allez pas loin, je suppose ?...

Les deux frères se regardèrent. Il fallait répondre et cependant ne pas trahir leur secret.

— Nous allons aux montagnes, répondit Michaël!

— En vérité!... auriez vous par hasard l’intention de vous joindre aux laveurs d’or ?...

— Nous ne sommes pas absolument fixés sur ce que nous allons faire... Bref, nous sommes comme

tant d’autres... nous cherchons fortune... Et vousmême, où allez-vous ?

— A Denver. .. et de là sans doute vers l’est. . . nous quittons le pays et retournons à New^York.^

— Alors vous avez fait fortune ?...

— Pas précisément...

— Etes-vous donc découragés ?

— Nous sommes las d’attendre l’occasion qui ne vient pas... Je souhaite que le hasard vous soit plus favorable qu’à nous...

Là-dessus, il fut décidé qu’on ne repartirait que dans la matinée, et chacun s’arrangea de son mieux pour dormir.

Michaël s’était approché de John :

— Eh bien ! petit, es-tu plus calme!

L’enfant était silencieux ; il jeta sur son oncle un mauvais regard.

— r Bah! tu m’en veux! dit Michaël en riant. Il faudra pourtant bien que tu te corriges... Allons, en voilà assez pour aujourd’hui...

Et il détacha avec dextérité les membres du boy, qui s’étira.

— Tu m’écouteras désormais? demanda Mark, qui s’était rapproché.

John fit entendre une sorte de grognement, qu’avec beaucoup de bonne volonté on pouvait prendre pour un élan de repentir...

Quoi qu’il en fût, les deux frères ne jugèrent pas à propos de renouveler leurs mercuriales ; ils se serrèrent la main et s’étendirent sur le sol, où ils ne tardèrent pas à s’endormir...

Quelques heures se passèrent. L’aube vint.

John avait gardé les yeux ouverts toute la nuit; il n’avait pas dormi... un travail se faisait dans ce cerveau d’enfant...

Un pâle rayon de jour vint frapper le visage des dormeurs.

Alors John se souleva lentement et regarda autour de lui. Ses yeux s’arrêtèrent sur Samuel, qui était étendu à quelques pas de lui. Il sourit méchamment, et, se glissant sans bruit, s’approcha de Samuel , qu’il toucha légèrement à l’épaule.

Celui-ci tressaillit, ouvritles yeux et vit l’enfant, à demi dressé, qui tenait son doigt sur ses lèvres. John s’approcha et, posant ses lèvres sur son oreille, lui dit tout bas, si basque sa voix était à peine perceptible :

— Qu’est-ce que vous me donnerez si je vous dis ce qu’ils vont faire ?

. Et il désigna de la main Mark et Michaël endormis...

L’enfant a une malignité toute spéciale. Bien souvent, devant John, et sans défiance, les deux amis avaient rappelé, discuté leurs projets. Il n’avait pas l’intelligence de ce qu’ils disaient; mais, ce qu’il devinait, c’est qu’il y avait là un secret.

Ils avaient répondu évasivement à Samuel : donc, en parlant, John était certain d’aller à l’encontre de leurs intentions. A tout le moins, c’était pour eux une contrariété, un ennui, qui sait ? plus encore peut-être.

Donc John parla. Soigneusement, aidé d’ailleurs par Samuel, qui semblait porter à ce récit le plus vif intérêt, John retrouva peu à peu le nom des localités que son pèreetson oncle devaient explorer ; il reconstruisit presque intégralement le raisonnement d’ Andrews, dont Samuel lui fit plusieurs fois répéter les expressions...

Quand Michaël et Mark s’éveillèrent, l’enfant, calme et indifférent, jouait paisiblement sur son lit.

— Ah! ah! la nuit porte conseil, dit le père en l’attirant vers lui pour l’embrasser.

L’enfant se laissa faire; seulement, par-dessus l’épaule de Michaël, son regard se glissa vers Samuel, qui sourit discrètement.

Cependant' Michaël et Mark étaient impatients de reprendre leur route : les autres voyageurs leur avaient offert de prendre place dans le stage. Mais, outre qu’ilsse trouvaient à proximité des mpntagnes Rcêheuses, il ne leur convenait pas d’initier ces- indifférents à leurs projets ou d’éveiller leurs soupçons en les quittant trop près du but vers lequel ils se dirigeaient.

Quant à Adams, sa blessure l’empêchait de se remettre immédiatement en chemin. Il décida avec Samuel qu’ils attendraient le passage de la prochaine voiture, ce qui lui assurait une semaine de repos. Et puis, une autre raison les engageait à prolonger leur séjour à la station deCasdwick. Voici, en effet, cequi s’était passé dans la matinée.

Samuel avait appelé le petit John, sous prétexte de faire avec lui un tour de promenade avant son départ.

Et , lorsqu’ils s’ôtaient trouvés à quelque distance :

— Tu es un brave garçon, lui avait dit Samuel. Et, pour te récompenser, voici un beau dollar tout neuf. Mais veux-tu en gagner d’autres, de quoi remplir le creux de tes deux mains ?

— Et qu’est-ce qu’il faut faire pour cela ? demanda l’enfant.

— Presque rien... Prends ce, couteau et marque sur les roches la route suivie. .

— Oui. dit l’enfant-.

Et quand Mark et Michaël s’éloignèrent, avec John, qui gambadait en avant, Samuel les suivit du regard en murmurant :

— Qui sait ? c’est peut-être là l’occasion cherchée !...

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