CHAPITRE X
dame Bertrand l'écoutaît avec plaisir , car les discours de ce marin étaient empreints de cet intérêt qui saisit tout d'abord.
Au bout d'une heure, le grand maréchal revint annoncer au capitaine qu'il pouvait se présenter à Longwood , et que l'Empereur le recevrait avec plaisir.
A cette nouvelle , les yeux du capitaine pétillèrent; et, saisissant la main du général Bertrand :
— M. le comte , lui dit-il , ce jour, je l'espère pour vous et pour ^fnoi, sera le plus beau de notre existence.
Puis , reprenant son flegme habituel , il salua la comtesse, et se dirigea vers la demeure de Napoléon , guidé par un des domestiques du grand maréchal.
Van Ostade fut introduit immédiatement dans le cabinet de l'Empereur, qui le reçut froidement, mais poliment. L'honorable marin exposa succinctement à Napoléon le projet si laborieusement élaboré, puis après s'écria, dans une espèce d'enthousiasme ;
4â MYSTÈRES DE SAINTE- HÉLÈNE.
— Sire, en un mol, je viens briser les fers de Votre Majesté , et l'enlever de Sainte-Hé^ lène!
— Certes , l'idée est des plus généreuses et des mieux combinées , dit Napoléon ; mais ce projet, avant d'être mis à exécution , demande à être bien examiné.
L' Ariane f ce vaisseau du capitaine hollandais, était un navire marchand qu'on pouvait, en deux heures de manœuvres , métamorphoser en un bâtiment de guerre. Sa cale contenait quarante pièces de canon, qu'on pouvait mettre en batterie. Des munitions de toutes sortes et un équipage aguerri , composé de quatrevingts matelots de résolution et qui tous avaient fait la guerre , présentait un personnel suffisant pour toutes les éventualités de la navigation la plus longue ou du combat le plus acharné. Mais le point difficile était d'arriver à cette forteresse flottante.^ Le capitaine Van Ostade y avait pourvu : une chaloupe ^ dont il
^ On a prétendu dans le temps que cette chaloupe n*élaic