CHAPITRE VUI
l'instinct de la coquetterie ; elles veulent plaire. Celle-ci ne fut pas dupe de ce manège ; elle répara sa toilette , vint ouvrir la grille de bois du petit jardin, et salua l'Empereur d'une façon qui semblait dire : Comment me trouvezvous? Napoléon s'arrêta, mit pied à terre, causa avec elle quelques minutes, puis revint les jours suivants deviser avec elle. Le père et la mère delà jeune fille étaient émerveillés de l'honneur quotidien que Napoléon leur faisait , et peu s'en fallut que , malgré l'humilité de leur fortune, ils ne se crussent des personnages importants.
Dans ses entrevues avec la jeune fille , et en présence ou non de ses parents , Napoléon l'abordait toujours par ces mots, devenus pour lui presque sacramentels : you are very pretty^ c'est-à-dire, vous êtes bien jolie! Cela dit. Napoléon causait quelques instants, car il ne s'arrêtait que peu de temps, puis il reprenait sa course jusqu'au lendemain ou surlendemain , que la même visite se renouvelait avec ce même compliment : you are v&i-y pretty.
Mais ce you are very pretty en disait plus qu'il n'était gros. On bâtit sur ces mois mille conjectures, mille suppositions. Bref, la jeune fille , à laquelle on ne prétait , malgré sa gentillesse, aucune attention, devint une célébrité. Dans rile, ses entrevues, ses conver*sations avec l'Empereur, considérablement amplifiées, en firent une héroïne, une Armide, peut-être même une Égérie. Cette rumeur hâta l'établissement et la fortune de la fille de l'employé de la compagnie des Indes.
Le capitaine d'un navire de commerce, M. James, qui avait transporté des Indes à Sainte-Hélène un détachement du 66'' régiment , alla voir cet employé que, du reste , il connaissait depuis longtemps. Le jeune capitaine et la jolie fille ne s'étaient pas vus depui3 quatre ans. Sans préambule, sans les préliminaires d'usage, ce dernier, qui avait appris l'intérêt que l'Empereur portait à la jeune fille, demanda eu mariage la jeune miss à son père. Le bonhomme, qui n'avait rien, ne crut pas à la réalité de cette demande , d'autant que le