CHANTRE
rompit TÎTement Betty en faisant une petite mone politique, pour éviter de répondre directement à FEmpereur.
— Si je les connais ! repartit Napoléon, mais sans doute ; n'aî-je pas en , moi aussi, quinse ans?... Mais il y a longtemps de cela, fit-il en étouffant un soupir. Â Brienne, j'étais renommé pour tous ces exercices ; nul n'était plus alerte que moi aux barres , et le colin-mail'lard surtout était mon fort, lorsque dans nos dortoirs nous improvisions ce jeu-là, rien que pour avoir le plaisir de faire enrager nos bons pères minimes... C'était bien mai à nous, n'estce pas, Betty?
— Oh ! fît la jeune fille en regardant malignement Napoléon, ils vous le rendaient bien, je suppose. •<
— Certainement ! s'écria l'Empereur, et cependant tous étaient de bons pères... bien in^ dulgents, bien patients...
En parlant ainsi, un l^er nuage sembla passer sur le front de Napoléon ; il y eut un silence pendant lequel une larme diamanta sa
paupière. Betty, appliquant cette émotion passagère à toute autre cause qu'au doux sonve* nîr qui venait de poigner le cœur -de l'ancien élève de Brîenne , sut mettre le moment à profit. Elle monta sur le petit tabouret de sa mère pour se grandir, et ainsi à portée de l'Empereur , elle fit pencher les boucles de sa blonde chevelure jusque sur son front, en lui disant d'un ton de mystère et presque à voix
— Eh bien ! puisqu'il en est ainsi, ne résistez donc pas plus longtemps à la prière de Betty, mon bon M. Napoléon !
La fille aînée de M. Balcomb, dans les premiers temps de l'arrivée de l'Empereur, parlait le français, mais assez difficilement. Quand elle ne pouvait trouver le mot propre en français, elle disait son équivalent en anglais; parfois aussi elle appelait Napoléon mihrdy quand la qualification de général ne venait pas assez vite à sa mémoire, ou bien encore : mon bon M, Napoléon^ dans les moments de sa plus expansive tendresse pour lui.