SAH.VII
Dussiez- vous rester ici une semaine, un mois:...
lE MAITRE-D ECOLE.
Ce serait inutile, on doit partir dans la nuit de demain et emmener la jeune flUe.
SARAH
Eh bien! jusqu'à demain... Cet homme ne peut il pas nous seconder ?
FRANÇOIS
C'est que je ne sais pas si nous pourrons rester ici jusqu'à demain.
SARAH
Comment !
FRANÇOIS, avec (les signes d'intelligence.
Là, dans le village, au coin du tourne-bride, je viens de reconnaître la laitière, tu sais... Eh bien, elle est en deuil... de son mari.
LE MAITRE-D'ÉCOLE
Diable I...
FRANÇOIS
Tu vois qu'il ne faut pas faire de vieux os ici..
Ah! la laitière est en deuil?... Pardon, madame, mais on peut faire d'un obstacle un moyen... Vous n'avez aucune raison pour ne pas paraître devant cette femme?
SARAH
Sans doute.
LE MAITRE-d'ÉCOLE.
Daignez prendre la peine d'aller jusqu'au tourne-bride, dire à la laitière que vous venez du château où l'on a appris avec intérêt la mort de son mari , les pertes qu'elle a éprouvées et qu'on est disposé à la secourir.. . Engagez-la à venir ce matin ici.
SARAH
Mais à quoi bon ?
LE MAITRE-d'ÉCOLE.
C'est ce que je n'ai pas maintenant le temps de vous expliquer... François va vous indiquer la maison de la laitière, moi je ne puis m'éloigner... (Il les reconduit jusqu'à la grille, Fleur de Marie rentre par la droite.)
oooooosooooooosooow
ûoooooooooooooooooooeooooooco
SCEiNE V.
Le MAITRE-D'JÉCOLE , FLEUR DE .^lARIE, puis FRANÇOIS.
J'aurai laissé ici ma boîte à ouvrage où j'ai mis l'argent que m'a donné Jlm^d'IIarvilie pour celte pauvre femme.
{\l\\c va vers le banc , le Maîtrc-d'École rentre en
scùnc.)
LE MAITUE-D'ÉCOLE.
Vous serez la dispensatrice du bien que nous pourrons faire, a dit M""-- d'IIarvilie à Fleur de
Marie... Cette petite phrase n'a l'air de rîcn, eh bien! elle suffit.
FLEUR DE MARIE, l'apercevant.
Oh! qu'ai-je vu!.. Mon Dieu ! mon Dieu! qui me sauvera ? Cet homme, que vient-il faire ici ? (Elle se blottit derrière le massif.) LE MAITRE-d'ÉCOLE.
J'ai basé là-dessus la réussite de mon projet... Il est vrai que j'avais là sous la main cette enragée laitière. (Voyant entrer François.) Déjà... qui te ramène?
FRANÇOIS
La peur...
LE MAITUE-D'ÉCOLE.
Comment ?
FRANÇOIS
Je n'ai pu parler devant la comtesse. Ça va mal; Renoît et Barbillon sont arrêtés, et la Chouette m'a chargé d'une lettre pour toi.
Une lettre! (Il la prend et lit.) « On a des soup- » çons... Hier, on est venu faire des perquisi- » lions; à ce moment-là, Barbe-Rouge est entré; » il voulait savoir si tu avais réussi... Arrêté, » interrogé, il a été obligé de se faire connaître... )) Juge quelle a été ma surprise, lorsque j'ai re- » connu en lui... M. Férand, de la rue du Tem- » pie. » (S'interrompant.) Jacques Férand! lui! lui en mon pouvoir! Je puis donc le dominer à mon tour. (Continuant de lire.) « Comme il n'y » avait rien contre lui, on l'a relâché aussitôt. » Jacques Férand, te voilà mon esclave.
FRANÇOIS.'
Eh bien! que dis-tu?
LE MAITRE-d'ÉCOLE.
Je dis qu'aussitôt que nous serons maîtres de la petite, nous la conduirons chez la Martial, à l'île des Ravageurs, et nous irons tous deux ce soir à Paris, voir les alTaires de plus prés.
FRANÇOIS
Tu es donc sûr de réussir?
LE MAITRE-d'ÉCOLE.
C'est ce que tu vas voir... On vient... filons.:. (Il entre avec François dans le pavillon, dont il ferme la porte. Fleur de Marie sort du massif. La musique indique des pas plus voisins.) FLEUR DE MARIE.
A peine si je puis me soutenir ! Ce n'est pas l6 hasard qui amène ces hommes ici... J'ai tout entendu... Us machinent quelque complot contre moi... contre la marquise... contre mon bienfaiteur... Avant ce soir ils sauront le péril qui les menace... Du monde !... Ah! je veux être seule... je veux pouvoir pleurer...