‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 109 sur 179 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tiers de poudre , et qu'après en avoir brûlé la moitié à tirer sur les Anglais... eh bien !... Ici le capitaine se tut en baissant la tête. Pfapoléon , qui avait deviné sa pensée , lai dit du ton le plus calme :

— £h bien !.^. dites, monsieur.

— Eh bien ! sire , nous nous ferions sauter nous-mêmes avec Tautre partie, en entraînant dans notre perte les vaisseaux anglais. Sire , poursuivit le capitaine avec exaltation , quel plus beau trophée pour le cercueil do Votre Majesté que les débris de dix bâtiments anglais, que les hampes brisées de leur pavillon déchiré? Sire, le sépulcre de Napoléon ne serait plus un rocher, ce serait TOcéan!.., À celui qui fut grand comme le monde , il faut une telle sépulture... L'Océan! sire, l'Océan, voilà le digne mausolée qui convient à Votre Majesté. Mais nous n'aurons pas besoin d'en venir à ces extrémités , nous atteindrons , j'en suis certain , une terre de franchise et de liberté ; votre vie , sire , est pleine de miracles bien autrement fameux que celui-là. Oui, sire.

croyez-en mon expérience et mon dévouement, croyez surtout en votre fortune, dans trois mois au plus TAmérique vous saluera comme le plus illustre de ses citoyens , ou l'Europe vous reconnaîtra encore comme son maître.

Le Hollandais s*était si bien laissé entraîner à son enthousiasme , que de grosses larmes roulaient sur ses joues et que l'auréole d'une gloire de conscience, qui est la seule récompense de la vertu, rayonnait sur son front sillonné de rides prématurées.

Cette émotion généreuse gagna Napoléon ; il tendit la main au capitaine hollandais qui s'en saisit et la pressa avidement sur ses lèvres.

— Monsieur, lui dit froidement Napoléon, je vous remercie de ce que vous avez voulu faire pour moi , de tout ce que vous avez entrepris pour me rendre à la liberté... mais je ne puis accepter votre offre sublime, d'abord, et je vous le répète , parce que je ne suis pas seul , et ensuite parce qu'il ne me convient ni de fuir, ni de me soustraire par la ruse, quelque légitime qu'elle soit , à la vengeance de

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