CHAPITRE X
mes ennemis; en m'installant ici, c'est la France qu'on insulte et qu'on met au ban des nations. Si la fuite m'eût été permise, croyezle bien, monsieur , je me serais confié à vous avec toute la foi d'un homme qui croit encore au dévouement et à l'amour de ses semblables. Regagnez les plages aimées de l'Italie, revoyez s'il vous est possible ma mère , ma sœur, les personnes qui me sont attachées par les liens du sang et de la sympathie , et dites-leur bien que si je me suis refusé à vous suivre , c'est que, malgré la haine de l'Angleterre, je dois rester ici jusqu'à la dernière heure de ma vie; mon titre d'Empereur est indélébile, il me soumet à de grands devoirs, à de grandes épreuves ; je saurai jusqu'à la fin les accomplir et les subir.
Puis , comme le capitaine Van Ostade essayait , d'un ton plein de respect, de faire encore quelques objections, Napoléon, se levant, alla à son secrétaire et retira d'un de ses tiroirs un de ses portraits peint par Isabey, et le présenta au Hollandais en lui disant :
— Monsieur, je vous prie de garder ce portrait en souvenir de moi ; je regrette qu'il ne soit pas entouré de brillants ; mais je n'ai plus de diamants à donner: quoi qu'il en soit, cet objet vous rappellera, je l'espère du moins, et votre visite à Sainte-Hélène et la gratitude que vous garde le prisonnier de l'Angleterre.
Puis, d'une voix qui trahissait une émotion profonde, Napoléon reprit encore :
— Adieu, M. Van Ostade, quel que soit le destin que le ciel me réserve , je n'oublierai jamais le rare et sublime dévouement dont vous m'avez donné la preuve aujourd'hui. Adieu , monsieur.
Le capitaine se retira, le désespoir dans le cœur. En passant par Hut's-Gate , il entra un instant chez le grand maréchal.
— J'étais venu à Sainte-Hélène, lui dit-il, pour accomplir le plus grand projet qu'il soit permis a un homme d'accomplir. Je voulais enlever l'Empereur ; il a résisté à mes sollicitations; je vais retourner dans ma patrie, plus triste que lorsque je l'ai quittée. M. le