CHAPITRE I
Yîde, et parfois, au moment où elle croyait ses ennemis bien éloignés d'elle, une voix grave et accentuée murmurait à son oreille : casse-cou I C'était celle de l'Empereur qui, s'effaçant aussitôt , ne laissait à Betty que le regret de n'avoir pu le saisir pour en faire son prisonnier. C'étaient alors des cris, des éclats de rire qui allaient se perdre au loin dans le jardin et réveillaient les mouettes et les bengalis, ces hôtes assidus du parc en miniature de M. Balcomb.
Cependant, après une assez longue attente , le colin-maillard attrapa le pan d'un habit. Le pan saisi , l'homme vint après , comme le poisson après le fil de la ligne, et, vérification faîte, par le toucher, de l'individu capturé , il se trouva que c'était le révérend M. Jones.
— C'est M. Jones! cria Betty d'un air de triomphe. Et elle arracha vivement son bandeau.
— C'est vrai, mademoiselle, répondit le ministre; mais comment avez-vous pu me reconnaître? Je me suis fait le plus petit que j'ai pu,
â8 MYSTÈRES DE SAINTE-HÉLÈNE.
et je n'ai pas soufflé le mot î... Vous avez donc des yeux au bout des doigts?
— Oui, mon très-révérend M. Jones, répéta Betty en faisant la révérence , et ces yeux-là ont reconnu... votre perruque !
L'assemblée se prit d*un fou rire, excepté le révérend ; Napoléon , bien qu'entraîné par la contagion , se pinça les lèvres pour ne pas ajouter à la confusion du ministre , que la réponse de la jeune espiègle avait tout à fait décontenancé.
Lorsque cet accès d'hilarité se fut un peu calmé, on banda les yeux du révérend, qui se laissa faire avec une résignation évangéiique , et bientôt lui-même se mit à parcourir symétriquement et avec un flegme tout britannique les feuilles du parquet... Mais ses promenades étaient en pure perte. Le bon M. Jones avait beau faire jouer ses grands bras comme ceux d'un télégraphe, il avait beau faire des écarts de jambes qui eussent fait honneur à un mime d'Asley, 11 ne put parvenir à saisir le moindre vêtement; ses invisibles partenaires voltigeaient