LA VOIX
Oui.
LE UAITRE-D'ÉCOLB.
Garde-la jusqu'à ce que je Viy«T\im,„ Qu'est-
ce que ce peut être que celle musique et ces torches qui viennent de ce côté... (Il s'avance un peu pour découvrir ce qui se passe sur le pont, où comnieiicc à paraître la lêtc de la noce.) Ah ! je reconnais, c'est la noce de la ferme de M™" Dubreuil. mmc DUBREUIL, s'arrêtant sur le pont, au moment où le cortège est en vue des spectateurs.
Ah ça ! je m'arrête ici, comme je vous l'ai annoncé. Allez danser, vous autres, toute la nuit au Charriot-d'Or.
PAYSANS, insistant.
Venez avec nous, madame Dubreuil,., venez donc.
M'^e DUBREUIL.
Non, mes amis, je suis trop triste de l'événemcnl d'hier... Quand M"'» d'Harville a tant de chagrin de la mort de celle pauvre petite... ce sérail mal à moi d'aller avec vous..,
PAYSANS
Allons, puisque vous le voulez... C'est dommage.
Mine DUBUEUIL.
Pierre, voulez-vous me reconduire ?
PIERRE
Volontiers, madame Dubreuil.
(Adieux. — M'"" Dubreuil retourne sur ses pas, en donnant le bras à Pierre, tandis que la noce reprend sa marche au son de la musique.) LE MAITRE-p'ÉCOLE.
Ils s'éloignent... Je n'ai pas de temps à perdre, à dix heures ce soir il faut que je sois chez ma comtesse. Retourner à Paris!... est-ce bien prudent? J'aurai soin de me munir de larme qui me rassure contre tout... Mais au moment de m'éloigner, il ne faut perdre aucune occasion, Férand va venir... (Au fond.) Voyons, avance, la Pégriotle.
FLEUR DE MARIE
Que voulez-vous de moi ?
LE MAITRE-d'ÉCOLE.
Peu de chose... Je vois bien que nous ne pouvons aller ensemble... En conséquence, je vais tout bonnement le remellre, comme tu étais, chez M. Férand... Tu y consens, n'est-ce pas?.,.
Vous vous êtes étrangement trompé en croyant que le contact de l'honneur et de la vertu ne m'avait inspiré aucun courage, aucun élan .. Sachez-le bien, maintenant, pour vous résister, je suis aussi forte que vous.
LE MAITRE-d'ÉCOLE,
Qu'est-ce que tu dis?
FLEUR DE MARIE
Je ne vous crains pas, vous dis-je.,,A votre lâche courage de me perdre ou de me tuer, J'oppose le courage de mourir.
LE MAITRE-d'ÉCOLE.
Paroles que tout cela î
FLEUR DE MARIE
Ce courage, c'est vous qui me l'avez donné...
LE maitre-d'i:cole.
Moi?
fleur de marie.
Oui, hier, par l'horreur que vous m'avez inspirée quand j'ai su que vous étiez voleur et assassin.
LE MAITRE-d'ÉCOLE.
Que diMUe?
fleur de marie.
J'ai entendu hier votre conversation avec votre complice.
Malheureuse!
FLEUR DE MARIE
Dans l'île oiï vous m'aviez menée, et dont je ne pouvais m'échapper, j'ai dû me taire... mais vous m'avez ramenée près d'une route, prés d'un pont... j'y resterai jusqu'à ce qu'il passe quchju'un, jusqu'à ce que mes cris appellent à mon aide ; et douze heures après, je dis ce que vous êtes, ce que vous avez fait... Je ne veux pas être votre complice même par mon silence... Fuyez donc, fuyez devant moi, car, vienne une créature vivante, sur ma vie que je vous abandonne, je vous le jure, je parlerai!
LE MAITRE-d'ÉCOLE.
Diable ! ceci mérite réflexion...
FLEUR DE MARIE
Faites ce que vous voudrez , vous savez ce que je ferai , moi!
LE MAITRE-d'ÉCOLE , à part.
Je suis perdu , si cjle le veur.^ la malheureuse se condamne... c'est ma Jiberté, ma vie, qu'il faut sauver... Mais si elle péril, plus rien de Férand, plus rien du côté de la comtesse. Pourquoi rien d'elle! je puis encore y aller ce soir, lui laisser ignorer tout ce qui va arriver... Obtenir d'elle ou lui arracher peut-être de quoi assurer ma fuite... Fleur de Marie! encore un crime... estce que je puis m'arrêler ! Le bateau qui est là est celui du Ravageur, une soupape qu'on lève d'avance laisse pénétrer l'eau qui dqit le submerger.
FLEUn DE UÂQIE.
Du monde sur le pont!
LE MAITRE-d'ÉCOLE, courant à elle et la saisissant. Pas un mot, ou tu es morte ! ■*