CHAPITRE X
grand maréchal , dites à Sa Majesté que le capitaine Van Ostade est toujours à sa disposition ; que, sur un mot, sur un signe, il est prêt à revenir, ici ou ailleurs, lui sacrifier sa fortune et sa vie.
Dès le soir même, V Ariane appareillait, et le lendemain matin elle mettait àla voile pour l'Europe. Soit que les desseins du capitaine eussent transpiré dans l'Ile, soit qu'avec plus de réflexion sir Hudson Lowe et les autorités maritimes eussent regardé son navire pour ce qu'il était réellement , c'est-à-dire un vaisseau de guerre transformé en bâtiment marchand , toujours estil que sa sortie fut l'objet d'une surveillance spéciale de la part de la croisière anglaise, qui le louvoya jusqu'à une assez grande distance.
Le capitaine Van Ostade revint en Hollande et débarqua à Rotterdam dans l'hiver de 1^19; ce fut sa dernière course et sa dernière expédition ; mais , fidèle à Ja promesse qu'il avait faite au grand maréchal , il tint toujours, et ;out le temps que Napoléon vécut , un bâtiment préparé comme l'était l'Ariane^ dans les
ports de la Hollande, pour entreprendre une seconde tentative à Sainte-Hélène si son secours eût été invoqué par l'illustre captif. Napoléon ne parla que l'année suivante de l'audience qu'il avait accordée au capitaine hollandais , en disant seulement à ses fidèles , un jour qu'il était assis avec eux sur une des crêtes de File d'où l'on découvrait au loin la mer et les bàliments qui se dirigeaient vers Sainte-Hélène ou qui s'en éloignaient :
— Si le destin voulait que nous fussions sur un de ces bâtiments qui tendent leurs voiles au vent, de quel côté dirigerions-nous notre course?
L'un dit : u En France! » L'autre : u £n Italie! » Un troisième pencha pour les États- Unis d'Amérique. Napoléon se rangea de cette dernière opinion.
— Oui, dit-il avec une émotion visible, c'est vers les États-Unis que nous devrions marcher. Mon cœur aspire toujours après la France, car je sens là , ajouta-t-il en appuyant ses deux mains sur sa poitrine, que toutes mes blessures