‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 10 sur 179 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Betty avait donc prononcé ces derniers mots : mon bon M. Napoléon, avec une si naïve, une si touchante sensibilité, que l'Empereur ne put se défendre deTétreindre tout paternellement; la charmante enfant se laissa faire, et sa taille, quoique encore indécise, mais svelte et gracieuse, sembla , dans les bras de FËmpereur , un beau lis penché sur un ormeau.

— Comment résistera de semblables séductions ? fit alors Napoléon en s'adressant du regard aux assistants , comme pour quêter leur adhésion à ce désir d*enfant. Puis , prenant la tête de Betty dans ses deux mains, il lui dit en posant ses lèvres sur son front :

— Eh bien! j'y consens, mademoiselle Betty , jouons h colin-maillard ; mais ne trichons pas !

La jeune fille poussa un cri de joie et de victoire, et frappant ses mains l'une contre l'autre, elle s'écria d'un ton vainqueur et en regardant son père :

— Je savais bien, moi, que le général Bonaparte ne me refuserait pas !

ê 26 mrsTÈBES DE sainte-hélèhe.

Les préparatifs du jeu furent bientôt faits. Les joueurs se groupèrent au milieu du salon, y compris le révérend M. Jones , qui ne crut pas devoir se retrancher derrière sa gravité sacerdotale, en voyant Napoléon, pour lequel il professait le plus grand respect, se dévouer à l'amusement de ses élèves.

Betty voulut , sans avoir recours au sort , s'imposer, la première, le rôle de colin-maillard. Napoléon lui attacha le bandeau sur les yeux, et après lui avoir fait faire, sur ellemême, les trois tours classiques, il la laissa au milieu du salon , en lui disant d'un ton tragique et comique tout à la fois :

— Maintenant demm si tu peux, et choisis si tu l'oses.

Le jeu commença. Légère comme une gazelle, Betty, malgré son aveuglement artificiel, parcourait, avec une extrême rapidité, toutes les parties du salon ; mais elle avait affaire à des gens aussi ingambes qu'elle : ses jolis bras avaient beaus'étendre, ses petites mains avaient beau se crisper , elles ne saisissaient que le

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