‹ Les mystères de Paris (volume 2)Chapitre 35 sur 96 · ACTE II, TABLKAr Ilî. SCENIÎ H · texte numérisé non relu

ACTE II, TABLKAr Ilî. SCENIÎ H

i|iic vient d'apporter celle Icllre pour madaniç la tomlcssc. 1

SAR.vn.

De mon frérc , sans doulc , donnez... (AI"'^ Pi- • pelct , sur un signe île Férand, se retire avec force ré- ] \ércnces.)Non, c'est du prince, il ne viendra pas... Celle rcniinc encore reniporlc... Oii ! je me vengerai :

FKRA>0.

Nous ne serons plus inlerrompus , madame; et je vous écoule avec une religieuse atlenlion. SAn.\n.

Monsieur... (Avec une ironie amCrc.) on cilc votre probilé à loute épreuve, votre austérité; vous inspirez à tous enûn une confiance sans bornes. (Férand s'incline avec liumilité.) Jc suis persuadée, nonsieur, que votre réputation est méritée; je suis persuadée (pie toute celte vertu n'est pas un masqne d'hypocrisie .. 31ais vous ne répondez pas, monsieur.

FKI^AXn.

A quoi , madame la comtesse ?

SARAU.

(/est juste, monsieur... J'aborderai donc nelleinenl les faits : Il y a environ quinze ans... une pclile fille fut amenée à Paris et CiMiiiée eux soins d'une femme Varner, allemande d'origine... Ceci est 'riair et positif, je crois , monsieur? (Férand s'incline.) La suite ne le sera pas moins. ; Férand s'incline de nouveau. ) Une somme de deu\ cent mille francs avait été placée, en viager, sur la tête '^a celte enfant, alors à^'ée seulement de deu\ ans... Ceci continue d'être clair, je suppose? (Nouveau signe de Férand. Sarah continue avec une impatience croissante.) Enfin, monsieur, pour pouvoir un jour constater au besoin l'identité de l'enfant, une moitié de chaîne d'un travail ancien et précieux et une moitié de médaille avaient été remises â la fcmiiic Vitrner... Vousyardez le silence, moiisicur.

FÈRAXD.

Je ne perds pas un mot... On remit à la femme Yarncr une moitié de chaîne d'un travail ancien. et précieux à laquelle pend une pioitié de médaille.

, SARAII.

; Est-ce là tout ce que vous avez à dire? il n»e semble cependant qu'en piésence de Tiils lellcnient circonstanciés... toute négation est impossible. (Férand reste impassiljlc.) Je vous demande, monsieur... si vous osez soutenir que ces faits ne sont pas complètement vrais?

FKUASD.

^ Madame la comtesse...

SARAII, avec une irritation croi.ssanto.

En deux mots, monsicin-, rcnfanl dont il s'agit avait cinq ans lorsqu'on annonça sa mort A samérc, en lui envoyant un acte de décès,,. Vous cnlendc/, mon? ienr 7

ri:!iA>n.

Très bien, madame la comtesse... cela était parfailemcnt régulier.

SARAU.

IS'on , monsieur... cela n'était pas régulier, car l'acte de décès était f.iux... l'enfant n'était pas morte, on l'avait fait disparaître, la femme Varner, soit hasard, soit complicité, n'a pu être relrouvée. A-t-elle gardé, lui a-l-on dérobé le gage qui pourrait encore mettre sur les traces de l'enfant, c'est ce qu'on ignore? mais...

Ff:RAND.

Oh ! oh ! mais, c'est alors une affaire très grave, madame la comtesse... on ne peut plus grave ; je comprends voire émotion, si vous y êtes intéressée. Il y a supposition de pièces... soustraction de personnes... ce sont de véritables crimes.

SARAII, éclatant.

Et ces crimes, vous les avez commis, monsieur, pour vous emparer de deux cent mille francs ! Mais ces crimes ne resteront pas impunis, car moi je vous arrache votre masque hypocrite et je vous fais attacher au pilori... si vous ne me rendez pas ma iille... Entendez- vous , monsieur Férand, l'iionnélc homme?... Et n'espérez pas nVéchapper, j'ai l'aveu de votre complice, de sir Thomas Seylon.

FKBAIXD qui a écoulé cet emportement d'un .nir

tout à fait surpris , à ces derniers mots fait un

mouvement vers Sarali.

Pardon, madame la comtesse, voulez- vous bien répéter ce nom ?

SARAH

Vous le connaissez bien... sir Thomas Seylon. FÉRAND , quitte avec quelque vivacité son siège, ouvre un tiroir du bureau, prend une lettre , regarde la signature et dit avec un accent d'êtoiincment.

C'est bien cela.

SAIlAII.

Expliquez-vous, monsieur?

FFRASP.

Ahl c'est affreux.

SARAII.

Mais, monsieur... (|uclle e.^t cette leltte?

FKUAM).

Non, non, madame... je ne puis... Ce serait trop pénible... Tout à l'heure j'écoutais avec I stupeur vos accusations si éi ranges, je cherchais ' à m'expliquer l'erreur dont vous étiez victime. ' lorsque lout-à-coup jeme souvins de celle Ictlro i que j'ai reçue ce malin.

SARAH

Ce malin :

n'nAND.

■ Fl tpie j'avais prise pour une sinistre plaisant'.i !«'... Mais ce r;tie vou? >encz de me dire, m'i-

dame , ne me prouve que trop la réalité... de... Madame... je vous en prie... pardonnez mon émotion.

SAKAn.

Monsieur... quoi que contienne celle lettre... je veux la lire à l'instant.

FÉRAND

Non... ce serait trop inattendu... trop cruel...

SAUAU.

Monsieur, celte Ici Ire, vous dis-jc !

FÉRAND

Non ; même pour repousser votre outrageante erreur, je n'aurcis pas le courage...

SARAII.

Si je vous ai accusé injustement, je reconnaîtrai mes torts.

FÉRAND

Vous l'exigez ?

SARAH

L'écriture de mon fi ère!...

FÉRAND, voulant reprendre la lettre.

De votre frcrc!... Ah ! je ne souffrirai pas que -vous alliez plus loin.

SARAn.

Laissez! laissez! ("Lisant.) «Monsieur, il y a » quinze ans, je déposai entre vos mains pendant » quelques jours une soinmc de deux cent mille » francs. Celte unique circonstance, qui est pour » moi une date fatale, m"a rappelé votre nom au » moment oii j'avais besoin de me supposer un » complice : le rapt, le vol , le faux, j'ai tout re- «jeté sur vous, m;iis inutilenient; ai;jourd'hui » tous mes projets sont renversésàjamais... et mis » en présence de la honte, j'aime mieux mourir... (Elle s'arrête un instant.)

FÉRAND

"Voilà ce que je voulais vous épargner. SARAH, reprenant.

» Du moins ma dernière pensée est de réparer » une calonuiie ; qu'elle m'achète un peu de la » miséricorde dont j'ai besoin.» (Après un moment de silence.) Ma vengeance m'échappe.

FÉRAND

Croyez, madame la comtesse, que je prends une part bien vive...

SARAn.

Il ne m'est plus permis de blâmer mon malheureux frère , et pourtant lui seul avait provoqué une scène...

FÉRAND

Ne parlons pas de cela de grâce ! (Voyant qu'elle fait un mouvement pour se retirer.) Tout ceci a dû vous agiter, ne vous relirez pas encore en ce moment... raites-moi l'honneur de demeurerquelques inslans chez moi.

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